ET LA GUERRE
L'an 1914 commença en pleine paix. Le nombre indice du coût de la vie pour Tannée 1913, établi sur le prix de gros, comme nous l'avons expliqué précédemment, était de 135.5. Il y avait eu quelques légères tendances à la baisse au cours des mois précédents. Mais cette baisse avait été accidentelle.
Voici, du reste, les variations du nombre indice des prix de gros pour les 7 premiers mois de 1914, qui précédèrent immédiatement la déclaration de guerre (moyenne pour 1913: 135.5): ^
On y constate une légère baisse habituelle, qui se prolonge en général du mois d'avril au mois de septembre ou d'octobre. L'année, jusque là, était normale; les fluctuations du coût de la vie, également.
Vint la guerre, — août 1914. Ce fut la poussée à la hausse compliquée, d'une part, par les besoins immédiats des belligérants, de l'autre par ce qu'on est convenu d'appeler prétentieusement le facteur "psychologique, dont l'influence est indéniable.
Voici un graphique, emprunté à des sources oflicielles,^ qui permet de saisir d'un coup d'œil le mouvement déterminé par la déclaration de guerre sur le nombre indice des prix de gros au Canada. (Nombre de produits, 272.) (Prix moyens, 1890-1899, 100)
Dans l'introduction du Wholesale Priées, Canada, 1914. on peut lire ce qui suit: ''Dans le courant de l'année 1914, les prix ont ''été affectés, au Canada, surtout par la déclaration de la grande "guerre européenne. De janvier à avril, le niveau général des "prix a été stable, avec une légère tendance à la hausse. Il y a eu "ensuite une baisse de deux points, dans le chiffre indice, durant "juillet et août. La guerre, cependant, causa immédiatement une "hausse d'environ sept points, et, bien qu'une réaction ait suivi
1 Wholesale Priées, Canada, 1914, page 18.
2 Wholesale Priées, Canada, 1914, page 7.
Janvier 1914. .136.5
Février .136.6
Mars 137.
Avril 136.7
Mai. .
Juin. .
Juillet,
(Voir graphique sur page suivante.)
^'presque aussitôt, et que le niveau des prix à la fin de Tannée ait ''été presque le même qu'à son début, la moyenne des douze mois ''s'en est trouvée élevée . Le chiffre indice établi par le ministère . . . "était de 136.1 en 1914, contre 135.5 en 1913 et 134.4 en 1912. . . "Le niveau atteint en septembre, savoir, 141.3, est le plus élevé "qui ait été enregistré depuis 1890. Dans l'ensemble, les plus fortes "augmentations de l'année se sont produites dans les groupes sui- "vants: grains et fourrages, 14 pour cent; animaux et viandes, 6 "pour cent; laines, 8 pour cent; peaux, 10 pour cent; drogues et "produits chimiques, 7 pour cent... Les prix des substances ali- "mentaires sont revenus aux cotes élevées de la fin de 1911 et du "commencement de 1912."^
Naturellement, les premiers articles qu'affecta la hausse furent les viandes, les blés, les farines, les lainages, les cuirs, tous nécessaires aux commissariats des armées, ainsi que les sucres et les cafés, frappés d'impôts de guerre spéciaux par le gouvernement canadien ^ dès la session convoquée d'urgence. Voici, pour ce qui regarde les aliments, un tableau des variations de prix de gros de ce chef, mettant en comparaison, mois par mois. Tannée 1914 avec les trois années antérieures, et faisant ressortir la hausse causée par la guerre en 1914, hausse qui s'est accentuée depuis: ^
Chiffres indices des aliments, 1911, 1912, 1913 et 1914
Viandes, poisson, produits de l'industrie laitière, fruits, légumes, froment, sucre, thé, cafë, condiments, etc., 80 articles en tout.
(Prix moyens, 1890-1899—100.)
Jan.
Fév.
Mars
Avril
Mai 1 Juin
Juillet
Août
Sept.
Oct.
Nov.
Déc.
Année
"On remarquera que, tandis qu'en 1913 le niveau du prix des aliments était moins élevé qu'en 1912, et que dans la dernière partie de 1911, il s'est élevé considérablement dans la dernière
1 Report on Wholesale Priées, Canada, 1914, Introductory, page 1.
2 Débats de la Chambre des Communes; quatrième session, Xlle parlement, vol. CXVIII, pp. 25 et ss.
3 Rapport du Ministère du, Travail, 31 mars 1915, version française, page 48.
partie de Tannée 1914 et qu'il était alors presque aussi élevé qu'en 1912. La déclaration de guerre fut suivie d'une hausse rapide en septembre, et bien qu'une réaction se produisît bientôt, le niveau était encore élevé pendant les trois derniers mois de Tannée et à la hausse en décembre. Le prix élevé de la farine, du gruau, du sucre et du thé a contribué beaucoup à cette augmentation des prix." ^
Si l'on veut un coup d'œil d'ensemble sur la hausse de chacun des 13 groupes principaux de produits canadiens, pendant 1914, on n'a qu'à se reporter aux sources indiquées. ^
Prix de détail
Depuis 1910, le ministère du Travail fait faire par ses correspondants, sur différents points du Canada, le relevé mensuel des prix courants de détail pour 28 articles d'un usage général, ainsi que du loyer que doit payer un ouvrier qui gagne au moins $800 par an. Ce relevé qui établit les dépenses hebdomadaires d'une famille de cinq personnes, pour les aliments, le combustible, l'éclairage et le loyer, montre que l'alimentation qui coûtait en 1910 S6.95 par semaine, coûtait $7.33 à la veille de la guerre en 1914. Le budget total de cet ouvrier, pour l'alimentation, le loyer, le chauffage et l'éclairage a passé de $12.79 en 1910 à $14.31 par semaine, à la fin de 1914. ^
Les causes de la hausse de 1914
La hausse du coût de la vie pendant les mois qui suivirent immédiatement la déclaration de guerre a eu diverses causes; les unes datent de Tavant-guerre; nous les avons déjà énumérées; les autres, procèdent de la guerre et ne cesseront de produire leur effet, dans une plus ou moins large mesure, jusqu'à la fin des hostilités.
