‹ Tout est cher ... Pourquoi?Chapitre 5 sur 9 · ARTICLES · texte numérisé non relu

ARTICLES

Quantité

An 1913

Nov.

Nov.

Nov.

Bœuf, à rôtir

2 Ibs î

Veau, à rôtir

1 Ib.

1 Ib.

1 Ib.

Porc salé

2 Ibs

. . 1 Ib.

Oeufs en caisse

1 douz.

2 Ibs

1 Ib.

Pain blanc ordinaire ... .

15 Ibs

Farine ordinaire

10 Ibs

Fèves (haricots)

2 Ibs

Sucre granulé

4 Ibs

Thé noir

M Ib.

Thé vert

Mlb.

Café

Mlb.

Pommes de terre ^

Il n'est donc pas un de ces articles d'alimentation dont le prix n ait monté sensiblement, depuis l'avant-guerre et même depuis 1915. Les prix de détail des lainages, des chaussures, ainsi que des médicaments ont suivi la même progression. Il est évident que l'ouvrier et l'employé restés au salaire ou au traitement d'avantguerre souffrent plus que personne de l'augmentation considérable des prix et doivent ou modifier leur train de vie, ou s'endetter.

Les causes du renchérissement en 1915 et 1916

La hausse continue et presque fantastique des prix, depuis août 1914, a de multiples causes. Les unes, ainsi que cette étude le note, dès les premières pages, ^ datent de la période d'avant guerre:

1 Gazette du Travail, décembre 1916, page 2008.

2 Les chiffres de décembre 1916 sont encore plus élevés. Les quantités indiquées sont censées suffire à l'alimentation hebdomadaire de 5 personnes (voir publication précédemment citëe^ janvier 1917, page 63).

^ Revue Trimestrielle, novembre 1916, pages 238-243.

elles n'en sont que le prolongement. Les autres découlent de la guerre elle-même. Il est assez difficile de démêler exactement l'influence de chacune sur l'état de choses actuel. Cependant, il ne paraît guère douteux qu'à la veille de la guerre, le Canada entrait dans une période de stabilité économique telle que le coût de la vie y fût resté à peu près stationnaire, ou du moins, n'eût progressé que peu à peu, au lieu de s'accroître par sauts et par bonds, comme il l'a fait depuis, comme il continuera vraisemblablement de le faire d'ici à la fin de la guerre et peut-être au delà.

Quoi qu'il en soit, il est possible de distinguer, en 1915 et en 1916, comme aux tout premiers mois de guerre, deux grandes séries de causes du renchérissement de la vie : les profondes, qui datent de l'avant-guerre, tiennent aux conditions mêmes du pays; les momentanées, issues de la guerre elle-même et dont l'action est actuellement le plus sensible et produira des effets d'autant plus graves que le conflit se prolongera plus longtemps.

Les causes "profondes

La première partie de ce travail les a résumées; on peut rappeler que ce sont: I — l'influence des trusts et cartels; II — l'augmentation des taux de transports; III — ^les grandes dépenses nécessitées par les entreprises publiques; IV — les emprunts municipaux, provinciaux et fédéraux de plus en plus considérables; V — l'entrée au Canada de 1901 à 1911 d'une foule de non-producteurs, grossissant la population urbaine; VI — la désertion graduelle des campagnes; VII — les opérations factices sur les immeubles; VIII — ^la multiplicité des intermédiaires inutiles; IX — et principalement, l'insuffisance de la production agricole, eu égard à la consommation générale.

Nos pouvoirs publics, à tous les degrés, pris par l'effort guerrier du Canada et les œuvres de guerre, ont jusqu'ici prêté une oreille assez distraite aux clameurs des consommateurs pressurés de plus en plus. Ils n'ont guère encore pris de mesures nécessaires pour parer à l'action de ces causes profondes, pour enrayer cette action, au moins partiellement. Le ministère fédéral a en novembre 1916 édicté certaines mesures ^ relatives aux prix des objets indispensables à l'alimentation; cette initiative n'a toutefois donné jusqu'ici aucun résultat appréciable. Les causes profondes de la hausse d'avantguerre persistent, et même leur effet s'accentue. Il ne paraît pas qu'on ait essayé depuis l'ouverture des hostilités d'en enrayer l'ac-

1 Arrêtés ministériels No 2777 et 2957, 10 et 29 novembre 1916, reproduits dans la Gazeite du Travail de décembre 1916, pp. 2003 et ss.

tion. Pour les neutraliser, même la paix venue, il faudra du temps^ des années, beaucoup de travail sérieux, de la part des économistes et des gouvernants, fédéraux, provinciaux et municipaux, ainsi que des individus.

