ET
Hoûtcrez une douceur «
RER M 240 AUX AMIS DE LA CROIX d
lun disait sainte Madeleine de Pazzi. Souffrir et étre méprise sue pour vous, disait saint Jean de la Croix, et tant d'autres Cris. qui ont tenu le même langage, comme on lit dans leur vie. Croyez Dieu, mes chers Frères : quand on souffre joyeusement pour Dieu, la Croix, dit le Saint-Esprit, est
le sujet de toutes sortes de joies pour toutes sortes de personnes, La joie de la Croix est plus grande que celle
d'un pauvre que l'on comble de toutes sortes de richesses,
que la joie d'un paysan qu'on élève sur le trône, que la joie
d'un marchand qui gagne des millions d'or, que la joie des
généraux d'armée qui remportent des victoires, que la joie des captifs qui sont délivrés de leurs fers: enfin, qu'on s'imagine toutes les plus grandes joics d'ici-bas, celle d’une personne crucifiée qui souffre bien les renferme et les surpasse toutes.
Réjouissez-vous donc et tressaillez d'allégresse, lorsque Dieu vous fera part de quelque bonne croix : car ce qu'il y à de plus grand dans le ciel eten Dieu aieme tombe en
Legrand VOUS, Sans Vous en apercevoir. Le grand présent de Dieu préentde que la Croix! Si vous le compreniez, vous feriez dire des Dieu que la
Croix, messes, vous feriez des neuvaines aux tombeaux des saints, vous entreprendriez de longs voyages, comme les saints ont fait, pour obtenir du Ciel ce divin présent. Le monde l'appelle une folie, une infamie, une sottise, une indiscrétion, une imprudence : Jais
sez dire ces aveugles: leur aveuglement, qui leur fait regarder la Croix en hommes ct tout de travers, fait une partie de notre gloire : toutes 5 les fois qu'ils nous procurent quelques croix par leur mé-
pris ct leurs persécutions, ils nous donnent des bijoux, ils
nous mettent sur le trône, ils nous couronnent de lauriers : F que dis-je ? toutes les richesses, tous les honneurs, tous les sceptres, toutes les couronnes brillantes des potentats et
Kk des empereurs ne sont Pas comparables à la gloire de la s HSE le Croix, dit saint Jean Chrysostome ; elle surpasse la gloire ciel pour
souffrir. d'apôtre et d'écrivain sacré, Je quitterais volontiers le Ciel,
DT PR NS RS es —
s'il était à mon choix, dit ce saint homme éclairé du Saint-
Esprit, pour endurer pour le Dieu du Ciel, Je préférerais les cachots et les Prisons aux trônes de l'Empyrée, je n'ai pas tant d'envie de la gloire des Séraphins que des plus grandes croix. J'estime moins le don des miracles par lequel on commande aux démons, on ébranle les éléments, on arrête le soleil, on donne la vie aux morts, que l'honneur des souffrances, Saint Pierre et saint Paul sont plus gloricux dans les cachots, les fers aux pieds, que de s'éle- Ver au troisième Ciel ct de recevoir les clefs du Paradis. En cffet, n'est-ce pas la Croix qui a donné à Jésus-Christ UE nom au-dessus de tous les 2oS, afin qu'au nom de Jesus fout genou fléchisse, au Ciel sur la ferre et dans les enfers ? La gloire d'une Personne qui souffre bien est si grande que le Ciel, les anges, et les hommes, et le Dicu même du Ciel, la contemplent avec joie, comme le plus glorieux spectacle, et que si les saints avaient un désir, ce scrait de revenir sur la terre Porter quelques croix. Mais si cette gloire est si grande même sur la terre, quelle sera donc celle qu'elle acquiert dans le Ciel? Qui expliquera et qui comprendra jamais ce poids éternel de gloire qu'opère €n nous un seul moment d'une croix bien portée? Qui comprendra celle qu'une année, et quelquefois une vie Qu toute entière de croix ct de douleurs, opère dans le Ciel ?"
Assurément, mes chers Amis de la Croix, le Ciel vous âmes
souffrantes
prépare à quelque chose de grand, vous dit un grand Saint, puisque le Saint-Esprit vous unit si étroitement dans une chose que tout le monde fuit avec tant de soin, Assurément, Dieu veut faire autant de saints et de saintes que vous êtes d'Amis de la Croix, si vous Ctes fidèles à votre vocation, si vous Portez votre croix comme il faut, comme Jésus-Christ l'a portée,
Mais il ne suffit pas de souffrir, le démon et le monde ont leurs martyrs ; mais il faut souffrir ct porter sa Croix
sur les traces de Jésus-Christ, Seguatur me, qu'il me suive,
Re
à-dire de la manière qu'il l'a portée, et voici pour cela les règles que vous devez garder : i 1" Ne vous procurez point exprès et par votre faute des !
