‹ Toussaint Louverture, poëme dramatiqueChapitre 54 sur 65 · SCENE SIXIEME · texte numérisé non relu

SCENE SIXIEME

ISAAC

Mère!.. .

ALBERT

Elle n’est plus là...

TOUSSAINT, un doigt sur sa bouche.

Silence! elle est tout près!

A scs (ils.

Ces prières d’enfants, sur ses genoux priées,

Ne les avez-vous pas chez les blancs oubliées?

ALBERT

Un peu, père.

ISAAC

Moi, non ! -

Dis-les, pauvre petit.

Quand je ferme les yeux, quand ta voix retentit.

Je la crois encor là! le doux temps recommence...

Avec délire.

Je suis au ciel, enfants! ou je suis en démence!...

Oh! mon Dieu! fais durer ces moments d’autrefois!

A Isaac.

Isaac! allons!

ADRIENNE , naïvement.

Lui n’a pas changé de voix.

ISAAC, A genoux et les mains dans celles de son père.

« Dieu descendu du ciel dans le sein d’une femme,

« Pour, porter nos fardeaux, pour délivrer notre ame;

« Dieu né dans une étable et mort sur une croix,

« Je prie en ton saint nom le père en qui tu crois !

« J’aime ta pauvreté, j’espère en ton supplice;

« Par les gouttes de sang de ton divin calice,

« Sanctifie, ô Jésus! sur le front du chrétien,

« Les gouttes de sueur qui découlaient du tien!

« Fais nous par ton exemple honorer notre père,

Toussaint relève la tète avec orgueil.

««Fais-nous croître et souffrir les yeux sur notre mère! « Donne-nous le repas des oiseaux du buisson»

« Le grain qui sur le champ reste après la moisson,

« Et, pour bénir l’état où tu nous a fait naître,

« Un bon père là-haut!... sur la terre un bon maître ! »

Toussaint se lève avec indignation; ses enfants étonnés se s lèvent avec lui.

TOUSSAINT, avec force.

Un maître!... Qu’as-tu dit?... Le nègre n’en p plus! Ces mots sont effacés, ces temps sont disparus!... Debout, enfants, debout, le noir enfin est homme! Spartacus a brisé ses fers ailleurs qu’à Rome!

Un maître!... Ah! de ce mot tout mon cœur a saigné; 11 me rappelle au cri de mon sang indigné Que mes fils dans mes bras sont le présent d’un traître, Que j'ai des ennemis!... Ah! oui! mais pas de maître!...

A ses fils.

Vous venez, en leur nom, m’apporter leur mépris ! J’arracherais vos cœurs s’ils les avaient flétris!

Vous n’êtes plus mes fils, ma tendresse, ma joie;

Non, vous êtes l’esprit du blanc, qui vous envoie;

Vous parlez leur langage et vous dites leur nom.

Ils m’ont gâté mon sang!

1SAAC.

O mon père! pardon.

Embrasse-moi!... Loin, loin, toute parole amère!

Elle ferait gémir l’ombre de votre mère.

Tu ne le diras plus ce mot injurieux:

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