‹ Toussaint Louverture, poëme dramatiqueChapitre 57 sur 65 · LES PRÉCÉDENTS, LE PÈRE 'ANTOINE · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDENTS, LE PÈRE 'ANTOINE

Pendant les derniers mois du monologue de Toussaint, le moine s’avance derrière lui, écoute, tire de sa robe une lettre, la déplie et la présente a Toussaint.

LE MOINE

Sincère?... Écoute bien:

Il lit.

« Réunis tous les soirs,

« Au cercle du consul, quelques amis des noirs « Ont paru. Le grand homme adressant la parole « A l’un d’eux: Citoyen, vous vous trompez de rôle;

« Je suis blanc, ils sont noirs : ma peau, c’est ma raison ! « Votre philanthropie est une trahison! »

A ces mots Toussaint arrache la lettre des mains du moine et l’achève avec indignation.

« Puis, ajoutant aux mots la colère du geste:

.« Les amis imprudents d’un sang que je déteste « Devraient s’envelopper dans des crêpes sanglants.

« La liberté des noirs sera le deuil des blancs! »

LE MOINE

Voilà ton allié, Toussaint!

Lui! moi!... l’infamel LE MOINE.

Voilà le cri du sang, voilà le fond de l’ame!

Son masque de héros ne me cache plus rien,

L’ennemi de ma race est à jamais le mien!

ALBERT

A ces emportements donnez du temps, mon père! Possédez tout en vous, même votre colère.

* Placez-vous au-dessus de ces vieux préjugés *De couleur et de sang, mais pensez et jugez !

* L’homme ne grandit pas en un jour: il commence *Dans les langes étroits de sa débile enfance.

* Nous sommes les enfants des races d’ici-bas;

*Au rang des nations on monte pas à pas;

* Derniers-nés des humains, privés de l’héritage,

* Il est long le chemin d’un trône à l’esclavage.

* Pouvons-nous espérer que nos frères partout

* D’à genoux qu’ils étaient se réveillent debout?

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