‹ Toussaint Louverture, poëme dramatiqueChapitre 60 sur 65 · SCÈNE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE SEPTIÈME

SALVADOR, à haute voix et lentement, et faisant des gestes . aux troupes blanches avec son épée.

« Souviens-toi du consul! C’est le moment d’être homme :

« L’Europe te regarde et ton honneur te somme! »

Albert hésite et vent remonter. Au même instant deux ofli- ' ciers gravissent la pente, prennent Albert sous les bras et l’eutrainent vers Salvador.

LE MOINE, à Toussaint. r • ,

Tu vois!

Je sens en mot chancelçr ma raison !

Mon fils! reviens, je cède!... ■ •

LE MOINE. v

' O honte! ô trahison!

C’est un peuple qu’il cède!

Eh bien! non, c’est mon ante!

. Adricnue et Isaac se tiennent embrassés convulsivement en voyant disparaître Albert. — Toussaint» égaré, chancelant, marchant à tAtons en étendant les bras A droite et A gauche, se précipite sur les pas de son Ris; il articule quelques mots confus lentement entrecoupés.

Ah! ces grands fondateurs n’avaient ni fils, ni femme!

De la nature en eux Dieu seul était vainqueur!

Mais moi !... Vous triomphez, ô blancs !... j’avais un cœur !

Il tombe évanoui sur un tertre. — Adrienne, le moine, Isaac le suivent, se penchent sur lui pour le ranimer et le rele- , ver; Isaac lui jette ses bras autour du cou.

ISAAC

Ah! j’aimerai pour deux, ô père!

LE MOINE, A genoux.

’ Ah! le génie.

Rédemption d’un peuple, a donc «on agonie!

Père, qui de ton fils contemples la sueur,

Soutiens-le sur sa croix!

On entend une rumeur sourde croissant dans les vallées et - dans les gorges sous le plateau. — On voit briller aux premières clartés du soleil levant des baïonnettes se glissant sous les mornes. ‘ •

ADRIF.NNE, se levant en sursaut et se penchant sur le ravin.

O ciell quelle lueur!

Quel cliquetis de fer vers ces lieux brille et monte?

Je n’en puis plus douter: Aux armes!... Crime et honte! Mon pays par ma faute allait périr en lui!

Toussaint!... Il n’entend pas, mais son ame m’a lui! dourons donner aux siens le signal qu’ils attendent!

Que les plis du drapeau sur Haïti s’étendent !

Vous, rappelez la. vie à ses mpmbres tremblants,

Et qu’il meure du moins debout devant les blancs!

Elle s’élance, prend précipitamment le drapeau placé sur une pointe du rocher, monte sur ce rocher, et plante le drapeau • sur la crête la plus élevée; elle l’agite pour qu'il soit aperçu de plus loin. — A ce moment, on entend des roulements lointains de canons et de coups de feu sous tous les mornes, et des cris de commandement. — Au premier feu, on voit Adriennc s’exposant de tout le corps aux balles, fléchir . et tomber frappée d’un coup mortel au cœur; elle chancelle et tombe dans les plis du drapeau. — Toussaint, le moine et Isaac , accourus au feu , la portent sur la scène ensanglantée et expirante.

TOUSSAINT, pleurant. ‘

Sublime enfant! ta mort est un double martyre;

Je perds un fils 1 et toi!;.. Dieu de moi te retire,

Mais sur nous par ta main le triomphe a flotté,

Ange de la victoire et de la liberté!

Il reste anéanti, oubliant, tout sur le cadavre.

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