Les premières poursuivent leur œuvre. L'encombrement des villes, la multiplicité des intermédiaires, l'action des trusts et des cartels, la désertion relative des campagnes, l'insuffisance de la production et de nos moyens de transport n'ont pas cessé de se faire sentir parce que nous passions de la paix à la guerre.
1 Wholesale Priées, 1914, page 13.
2 Wholesale Priées, 1914, page 8.
1 Rapport du ministère du Travail, 31 mars 1915, page 50.
Leurs effets se sont, dans une large mesure, plutôt exaspérés. Ainsi l'établissement, dans les camps militaires, de quarante à soixante mille soldats, dès l'automne de 1914, a formé d'autres villes, temporaires celles-là, mais dont les quarante ou soixante mille habitants ne produisant rien, consomment pourtant plus qu'ils ne l'eussent fait, peut-être, en temps de paix. L'alimentation d'une grande partie d'entre eux était moins bonne, et, partant, moins coûteuse avant leur enrégimentation, de même leur vêtement. Et une partie de ces soldats travaillaient, avant leur enrôlement, sur les fermes, ou occupaient un emploi quelconque dans le commerce des substances alimentaires.
Parmi les causes nouvelles de la hausse du coût de la vie, qui se sont superposées aux autres, il convient de distinguer les principales. Elles se sont fait sentir d'abord en septembre 1914; puis il y a eu dans leur action une période de ralentissement, après quoi leur influence a été en s'accentuant à mesure que dure la. guerre. On peut les énumérer comme suit:
I — Affolement d'une partie de la population qui, redoutant au début de la guerre une famine, s'est hâtée d'entasser des provisions, d'où raréfaction des substances alimentaires sur le marché, et conséquemment, hausse des prix; II — Nombreuses commandes de guerre de toutes sortes; III — Commencement d'exportation intense de nos produits de la ferme, des cuirs, des aliments de tout genre; IV — Difficultés plus grandes de la distribution; V — Augmentation de notre budget militaire; VI — Relèvement partiel du tarif ordinaire des douanes et premiers impôts de guerre.
I — Affolement d^une partie de la population
Dès qu'il fut décidé que le Canada participerait à la guerre, ce fut, dans presque toutes les villes, une poussée irraisonnée des consommateurs vers les grands magasins. Bien des ménagères se constituèrent des réserves de conserves, de sucre, de thé, de café, d'épices, de Hqueurs, de farine, d'huile pour l'éclairage et le reste. Les marchands de gros, pris ainsi par surprise, par ce mouvement qui eût pu facilement tourner à la panique, durent limiter, à Montréal et ailleurs, — on peut s'en convaincre en parcourant les revues du commerce de cette époque, — la quantité de chaque produit qu'ils livraient à un client. Les raffineries, débordées de commandes, durent aussi, pour faire face à la crise, laisser savoir à plusieurs de leurs cHents qu'elles ne pourraient exécuter qu'une partie de leurs commandes, leurs stocks commençant à s'épuiser. Cette panique, qui faisait redouter à bien des gens de manquer de vivres du jour au
lendemain ou d'avoir à les payer un prix exorbitant, contribua notablement à la hausse des prix. Elle s'est manifestée à Montréal, à Toronto, dans les grandes villes de l'Ouest, à Québec, à Ottawa, partout où le public ayant plus facilement accès aux nouvelles de la guerre et alarmé par les progrès des armées allemandes en Belgique, perdait la tête. Peu à peu, toutefois, les esprits reprirent leur aplomb, se rendirent compte que la guerre serait longue, que le Canada avait de quoi nourrir sa population, et les trembleurs qui au début des hostilités avaient rempli leurs caves et leurs greniers, mirent un terme à leurs achats exagérés. La hausse soudaine du nombre indice des prix de gros pour septembre 1914, — il avait passé de 136.3 en août à 141.3 en septembre et jamais il n'avait été aussi élevé, i — démontre bien l'influence de ce facteur psychologique sur la cherté de la vie aux première semaines de la guerre. Sitôt que les esprits eurent repris leur assiette, le nombre indice décrut et en octobre 1914, il n'était plus que de 138.7, et descendit en novembre et en décembre à 137.6. ^ Il devait remonter en 1915 et en 1916 à des hauteurs insoupçonnées en 1914.