lue fut croix ; il ne faut pas faire du mal Pour qu'il en arrive du
“faire du, À | Le bien ; il ne faut pas
pour qu'ilen
sans une inspiration spéciale, faire les Choses d'une mauvaise manière, pour s'attirer le mépris des He hommes ; il faut plutôt imiter Jésus-Christ dont il est dit qu'il a bien fait toutes choses, non Pas par amour-propre Où par vanité, mais pour plaire à Dicu et pour gagner le prochain, Et si vous vous acquittez le micux que vous pourrez de vos emplois, vous n'y manquerez pas de contradictions, de pers
‘cutions ni de mépris que la divine Providence vous enverra contre votre volonté et sans votre à choix, 2° Si vous faites quelque chose d'indifférent dont le prochain se scandalise, quoique mal à propos, abstenez- Vous-en par charité, pour faire cesser le scandale des petits, } et l'acte héroïque de la charité que vous faites en cette occasion vaut infiniment micux que la chose que vous
Lais pharis
ze faisiez ou que vous vouliez faire. Si cependant le bien que
h vous faites est nécessaire ou utile au prochain, et que quel-
scandalier. que pharisien ou mauvais esprit s'en scandalise mal à Propos, consultez un sage pour savoir si la chose que vous! faites est nécessaire ct beaucoup utile au commun du pro- ;
chain, et s'il la juge telle, continuez-la et les laissez dire, |
pourvu qu'il vous laissent faire, et répondez en cette OCCa- |
sion ce que répondit Notre-Seigneur à quelques-uns de!
ses disciples qui vinrent lui dire que les Scribes et les \ lharisiens étaient scandalisés de ses paroles et de ses N actions: Zaisses-les, ce sont des aveugles. Ÿ
3” Quoique quelques saintset grands personnages aient Ÿ
Quelques demandé, recherché, et même se soient procuré par des à ri actions ridicules, des croix, des mépris et des huniiliations, |
sesont adorons et admirons seulement l'opération extraordinaire vrocuré des
con. du Saint-Esprit dans leur âme, ct humilions-nous à la vue |
d'une si sublime vertu, sans oser voler si haut, n'étant auprès de ces aigles rapides et de ces lions rugissants que des poules mouillées et des chiens morts.
4" Vous pouvez cependant, et même vous devez deman der la sa
esse de la Croix, qui est une science savoureuse
ct eXpérimentale de Ja vérité, qui fait Voir dans le jour de
la foi les mystères les plus
cachés, entre autres celui de la Croix, ce qu'on obtient que par de grands travaux, de profondes hu- Miliations et des prières ferventes, Si vous avez besoin de cet | sprit principal, Qui fait porter les croix les plus lourdes avec Courage; de cet esprit bon ct doux, qui fait souûter | | dar: la partie Supérieur: |
de l'ame les amertumes les
plus dévcoütantes : de cet à
esprit sain et droit, qui ne cherche que Dieu: de cette science de la Croix, qui renferme toutes choses : en un mot, de ce trésor infini dont le bon usage rend une àme Participante de l'amitié de Dieu: demandez la Sagesse, demandez-la incessamment ct fortement, sans hésiter, sans crainte de ne la pas obtenir, et vous l'aurez imman quablement, et Puis Vous verrez clairement par eXpérience Comment il se peut faire qu'on désire, qu'on recherche ct qu'on goûte la Croix.
5° Quand vous aurez, par igporance où méme par votre faute, fait quelque bévue AU VOUS procure quelque croix, humiliez-vous-en aussitôt en vous-méme, sous la main puissante de Die ü, Sans Vous en troubler volontairement, 1 Fan
disant, par exemple, intérieurement : [7 Ha, Siigneur,
ze
Berre nn ren nn.
tour de mon métier, et s'il y a du péché dans la faute que vous avez faite, prenez l'humiliation qui vous en revient comme son châtiment, et s’il n'y a point de péché, comme } une humiliation de votre orgueil. Souvent, et même très ! souvent, Dieu permet que ses plus grands serviteurs, qui | sont les plus élevés en sa grâce, fassent des fautes des plus Î humiliantes, afin de les humilier à leurs yeux et devant les Î hommes, afin de leur ôter la vue et la pensée orgueilleuse ÿ des grâces qu'il leur donne et du bien qu'il font, afin gu'au- | cune chair, comme dit le Saint-Esprit, ne se glorifie devant } Dieu.