Les causes temporaires ou découlant de la guerre

Elles sont nombreuses. Nous énumérerons les principales et les plus apparentes. I — Difficultés croissantes des transports sur terre et sur mer; II — Immenses besoins des armées grossissantes, en Europe et au Canada; forte demande d'aliments, de lainages etc., chez tous les belligérants; III — Spéculation intense par un certain nombre d'industriels sur les vivres, les lainages et les cuirs; IV — Dépenses de guerre de plus en plus fortes, emprunts de tout genre à l'extérieur et à l'intérieur; V — Nouveaux impôts de guerre, relèvement des tarifs; VI — Diminution de la main-d'œuvre agricole et industrielle disponible; VII — Etat des récoltes de 1915 et de 1916; VIII — Exportations sans précédent dans notre histoire économique et commerciale.

I — La crise des transports

Dès le début de la guerre, les escadres allemandes en liberté rendirent précaire la condition des navires de commerce des alliés allant de l'Europe à l'Amérique et vice versa Plusieurs paquebots battant pavillon anglais, ou français, ou belge, et, plus tard, italien, furent coulés ou détruits sur l'Océan Atlantique. A mesure que les escadres des alliés, plus rapides, plus fortes et plus nombreuses que celles de l'Allemagne, réussirent à débarrasser la mer des croiseurs ennemis, les conditions du trafic par mer se rétablirent quelque peu. Mais elles ne redevinrent pas ce que la paix les avait vues. Les armateurs ne voulurent guère risquer leurs navires aux taux de transport ordinaires. Les affrètements se firent à des prix plus élevés. La campagne sous-marine entreprise par les Allemands, qui multipHèrent leurs submersibles et leurs sous-marins, s'attaquant bientôt aux navires de commerce américains, espagnols, grecs, en coulant des centaines ^ accentua ce mouvement de hausse des frets, dans tous les ports de mer du monde. Les armateurs, risquant

1 En 26 mois, la marine marchande anglaise perdit 1,774,000 tonnes. (Sir Norman Hill, secrétaire de la Liverpool Steampship Owners' Association, cité par la Gazette, 18 janvier 1917). Une statistique de Washington {Star, 26 janvier 1917) dit qu'en 1916 il y eut 2,082,683 tonnes coulées par les navires de guerre de toutes les nations. Malgré la reconstruction dans les chantiers, les cales allèrent en diminuant de nombre.

gros, exigèrent des prix de plus en plus élevés. A mesure que la guerre sous-marine allemande prit du développement, le coût de presque toutes les marchandises importées par mer au Canada s'éleva nécessairement. Ce renchérissement, commencé en 1914, dès la mi-août, alors que les échanges mondiaux étaient déjà en partie désorganisés, continua sa marche en 1915 et la prolongea en 1916. Tous les produits d'importation courante avant la guerre se ressentirent de ces difficultés de transport et de la hausse des frets. Ainsi, le prix des fruits secs, importés des pays méditerranéens, souffrit quelque peu des nouvelles conditions, dès la fin de 1914, et plus considérablement en 1915 ^ et, à mesure que l'état de guerre se propagea le long du bassin méditerranéen, la hausse se précipita. De même, le blocus de plus en plus effectif de l'Allemagne immobilisa la marine marchande de l'Allemagne, l'une des plus considérables du monde et par suite l'exportation des produits chimiques de fabrication germanique, fort répandus en Amérique et fut une des causes du gonflement des prix de ces produits. "Les produits chimiques avaient, durant les dernières années de l'avantguerre, manifesté peu de tendance à la hausse; mais les prix en montèrent immédiatement, dès le début de la guerre, à cause de l'impossibilité où se trouva l'Allemagne de remplir les commandes qu'on lui faisait et, aussi, à cause de l'augmentation des frets sur les médicaments dont les matières premières proviennent du Sud-Américain et d'autres pays aussi éloignés" ^.

La difficulté des transports des thés, cafés et cacaos, ainsi que les taux de fret de plus en plus élevés influèrent également sur le prix de ces produits. Au commencement de 1915, le prix des thés de PInde, de Ceylan et de l'Extrême-Orient diminua quelque peu, après avoir subi une augmentation marquée, aux premiers mois de la guerre, par suite des raids nombreux de VEmden dans les mers de ces régions. Mais, en juillet, les cours s'élevèrent. '^Des taux de fret plus élevés, de même que le relèvement des taux d'assurances" — encore un autre facteur assez important de la hausse, sur les articles d'importation, — '^furent des causes d'augmentation des prix. . ." ^ Il y eut différentes fluctuations, plus tard, et, vers la fin de 1916, les grandes compagnies importatrices de thés, au Canada, signalaient à leurs clients une nouvelle élévation des prix (ainsi qu'aux premières semaines de 1917).

