SCÈNE HUITIÈME
Ne combattez qu’en lui toute sa nation!
Mettez un prix sublime à sa défection !
* D’un pouvoir souverain présentez-lui l’amorce;
* L’ambition fera ce que n’a pu la force:
* Tout cœur d’homme a sa clef par où l’on peut l’ouvrir,
* Il ne s’agit pour vous que de la découvrir.
* Vous la découvrirez: dans ces races sauvages,
* Le cœur en éclatant fait d’étranges ravages;
* S’il se gonfle d’orgueil, s’il se brise attendri,
* L’homme de la nature est vaincu par un cri!
Profitez du moment où ce cœur double hésite,
Atteignez à tout prix ce chef qui vous évite,
Rassasiez ses sens d’attraits, d’ambition;
Il vaut cela! Cet homme est une nation!
LECLERC
Comment le découvrir? De tous ceux que j’envoie,
De sa retraite encor nul n’a trouvé la voie.
De mon ame à la siënne, il brise tous les fils.
Ces envoyés de paix, où l’aborderont- ils!
ROCHAMBEAU
Où l’éléphant s’arrête, on voit passer l’insecte.
Si dans la main des hlancs toute lettre est suspecte, Cherchez pour la porter la main d’un mendiant Nojr, qui parmi les noirs se glisse en suppliant.
Et qui, jusqu’à Toussaint, se frayant une route,
Cache à ses yeux trompés l’envoyé qu’il redoute.
Il secouera du pied le piège, irrésolu,
Mais il sera trop tard, le sauvage aura lu!
LECLERC
Mais où trouver ce noir, qui, pour un vil salaire,
De l’ame de Toussaint affronte la colère?
* Quel misérable, assez abandonné du sort,
* Pourra mettre en balance un salaire et la mort?
* Le fond de la misère a-t-il un pareil être?
* Dans quel égout chercher?...
ROCHAMBEAU
* Sous votre main, peutr-être.
En montrant Toussaint.
Voyez sous ces haillons cet aveugle accroupi Qui rêve un os rongé comme un chien assoupi; Traînant, les yeux éteints, des jours prêts à s’éteindre. Du courroux de Toussaint, hélas! que peut-il craindre? Par l’offre d’un trésor, tentez son cœur surpris;
11 irait aborder le tonnerre à ce prix !
LECLERC
Qui? ce pauvre vieillard que protège Pauline?
Qu’il approche.
A part.
Souvent sa bonté m'illumine,
Souvent la destinée aime à récompenser Par un succès le bien qu’elle m’a fait penser !
Haut.
Je veux l’interroger,
A un aide de camp.
Allez, qu’on l’introduise ,
Et que sans crainte ici sa fille le conduise.