‹ Toussaint Louverture, poëme dramatiqueChapitre 55 sur 65 · SCÈNE SIXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE SIXIÈME

Les blancs sont des larrons, le maître est dans les deux !

Il regarde et touche leurs habits.

Ils ont changé sur vous l’habit de votre enfance; Rougissez-vous de moi sous ce luxe de France?

Ah!

ALBERT etlSAAC, révoltés.

TOUSSAINT, avec orgueil.

Ce vieux mendiant a sous ses vils habits Un empire et son nom à laisser à ses fils!

Laissons cela ! — Chacun sent, selon sa nature,

Dans les dons du tyran la chaîne ou la parure;

*Le frein doux au cheval fait saigner le lion...

* L’un s’appelle douceur, l’autre rébellion!...

* Pour savoir si je dois rendre grâce ou maudire,

* Parlez! au nom des blancs que venez- vous me dire? Qu’apportez-vous de lui?

ALBERT

La paix.

Dérision.

ALBERT

La liberté des noirs et, leur soumission.

Et leur soumission ?

ALBERT

Non, ce joug lourd et rude...

Taisez-vous! point de paix avec la servitude!

• . ALBERT

Entre les blancs et nous complète égalité,

Leur drapeau seulement couvrant la liberté.

TOUSSAINT, ironiquement.

Oui! comme le linceul recouvre les cadavres!

ALBERT

Leurs troupes dans nos forts, leurs vaisseaux dans nos Mais. [havres,

TOUSSAINT, lui coupant la parole.

. Leur poussière, va! tache encor nos genoux! Qu’ils partent!... L’Océan, c’est la paix entre nous!

ALBERT

Connaissez mieux des blancs le nouveau caractère:

De l’ennemi terrible ils distinguent le père.

*« Allez, nous ont-ils dit, sans prix nous vous rendons, * « Soyez entre ses mains le premier de nos dons;

* «De nous comme de lui pour que la paix soit digne, *«Sans lui tenir la main nous voulons qu’il la signe!

* « Ils m’ont dit: Ou restez, ou revenez amis;

* «Le Français affranchit même ses ennemis. »

Est-il vrai? Ce consul est-il donc plus qu’un homme !

De quel nom, mes enfants, faut-il que je le nomme?

ALBERT

Nommcz-le votre ami, car il nous aime en vous.

Si vous saviez les soins que son cœur prit de nous?

* Son pain fut notre pain, son palais notre asile:

* Il formait notre esprit à ses leçons docile.

* Souvent en descendant de spn sanglant coursier

* Il nous assit jouant sur ses genoux d’acier,

* Et cette auguste main, qui pèse un monde et l’autre,

* Se posa sur nos fronts douce comme la vôtre!

* On n’a pas condamné dans son secret dessein

Page 1