‹ Toussaint Louverture, poëme dramatiqueChapitre 59 sur 65 · SCÈNE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE SEPTIÈME

Et, dans ce fils, qn’un monstre a pu dénaturer,

Tu leur porterais! quoi? ma chair à torturer!

O ciel ! rends-moi mes fers; ô ciel ! rends-moi mes maitres; L’esclave a des enfants! le chef n’a que des traîtres! Mais non! je m’avilis en efforts superflus;

Il se tait!... Non, va! pars! je ne te connais plus!... Pardonne, ô mon pays! ce cri de la nature,

Ce cri qu’au patient arrache la torture.

Qui déchire son sein sans ravir son secret!

Tu m’arraches le cœur, oui! mais pas un regret!

A son dis avec mépris.

■ Reprenons tous les deux moi ma mort, toi ta chaîne I

• ALBERT, avec embarras.

O mon père! au consul ma parole m'enchaîne;

Si je ne pouvais pas vous fléchir, j’ai promis I)e ne pas me ranger parmi ses ennemis.

Pardonnez! votre gloire et notre délivrance

Pour vous sont en ces lieux, et pour moi sont en France!

En vain mon cœur se brise en s’arrachant d’ici !

Ma promesse... est ailleurs!...

ADRIENNE, se précipitant à ses pieds.

Et ton amour aussi !

Eh .quoi ! les bras levés de ta pauvre Adrienne,

Cette vie en naissant enchaînée à la tienne,

Ce cœur qui n’a vécu que de son seul amour!

Qui dans les jours sans fin, n’attendait qü’un seul jour !

* Notre enfance au berceau du même lait nourrie,

* Toute joie en mon cœur à ton départ tarie;

* A travers l’Océan ce soupir, éternel,

* Te rappelant d’ici sur le sein paternel,

•Rien ne peut!... Qu’ont-ils donc pour fasciner tonaifie? As-tu lu plus d amour dans un regard de femme?

* Pour captiver un frère ont-ils des noms plus doux?...

i 66 ACTE CfNQt'fÈME.

* ftrise donc ces deux mains qui serrent tes genoux, ^Éteins donc ces deux yeux où t'a fidèle image

* Brûle dans tant de feux, dans tant de pleurs surnage? Foule done, sous tes pieds, ce cœur plein de ta foi.

Qui crie encor d’amour, en se brisant pour toi!

Pour faire un pas vers eux, traverse donc ma vie!

Non, la nature parle et l’amour t’en défie!...

Ils te rendent à nous, à ton père, à ton sang!

En se jetant dans ses bras. •

Ah ! je sens sous mon front battre un cœur renaissant» Son regard attendri se mouille, sa main tremble;

Il cède!'... Nous vivrons ou nous mourrons ensemble!

ALBERT, désespéré, à son père et A Adrieone.

Entre l’honneur et vous qui pourrait réfléchir?

' (SA AC

.Réfléchir ! .

LE MOINE

Il chancelle!

ADRIENNE

Il pleure !

LE MOINE

Il va fléchir!

ALBERT

Ah! mon cœur est à vous, mais ma foi me rappelle;

Le noir comme le blanc doit y rester fidèle !

J’ai trop promis, sans doute!... oui, mais il faut tenir-

Il fait un signe do désespoir et s’éloigne de quelques pas, len-. lement, la télé baissée. — Adrienne pousse «n cri. — Toussaint fait un geste d’abattement. — Albert se retourne et revient sur ses pas.

ADRfENNE, avec un geste de joie. . .

Ah! je le sentais bien qu’il allait revenir!

A ce moment, Salvador, qui s’est avancé sans être aperçu jusque-là vers le lieu de la conférence, se monlre de loia sus un rocher.

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