II — Les commandes de guerre
Au moment où la guerre fut déclarée, en Europe, les nations qui devaient y prendre part n'avaient pas terminé leurs récoltes. Quelques-unes les avaient à peine commencées. C'est ainsi que la plus grande partie des champs de blé de France et de Belgique furent abandonnés ou ravagés, de même que les cultures de betteraves qui donnaient du sucre à presque toute l'Europe. Il en fut de même en Autriche-Hongrie et jusque en Allemagne, où une forte partie de la moisson ne fut pas rentrée. L'Angleterre, plus que jamais, se vit dans la nécessité de compter sur l'importation pour ses substances alimentaires. Les hommes enrégimentés par centaines de milliers, dans tous les pays en guerre, donnèrent immédiatement naissance à de grandes agglomérations qu'il fallait non seulement armer, mais aussi vêtir et nourrir. Les rations quotidiennes des millions d'hommes ainsi mis sur pied nécessitèrent de toutes parts des quantités énormes de pain, de viande, de légumes, tout comme leur vêtement exigeait une dépense prodigieuse de lainage, et leurs chaussures, de cuir. C'était une traite gigantesque sur les réserves de laine, de blé, de viande, de cuir, du monde entier. Tous les pays neutres ou lointains furent mis à contribution pour y
1 Report on Wholesale Priées, Canada, 1914, page 1.
2 Wholesale Priées, 1914, page 18.
satisfaire. A elle seule, l'armée anglaise, par exemple, pendant les premier mois de la guerre, selon le Times de Londres ^, eut besoin de 90,000,000 de verges d'étoffes de laine de tout genre, soit 47 fois plus que sa consommation en temps normal. Il lui fallut également, pendant ce tempS;pour elle et pour ses alliées,84,000,000 de verges de flanelle, soit 41 fois plus qu'en temps ordinaire. Et, pour ce qui est des tissus de coton, elle en acheta sur les marchés du monde 194,000,000 de verges, 175 fois plus que sa consommation ordinaire en demandait.
Il fallut, par ailleurs, pourvoir, dès les premiers mois, aux besoins des prisonniers de guerre faits de part et d'autre. La guerre maritime désorganisait en même temps le service des transports et, relevant les taux de fret et d'assurance, rendait la livraison des commandes incertaine. Les vendeurs contraints d'acheter à la hâte tout ce que réclamaient à grands cris les nations belligérantes, payaient tout au plus haut prix, et tout ce qui restait alors sur le marché subissait une majoration telle qu'elle pesait lourde- ' ment sur le consommateur ordinaire. Naturellement, on en souffrait au Canada et même aux Etats-Unis, d'où nos articles d'importation n'arrivaient plus en aussi grande abondance, la plus grande partie de ces articles étant dirigée vers les belligérants. Et les commandes énormes de guerre, pour les cuirs, les laines, les cotons, dont nous sommes gros importateurs, firent monter sur les marchés mondiaux le prix de ces différents articles; aussi le consommateur canadien dut payer, dès l'automne de 1914, plus cher pour ses chaussures, ses vêtements et ses sous-vêtements. Un habit d'un coût moyen de $25, à la veille de la guerre, se vendait dès septembre $27, et la hausse s'étendit à tous les articles de laine, de coton et de cuir.
III — Nos exportations
Pays en partie agricole, colonie anglaise en relations commerciales constantes avec la Grande-Bretagne, le Canada devait lui vendre sa quote-part de ce dont elle avait un pressant besoin. Nous nous mîmes donc, dès le lendemain de la déclaration de guerre, et à l'heure où le facteur psychologique dont nous avons déjà parlé faisait sentir son action, à lui expédier des cargaisons de tout genre. Nous lui envoyâmes même des produits qu'en temps normal nous consommions entièrement chez nous, et nous dûmes importer ces mêmes produits pour notre propre consommation. Les œufs et le beurre entrent dans cette catégorie. Dès la fin de juillet, les cours
1 Cité par le Catholic Record de London, 16 septembre 1916
du blé canadien montèrent et, à la fin de Tannée, ils s'établirent à $1.133/^ le boisseau, à Winnipeg. Ils touchèrent $1.20 en novembre et en décembre 1914. ^ Les commandes étrangères affluèrent grâce à la perte d'une partie notable des récoltes européennes et aux faibles récoltes de l'Australie et de l'Inde. Pour ce qui est de la farine de blé nos exportations en Grande Bretagne, en 1913, étaient de $2,794,657, elles furent de $3,137,146 en 1914. ^ L'augmentation dans l'exportation des grains s'est surtout fait sentir en 1915-1916.
Nos exportations d'animaux et de viandes de toute sorte ont été plus considérables en 1914, qu'en 1913, surtout du fait de la guerre. ''Au mois d'août, la déclaration de guerre cause une grande demande de viandes en conserves et il y eût une hausse prononcée dans le prix du bétail." ^ Cela, toutefois, ne dura que quelques semaines. Mais nos exportations au chapitre animaux et leurs produits s'accrurent cependant. Nous en avions exporté, pendant l'année fiscale 1913-1914, pour la somme de $53,349,119. Nous en exportâmes, en 1914, pour la somme de $74,390,743. Cela fait une augmentation de 21 millions et demi,^ alors que le nombre de têtes d'animaux de boucherie du Canada descendait de 3,915,687 en 1913, à 3,363,531 en 1914, — diminution très sensible et inquiétante, à cause de l'épuisement graduel des troupeaux, depuis l'année 1908, alors que nous en avions 4,629,836 têtes.^ Nos exportations de hacon en Grande-Bretagne passaient, durant la même période, de $3,717,000 à $11,080,000.^
Au chapitre du beurre, nos exportations diminuaient déjà depuis des années. En 1912, nous avions exporté 8,844,000 livres, d'une valeur totale de $2,077,000.^ En 1912-1913, elles étaient tombées à 828,000 livres, d'une valeur de $223,000. En 1913-1914, elles avaient un peu remonté.^ Dès la déclaration de la guerre, l'interruption presque complète des transports entre le Danemark et la Grande-Bretagne, ainsi que les risques que couraient les paquebots entre la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni, privaient celui-ci de ses approvisionnements ordinaires en beurre. Londres et Liverpool se tournèrent vers le Canada. Le prix du beurre monta imm^édiatement ici. Dans sa revue annuelle du commerce cana-