6" Soyez bien persuadés que tout ce qui est en nous est ouest tout corrompu par le péché d'Adam et par les péchés ee actuels, et non seulement les sens du Corps, mais toutes les Î véché. puissances de l'âme, ct que dès lors que notre esprit cor- }
rompu regarde quelque don de Dieu en nous avec réflexion Î et complaisance, ce don, cette action, cette grâce devient Î toute souillée et corrompue, et Dieu en détourne ses yeux | divins, Si les regards et les pensées de l'esprit de l'homme Ÿ gâtent ainsi les meilleures actions et les dons les plus À divins, que dirons-nous des actes de la volonté propre qui sont encore plus corrompus que ceux de l'esprit? Après ÿ cela, il ne faut pas s'étonner si Dieu prend plaisir à cacher les siens dans les secrets de sa face, afin qu'ils ne soient { point souillés par les regards des hommes et par leurs propres connaissances ; et pour les cacher ainsi, que ne per- } Fe combien met et ne fait point ce Dieu jaloux ? Combien d'humi- } ae liations leur procure-t-il? In combien de fautes les laisse ! enr? til tomber? De quelles tentations permet-il qu'ils soient attaqués comme saint Paul? En quelles incertitudes, ténèbres, perplexités les laisse-t-il? Oh! que Dieu est admirable dans ses saints et dans ses voies qu'il tient pour
les conduire à l'humilité et à la sainte 7" Prenez donc bien garde de croire, comme les dévots orgueilleux et pleins d'eux-mêmes, que vos croix sont }
BR rm er ne et
grandes, qu'elles sont des Épreuves de votre fidélité et des ! témoignages d'un amour singulier de Dieu à votre endroit ; ce piège d'orgueil spirituel est fort fin et délicat, mais plein 1
faut crain
de venin, Vous devez croire: 1" que votre orvueil et i.; votre délicatesse vous font prendre pour des poutres, des pailles ; pour des plaies, des piqûres : Pour un éléphant, Un rat; pour une injure atroce et un abandon cruel, une parole en l'air, un petit rien dans la vérité: 20 que les croix que Dieu vous envoie sont plutôt des châtiments amoureux de vos péchés, comme il est en effet, que des mar-
ques d'une bienveillance spéciale ; 3° que quelque croix et
quelque humiliation qu'il vous envoie, il vous épargne infi niment, vu le nombre et l'énormité de vos crimes, que
vous ne devez pas regarder qu'à travers la sainteté de Dieu,
qui ne souffre rien d'impur, et que vous avez attaqué; à
travers un Dieu Mowrant, et accablé de douieurs à cause ÿ de l’apparance de votre péché ; et à travers un enfer éternel que vous avez merité mille et Peut-être cent mille fois ; à 4” que dans la patience avec laquelle vous Souffrez, vous y mêlez plus d'humain et de naturel que vous ne pensez : {témoin ces petits mé
lgements; ces secrètes recherches Car de la consolation : ces Ouvertures de cœur si naturelles à ele vos amis, peut-être à votre directeur ; ces excuses si fines
et si promptes : ces Plaintes, ou plutôt ces médisances de
CEUX qui vous ont fait le mal, si bien tournées, si charita-
ÿ blement prononcées ; ces retours et ces complaisances
Î délicates en vos maux, cette croyance de Lucifer, que
vous êtes quelque chose de grand, etc, Je n'aurais jamais
‘ fait, s'il fallait ici décrire les tours et les détours de la na
ture, même dans les souffrances,
8" Faites profit et même davantage des petites souf-
frances que des grandes, Dieu ne regarde pas tant la souf.
france que la manière avec laquelle on souffre. Souffrir g,
beaucoup et souffrir mal, c'est souffrir en damné ; souftrir
beaucoup et avec Courage, r
HC Mauvaise Cause, in
ne
Dieu demande pas un amour ensible de
la Croix
ne SEE
c'est souffrir en martyr du démon ; souffrir peu ou beau- Coup et souffrir pour Dieu, c'est souffrir en saint, S'il est vrai de dire qu'on peut faire choix des croix, c'est particulièrement des petites et obscures quand elles viennent en parallèle avec les grandes ct éclatantes, L'orgueil de la nature peut demander, rechercher, ct même choisir et embrasser les croix grandes ct éclatantes ; mais de choisir et de bien joyeusement porter les croix petites et obscures, ce ne peut être que l'effet d'une grande fidélité à Dieu. Faites donc comme le marchand en regard de son comptoir : faites profit de tout, ne laissez pas perdre la moindre parcelle de la vraie Croix, quand ce ne serait qu'une piqûre de mouche ou d'épingle, qu'un petit travers d'un voisin, qu'une injure par méprise, qu'une petite perte d'un denier, qu'un petit trouble dans l'âme, qu'une petite lassitude dans le Corps, qu'une petite douleur dans un de vos membres, etc, Faites profit de tout, comme l’'épicier de sa boutique, et vous deviendrez bientôt riches en Dieu, comme il devient riche en argent, en mettant denier sur denier dans son comptoir, À la moindre petite traverse qui Vous arrive, dites: Den soit béni, mon Di U Je Tous remercie : puis cachez dans la mémoire de Dieu, qui est comme votre comptoir, la croix que vous venez de gagner : ct puis ne vous en souvenez plus que pour dire: Grand merci où miséricorde,
9" Quand on vous dit d'aimer la Croix, on ne vous parle pas d'un amour sensible, qui est impossible à la nature ; distinguez donc bien trois amours : l'amour sensible, l'amour raisonnable, l'amour fidèle et suprème, où autrement l'amour de la partie inférieure qui est la chair, l'amour de la partie s'périeure qui est la raison, ct l'amour de la partie suprême, ou cime de l'âme, qui est l'intelligence éclairée de la foi. Dieu ne demande pas de vous que vous aimiez la Croix de la volonté de la chair; comme elle est toute corrompue et criminelle, tout ce qui en naît est cor-