1 Wholesale Priées, Canada, 1914-, pages 20, 21.
2 Commerce Canadien, I partie, 1915, page 595.
3 Wholesale Priées, Canada, p. 28.
4 Commerce Canadien, I partie, 1915, page 577.
5 Wholesale Priées, Canada, page 29.
6 Commerce Canadien, I partie, 1915, page 568.
7 Annuaire du Canada, 1914, p. 312-313.
8 Commerce Canadien, 1915, I partie, page 564.
dien, la Gazette de Montréal ^ disait que Montréal seul avait expédié en Europe au cours de 1914, surtout après la déclaration de guerre, 7,300 boîtes de beurre, contre 1728 Tannée précédente. C'était encore assez peu si Ton compare ce chiffre à celui de nos exportations de l'année 1902, durant laquelle il en avait été expédié de Montréal vers les pays d'outre-mer 539,000 boîtes. Mais c'était l'indice de l'ouverture d'une nouvelle période dans l'exportation des beurres canadiens, période qui se continue, au moment où nous écrivons ces lignes, puisque, cette année, nous expédierons, de Montréal aux nations d'outre-mer plus de 160,000 boîtes de beurre. En 1914, donc, le Canada exportait à l'étranger, à la suite des commandes de la Grande-Bretagne, 1,228,000 livres de beurre, représentant une valeur de $639,000 ^ ce qui marquait une augmentation assez sensible sur 1913. Et, comme nous en importions nousmêmes, pendant ce temps, 7,317,000 livres, au prix total de $1,823,- ■ 000, il n'y a pas à s'étonner si, tout de suite, le prix du beurre a, chez nous, subi une hausse constante, dont le consommateur a eu à souffrir. ^
La déclaration de guerre a aussi produit une hausse dans le prix du fromage, bien que nos exportations de ce produit, en 1914, aient été inférieures à ce qu'elles étaient depuis 1911. ^ Jusqu'à la guerre, les cours du fromage avaient été assez élevés. Pendant la première semaine d'août, les exportations cessèrent, mais les commandes de Londres ne tardèrent pas à nous arriver, et, pour la deuxième semaine, les expéditions reprirent leurs cours normal, à un prix élevé. ^ Le 3 septembre 1914, le fromage se vendit 16 sous la livre aux exportateurs; depuis longtemps, il n'avait pas été aussi cher. Et, jusqu'à la fin de l'année, les prix ne furent pas inférieurs à la moyenne de 14.61 sous la livre. La rareté relative de ce produit, conséquence de la diminution de la production du lait à l'automne, ainsi que l'épuisement partiel des réserves, par suite de l'exportation, causèrent la hausse de 1914, qui dure depuis. Naturellement, la hausse des prix du beurre et du fromage attira aux beurreries et aux fromageries des expéditeurs de lait qui, auparavant, vendaient leur marchandise au public par l'entremise des laitiers des grandes villes. Le consommateur s'en ressentit, parce que les laitiers, en maints endroits, augmentèrent le prix du lait dès l'automne
1 Wholesale Prices, 1914, page 33.
2 Commerce Canadien, 1915, partie I, page 564.
3 Annuaire du Canada, 1914, pages 400-401.
4 Annuaire du Canada, 1914, pages 312-313. ^ Wholesale Prices, Canada, 1914, page 34.
Avant l'an 1914, nous devions importer une grande partie des œufs que nous consommions. Nous en exportions cependant des milliers de douzaines, d'autre part, ce qui explique que, nous privant pour l'exportation d'une partie de notre production domestique déjà insuffisante, nous devions payer plus cher pour ceux que nous importions et sur lesquels il fallait payer des droits de douane et des frais de transport élevés. Au début de la guerre, les difficultés de transport et l'invasion de certaines régions diminuèrent les exportations d'œufs de France, de Belgique, d'Allemagne, du Danemark et de Russie vers l'Angleterre et contraignirent celle-ci à en acheter sur les marchés encore ouverts et plus facilement accessibles, où la guerre n'entravait pas la vente et la livraison. Les commandes d'Angleterre affluèrent jusqu'au Canada. On essaya d'y satisfaire, mais l'Ouest dut importer de Chine, et nos provinces de l'Est de Chicago, pour leurs propres besoins. Résultat: au cours des trois derniers mois de l'année, le prix des œufs fut à la hausse. ^ Nous en avions exporté pour $35,519 en 1913-1914, nous en exportâmes pour $965,640 en 1914-15, ^ soit 3,100,000 douzaines en Grande-Bretagne contre pas une en 1913-1914. ^ Nous en importions toutefois, pendant ce temps, pour notre consommation et, par conséquent, le prix des œufs montait chez nous.
Certaines variétés de poissons se vendirent meilleur marché en 1914 qu'en 1913. Par contre, d'autres se vendirent plus cher. Et ce furent précisément celles que les consonîmateurs demandent d'habitude. La moyenne des prix d'ensemble fléchit, ce qui n'empêcha pas le poisson en conserve d'usage le plus répandu, — ainsi le saumon de la Colombie — d'être à la hausse. Une grande partie des ordres venus d'Angleterre servaient aux rations des soldats et des marins du Royaume-Uni. L'exportation toutefois ne fut pas sensiblement plus élevée en 1914 qu'en 1913, de sorte que les cours varièrent peu, ils tendirent plutôt à la baisse.
Voilà, pour nos principaux articles d'exportation, surtout au chapitre des aliments, de quoi expliquer, dans une certaine mesure, l'augmentation assez marquée des prix, fin 1914, et le début d'une hausse qui se poursuit, de plus en plus accentuée, jusqu'à l'heure où nous ahgnons ces statistiques. Si l'on tient compte du fait qu'à la hausse réellement provoquée par la rareté relative dés produits ou par de grosses commandes extérieures qui en diminuent la quantité disponible au Canada, s'ajoute la hausse fictive déterminée par la spéculation, et la hausse moindre, mais sensible encore, qu'y
1 Wholesale Priées, 1914, page 35.
2 Commerce Canadien, 1915, page 566.
3 Commerce Canadien, 1915, page 566.
superpose Tintervention d'une série considérable d'interraédiaires, on a tôt fait de saisir l'influence importante qu'exercent, sur le prix de la vie, les commandes de guerre et les grosses exportations dont elles s'accompagnent. Cela, du reste devient plus sensible, à mesure que dure la guerre et que s'accentuent nos exportations.
IV — Difficultés d'expédition
L'ififluence de ce facteur s'est fait sentir très vivement, la guerre déclarée. Les articles d'importation ont subi des retards, — du moins ceux qui nous venaient d'outre-mer, — par suite de l'arrêt momentané et presque complet, en certains cas, des transports maritimes; de même, des marchandises provenant des régions reculées du Canada, ou des Etats-Unis ont été partiellement perdues, ou retardées durant de longs moisdes convois militaires accaparant les wagons affectés au transport des marchandises en temps ordinaire. Le réquisitionnement des charbonniers et d'un grand nombre de paquebots par l'Amirauté anglaise a aussi fait monter le coût du transport du charbon destiné aux industries et à la consommation domestique. Les villes du littoral de l'Atlantique, — Saint- Jean et Halifax, notamment, — se plaignirent de cet état de choses à la fin de 1914 et accentuèrent leurs plaintes en 1915. C'est pourquoi le prix d'un bon nombre de produits de consommation usuelle s'éleva.
V — Notre participation à la guerre
Tous les pays, même les neutres, ressentirent, dès les premiers jours de la guerre, l'influence qu'elle eut sur le coût de la vie. Elle devait nécessairement affecter sous ce rapport et les premiers, les belligérants. On sait ce qu'il en advint en Europe, chez toutes les nations en guerre. Le Canada s'engageant dans le conflit dès le mois d'août 1914, devait, plus que les neutres, bien que dans une moindre mesure que les grands belligérants, en sentir les principaux contre-coups. Cela ne manqua pas. Pays pacifique et n'ayant pas d'armée, il se trouva soudain, à la mi-août, en train de lever une trentaine de mille hommes, premier versement de sa contribution à la cause impériale, de les équiper, de les armer, de les monter, de les nourrir, de les vêtir et de les entretenir. Puis peu à peu, cette petite armée grandissait et ses besoins grandissaient avec elle. ''En août, la grande demande de cuirs pour les bottes, les selles, les harnais, que requiert une armée, épuisa presque notre marché, et comme les stocks de cuir, au Canada, étaient peu abondants à cette époque, les prix se mirent à la hausse, pour
les cuirs, les teintures, les peaux et les produits chimiques employés dans la tannerie. Il était difficile d'obtenir tout cela d'Europe, et pendant quelque temps, à cause de la rareté des navires, les peaux du Sud- Amérique ne nous arrivèrent qu'en quantité insuffisante." ^ Naturellement, le prix des chaussures s'en ressentit; il ne s'est pas amélioré depuis lors et c'est à notre participation à la guerre qu'il faut attribuer en partie cette hausse du prix de la chaussure. De même l'alimentation de 30 à 50 milliers de soldats, avant leur départ pour TEurope, nécessita de tels achats, de la part de l'intendance, que les prix de bien des articles d'alimentation montèrent, surtout dans les districts où campaient les troupes, avant leur embarquement pour l'Angleterre et la France.
Les quantités considérables d'étoffes de tout genre, surtout de lainages, qu'il fallut pour habiller de la tête aux pieds ces soldats ajoutèrent à notre dépense normale de lainages, dont nous demandons la plus grande partie à l'importation. Déjà les prix des étoffes étaient à la hausse sur les marchés mondiaux. Les commandes que nous y fîmes, à cause de notre entrée dans la guerre, contribuèrent à accentuer cette hausse, dont souffrirent et souffrent encore les consommateurs. Au surplus, pour lever et entretenir nos armées, il fallut, dès août 1914, voter un budget de guerre extraordinaire de 50 millions; ce n'était qu'un premier versement, qui fut suivi d'autres plus considérables, en 1915 et en 1916. Enfin, il fallut par un emprunt de plus de 36 millions, parer au déficit occasionné par la guerre dans notre budget ordinaire de 1914-1915. ^ Toutes ces dépenses, cela va de soi, ont obligé le ministère à remanier l'assiette des impôts, à modifier le tarif des douanes et de l'accise. Ces remaniements et ces modifications ont aussi contribué à faire monter le coût de la vie, depuis le commencement de la guerre, et même dès 1914. Ils sont peut-être, avec l'augmentation constante de nos exportations de produits alimentaires, l'une des causes dont l'effet se fera le plus longtemps sentir.
VI — Les impôts de guerre et le remaniement du tarif.
Dans son discours sur le budget, le 20 août 1914. M. White, ministre fédéral des finances, énonçait tout une série de nouvelles taxes indirectes, nécessitées par notre participation à la guerre, l'affaissement de nos recettes et la perspective d'un déficit en fin d'exercice.^ Il entendait prélever ainsi un montant de 7 millions,
1 Wholesale Priées, Canada, 1914, page 57.
2 Débats des Communes, session spéciale 1914, vol. CXVIII, page 26.
3 Débats des Communes, session spéciale 1914, vol. CXVIII, page 25.
pour couvrir une partie de ce déficit; il proposait de frapper d'un droit de 2 sous par livre les cafés verts, qui entraient chez nous en franchise lorsqu'ils nous étaient expédiés directement du pays producteur, ou des entrepôts douaniers du Royaume-Uni, et de 3 sous les mêmes cafés d'autre provenance. De ce chef il prévoyait une augmentation de $500,000 dans notre revenu annuel.
De même il relevait la taxe sur les sucres bruts de 25 à 88 sous par 100 livres pour les sucres venus par l'Angleterre et de 31 Ve sous, à II.IIV4 par 100 livres pour ceux d'autre provenance. Pour les autres variétés de sucre raffiné, de 72 sous à $1.52 (tarif de faveur consenti à l'Angleterre) et de 93 sous à $1.93 (tarif général). La surtaxe des sucres raffinés était donc de 1 sou par livre et, sur les sucres bruts, de 8 dixièmes de sou. Le ministre comptait en tirer une augmentation du revenu égale à $5,000,000.
Par ailleurs, il relevait de $2.40 à $3.00 par gallon de preuve les droits sur le whisky, le genièvre, l'eau-de-vie et les autres boissons distillées, ce qui devait donner à nos recettes un surcroît de $2,500,000 par an. Un relèvement des droits de douane sur les cigares et les cigarettes devait, de son côté, calculait M. White, rapporter $200,000 et des changements à la loi d'accise sur les spiritueux, cigares, cigarettes et tabacs manufacturés devait rapporter une plus-valûe de $6,600,000; soit un grand total de taxes supplémentaires de tout genre atteignant environ $14,800,000 ou, approximativement, $1,250,000 par mois.
Les impôts sur les boissons alcooliques et le tabac ne frappaient, — et à bon droit — qu'un certain nombre de contribuables, sans affecter toutes les familles. Les taxes spéciales sur les sucres et les cafés, toutefois, atteignaient la masse. Les cours des sucres et des cafés s'en ressentirent immédiatement. La déclaration de la guerre et la mise d'un embargo^ par le gouvernement anglais sur le sucre des Antilles anglaises ,où le Canada s'approvisionnait généralement de sucres bruts, contraignirent nos raffineurs à faire leurs achats à Cuba et à Porto-Rico, où ils subirent la concurrence américaine, ce qui éleva notablement les prix, après une période plus ou moins longue, nos raffineurs ayant accumulé avant la guerre des stocks assez considérables. La /hausse graduelle que produisit au Canada l'impôt spécial s'accentua du fait que nombre de gens craignant une disette et une élévation des prix se précipitèrent sur le marché pour faire des provisions, comme nous l'avons dit plus haut. Le prix du sucre blanc granulé monta vite de 70 sous et celui de la cassonade, de $2.60 par cent livres (fin octobre 1914.) 2
1 Wholesale Priées, Canada, 1914, page 47.
2 Wholesale Priées, Canada, 1914, page 49.
Cela s'applique aux prix de gros. L'augmentation pour le détail fut encore plus marquée. Ce fut un des premiers résultats des taxes de guerre que nous subissions. De même, à cause de ces nouvelles taxes, les cours du café montèrent tout de suite, fin août, de 2 à 3 sous, prix de gros, de 5 sous, au détail. L'influence des nouveau impôts s'accusa immédiatement, et sucres et cafés atteignirent de ce fait des prix qu'on n'avait jariiais connus depuis 1890. ^ Et la ménagère qui, avant la guerre, achetait, dans les grandes épiceries de Montréal, de Toronto et d'ailleurs, 20 livres de sucre pour 89 sous et même pour 85 sous, payait, fin 1916, les 10 livres du même sucre de 76 à 80 sous, soit presque le double, malgré une légère baisse qui s'est produite depuis quelques mois. Elle payait exactement, en septembre 1914, pour le sucre blanc granulé, le double de ce qu'il lui coûtait fin juillet 1914. Et le café qu'elle payait alors 35 sous la livre lui en coûte aujourd'hui 40 sous et même plus, sans être toujours d'aussi bonne qualité.
Hausse graduée
Le mouvement de hausse qui se fit sentir dans le coût de la vie dès la déclaration de guerre ne fut pas tout de suite exagéré. Toutes les causes d'augmentation des prix ne firent pas sentir leur action en même temps. Celles qui occasionnèrent la poussée de septembre 1914, où les prix de gros furent plus élevés que jamais, furent d'abord le facteur ^psychologique, les difficultés de distribution et l'influence anticipée des taxes de guerre, qui déterminèrent la hausse des sucres et des cafés. Les commandes de guerre, le volume sans cesse croissant de nos exportations s'esquissèrent avant la fin de 1914, sans toutefois prendre l'importance qu'ils devaient avoir au cours de
1915 et de 1916. La moyenne des prix de gros, pour 1913, était de 135.5; pour l'année 1914, elle fut de 136.1. Celles de 1915 et de
1916 devaient être autrement élevées. C'est que la guerre y baltrait son plein.
1 Wholesale Priées, Canada, 1914, page 47.
La première partie de ce travail ^ notait le renchérissement constant du coût de la vie, depuis août 1914, et en étudiait les augmentations mensuelles, en en indiquant quelques-unes des causes, soit qu'elles remontassent à F avant-guerre, soit que l'état de guerre les eût provoquées. Une étude analogue des deux années de guerre qui ont suivi fera mieux saisir l'importance et les causes de cette hausse, indiquera quels problèmes elle posera, dans le domaine économique, pour l'après-guerre.
La hausse de 1915-1916
Dans cette première partie, nous avons expliqué comment les statisticiens du ministère du Travail, à Ottawa, s'y sont pris pour établir le barème du coût de la vie, au Canada, depuis 1890. Ils peuvent le suivre au moyen d'un nombre-indice représentant arbitrairement la moyenne annuelle; et mensuelle des prix de gros de 272 articles ^ Le premier graphique accompagnant l'étude précédente démontre que la moyenne de la décade 1890-1899 fut de 100; le nombre-indice de 1910, de 124.2; celui de 1913, dernière année complète de paix, de 135.5, et, finalement, celui de 1914, pendant laquelle, commença la guerre, de 136.1. La hausse de 1914 fut, en substance, quoique sensible, assez peu notable, au premier abord. Il convient de rappeler toutefois que le nombre-indice était de 134.8, pour le dernier mois de paix; qu'il sauta à 136.3 en août, et, de là, à 141.3 pour septembre 1914, ce qui était le chiffre le plus élevé jamais atteint chez nous jusque là ^. Ce chiffre paraît aujourd'hui modéré, en regard de la période de hausse incessante qui s'est ouverte au début de 1915.
1 Revue Trimestrielle Canadienne, novembre 1916, pp. 237-257.
2 Annuaire du Canada, 1911, page xxxiii et seq.
3 Report on Wholesale Priées, 1914, page I, Introductory .
De fait, les chiffres officiels de 1915 et 1916 surprennent celui qui n'est pas habitué à tenir compte des répercussions de presque toutes les guerres de quelque importance sur les conditions économiques des pays belligérants et de leurs voisins. Cette guerre-ci étant la plus formidable de toutes celles dont parle l'histoire, les gens un tant soit peu au courant des lois économiques ont prévu dans une certaine mesure l'augmentation inévitable et progressive du prix des aliments, des vêtements, etc., tant qu'elles durerait et peut-être aussi par la suite, pour un temps plus ou moins long. Les statistiques canadiennes de 1915-1916 confirment ce pronostic. On peut brutalement résumer l'influence que la guerre a eue au Canada dans ce domaine, en alignant, sans plus, cette courte série de chiffres-indices:
1913 (année de paix) 135.5.
1914 (cinq mois de guerre) 136.1.
1915 (pleine année de guerre) 148.
1916 (pleine année de guerre) 182.6. ^
Fluctuations mensuelles
La hausse des prix de gros, de 12 points en 1915 et de plus de 34 points en 1916, — ce qui fait un renchérissement total de près de 47 points depuis 1913, — est des plus importantes à signaler. On peut se faire une meilleure et plus juste idée de cette gradation ascendante à l'examen du tableau suivant, emprunté à des sources officielles 2.
Hausse du chiffre-indice, depuis 1914
Janvier 136.5 138.6 172.
Février 136.6 143.8 173.7
Mars 137. 145.9 176.4
Avril 136.7 147. 179.1
Mai. 136.3 147.6 180.9
Juin 135.3 147.3 180.6
Juillet 134.6 147.1 178.8
Août 136.3 147.6 178.5
Septembre 141.3 147.2 180.7
Octobre 138.7 148.8 187.2
Novembre 137.5 157.8 198.4
Décembre 137.6 162.4 204.8
1 Gazette du Travail, janvier 1917, page 61.
2 Gazette du Travail, décembre 1915 (p. 793) janvier 1916 (p. 901) décembre- 1916 (p. 2019) et janvier 1917 (p. 73).
Variations mensuelles des prix de gros au Canada, 1910-1916. {la moyenne des prix de 1890 à 1899 inclusivement étant de 100),
Le graphique suivant, de la période 1910-1916, mois par mois, établi d'après la Gazette du Travail, illustre bien cette série de fluctuations; il enregistre des baisses assez nombreuses pendant la période d'avant-guerre, surtout en 1912 et en 1913, et une série à peu près constante de hausses, en 1914, en 1915 et surtout en 1916.
{Voir tableau en regard) ^
Tout laisse donc prévoir que pendant Tannée 1917 le nombreindice des prix de gros, au Canada, sera double de ce qu'il était pendant la période 1890-1899 et que, si la guerre se poursuit, il atteindra, pour la fin de 1917, à moins de l'intervention extraordinaire et improbable de causes imprévues, le double de ce qu'il était il y a à peine dix ans; — il était exactement de 120 pour l'année 1906. 2
Les prix de détail
La hausse graduelle des prix de gros en 1914-1915-1916 s'est naturellement traduite par une augmentation proportionnelle du coût de la vie pour le consommateur ordinaire, de budget et de conditions modestes. Il l'a sentie plus vivement que qui que ce soit. La Gazette du Travail résume mois par mois cette hausse, en faisant le relevé de la ''dépense hebdomadaire moyenne, en aliments de consommation générale, en combustible, en éclairage et en loyer, pour une famille de cinq personnes, selon la moyenne des prix dans une soixantaine de villes du Canada." On peut ainsi se rendre compte du renchérissement du coût de la vie pour des milliers et des centaines de milliers de Canadiens et le suivre à la piste mois par mois.
Ainsi, la moyenne hebdomadaire pour 1910, au chapitre des aliments, est de $6.95. Pour 1911, elle est de $7.13, pour 1912, de $7.33, pour 1913, du même chiffre, pour 1914, de $7.73, pour 1915, de $8.76 ,et pour décembre 1916, — dernier mois mentionné par la Gazette du Travail — de $10.10. Donc, pour six ans, hausse de $3.15 en une semaine; de novembre 1914, — tout au début de la guerre, — à novembre 1916, la dépense passe de $7.95 à $9.81, soit hausse de $1.86 par semaine. ^ Le même accroissement hebdomadaire de la dépense s'enregistre pour le combustible, — bois,
1 Tableau emprunté au Wholesale Prices, Canada, 1915, page 8, mis à date pour la Revue Trimestrielle.
2 Gazette du Travail, décembre 1915, page 793. . 3 Gazette du Travail, janvier 1917, page 63.
charbon, kérosène et pour l'éclairage. Le budget hebdomadaire passe de $1.75 en 1910 à $1.88 en décembre 1914, et à $2.10 en décembre 1916. Le prix du loyer hebdomadaire reste à peu près égal, en décembre 1916, à ce qu'il était en 1910, $4.05 alors et $4.08 aujourd'hui. L'ensemble du budget de semaine, de $12.79 en 1910, de $14.24 en décembre 1914, est de $16.32 en décembre 1916. La famille de 5 personnes vivant en 1910 avec $665 a dû dépenser, selon la moyenne de décembre 1916, $848.64 l'an dernier, si elle a voulu vivre de la même façon qu'il y a sept ans. ^ La hausse, depuis 1910, se traduit donc par une moyenne de $183.64 pour l'ensemble des citadins canadiens de modestes ressources.
La progression mensuelle des prix de détail, chez nous, s'étabht dans le graphique suivant, fondé sur les statistiques de la Gazette du Travail, et qui fixe au chiffre de 100 la moyenne de ces prix, pour la période 1910-1914 (chaque rectangle représente un mois).
{Voir tableau en regard) ^
On a tôt fait de voir, à l'aide de ce graphique, que le coût hebdomadaire des aliments pour une famille de 5 personnes, en 1910, se traduisait par le nombre 92, tandis que, pour 1916, il dépasse 138. Le coût du combustible, ainsi que de l'éclairage, fixé au chiffre 98, en 1910, dépasse 117 à la fin de 1916. Enfin, le chiffre du loyer hebdomadaire, établi à 90 en 1910, atteint 110, juste avant la guerre, en 1914, pour choir à 92.5, en moyenne, vers la fin de 1916. C'est la seule baisse qui s'accuse; encore n'est-elle pas très sensible dans certaines villes.
Oscillation des 'prix de gros et de détail de certains groupes de produits
Les statistiques officielles du ministère du Travail ne se contentent pas de suivre les oscillations des prix de gros et de détail de& 272 articles dont elles dressent en bloc les variations mensuelles. Elles ont fait de ces articles 13 groupes, formés chacun d'un plus ou moins grand nombre de produits de même espèce et étudient les fluctuations des prix de gros pour chacun de ces groupes.
Ces diverses catégories comprennent les grains et fourrages (15 articles), les animaux et viandes (17), les produits de la laiterie (9), le poisson (9), les autres aliments, fruits et légumes (16), les
1 Même publication, même tableau, même page, et aussi page 66.
2 Graphique emprunté à la revue annuelle financière du Globe de Toronto,, 2 janvier 1917.
Denrées alimentaires
Combustible &. Eclairage .
Loyer
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Variations comparées du prix de détail des aliments, du chauffage et de r éclairage, ainsi que du loyer, dans soixante villes canadiennes, de 1910 à\ 1916 inclusivement — celles de la période 191^-1916 étant représentées mensuellement.
épiceries et provisions diverses (25), les étoffes et matières textiles (20), les peaux, cuirs et chaussures (11), les métaux et instruments ou outils (33), le combustible et T éclairage (10), les matériaux de construction (48), les articles d'ameublement (16), les drogues et produits chimiques (16), les fourrures, liqueurs et tabacs (17), ce qui fait 13 catégories distinctes. ^ On peut élaguer du cadre de cette étude des catégories ayant certes leur utilité primordiale, mais dont il n'importe pas de tenir compte maintenant, — celles des métaux, instruments et outils, des matériaux de construction, des articles d'ameublement de maison, des fourrures, liqueurs et tabacs. Une comparaison entre les nombres-indices,à diverses époques,des prix de gros des plus importants groupes de produits marchands, ainsi enregistrés par les statisticiens du ministère du Travail, s'impose, elle fera mieux connaître l'ampleur de leurs mouvements d'oscillation, depuis le début de la guerre à venir à décembre 1916. Voici ces chiffres, — en notant toujours au préalable que la moyenne des prix pendant la période 1890-1899 égale 100.^