De même, les prix des toiles, des cuirs importés et des lainages étrangers subirent l'influence de ces frets de plus en plus élevés et de

^ Wholesale Priées, Canada, 1915, page 55.

2 Wholesale Priées ,Canada, 1915, page 97.

3 Même publication, page 61.

l'augmentation des primes d'assurances. Comme le Canada fait, par mer, des importations considérables, il est évident que le coût de toutes les marchandises étrangères ainsi importées a dû s'accroître de plus en plus, à mesure que les cales se faisaient plus rares, les frets et les assurances plus chers.

Les difficultés de transport par voies ferrées se compliquèrent aussi, par suite de la guerre. Les énormes commandes données dans notre pays et aux Etats-Unis, par les principaux belligérants; la hâte qu'il fallait apporter à la livraison de ces marchandises, aux ports de mer où les attendaient des paquebots sous vapeur; le besoin intense de wagons de tout genre, pour toutes les compagnies de chemins de fer; le transport à peu près continu, à certaines périodes, de troupes canadiennes recrutées dans l'Ouest et le centre du pays et voiturées par convois spéciaux jusqu'aux ports d'embarquement; les exigences du ravitaillement de toutes ces troupes, tant qu'elles restaient au Canada ; l'usure du matériel réparé à la diable et souvent laissé tel quel, tout cela contribuait à occasionner une congestion de plus en plus grande des voies ferrées, une pénurie signalée de wagons et de fourgons à .marchandises disponibles pour le commerce ordinaire. ^ On ne saurait exactement définir le degré d'influence de telles conditions sur les prix des échanges commerciaux interprovinciaux et canado-américains consistant en grande partie en produits alimentaires, — pommes de terre venues à Montréal et dans l'Ontario du Nouveau-Brunswick, bestiaux et viandes de l'Ouest aux abattoirs et aux entrepôts de Toronto, de Montréal et d'ailleurs, dans l'Est; mais il est certain qu'elles ont accru quelque peu le prix des vivres et que, finalement, la masse des consommateurs s'en est ressentie — (ainsi, pour le prix du charbon fin 1916 et surtout aux premiers mois de 1917). On a pu, il y a quelques semaines seulement, se rendre compte de cette congestion de nos réseaux ferrés, quand la commission des chemins de fer fédérale est intervenue pour faire mettre encore plus de wagons, de locomotives et d'équipes au service des transports de munitions et de fournitures pour les gouvernements alliés, et a dû donner droit de préséance à ces convois spéciaux sur tous les autres transportant des marchandises pour le commerce intérieur. ^

1 M. Alfred Smith, le président du ''New-York Central", disait récemment qu'un chargement de marchandises se rendant en temps normal en 5 ou 6 jours de New- York à Détroit, ne fait maintenant le trajet qu'en 4 ou 5 semaines. La congestion est telle, en Amérique, qu'elle immobilise de 40,000 à 70,000 wagons marchands (New York Post, 24 janvier 1917). Le 1er février 1917, il y avait d'&près la American Railway Association, 109,770 wagons à marchandises ainsi immobilisés, rien qu'aux Etats-Unis {Gazette, 19 février.)

2 YqIj. igg journaux de Montréal, de Toronto et d'Ottawa, notamment la Gazette, 3 janvier 1917, page 4, le Devoir du même jour.

II — Les besoins des armées grossissantes

Tandis que la facilité des échanges commerciaux diminuait, un autre problème se posait, demandant une solution immédiate: celui de vêtir, de chausser, d'alimenter et de soigner des millions d'hommes. Le monde n'était pas préparé à cela. Il lui fallait donc tirer sur ses réserves de tout genre. Nous avons déjà fait allusion à ces exigences de la guerre dans la première partie de cette étude. ^ Ce qui se passait en 1914 ne fut rien, à côté de la situation faite à l'univers en 1915 et en 1916, situation qui devient de plus en plus difficile à mesure que le conflit se prolonge et que les réserves vont s'épuisant. Jamais les soldats n'ont été aussi bien vêtus, aussi bien chaussés, aussi bien nourris et, advenant le cas de blessures ou de maladie, aussi bien soignés que ne le sont ceux des armées gigantesques de cette guerre. ^

L'armée impériale, à elle seule, en passant graduellement, mxais assez vite — en 24 mois — du chiffre de 200,000 à 4,000,000, a absorbé une part considérable des commandes de fournitures de guerre. On peut, en examinant quelques chiffres fournis par le War Office et commentés par la presse anglaise, américaine et canadienne, ^ se faire quelque idée de l'immense dépense en vivres, en vêtements et en chaussures qu'entraîne la guerre, au détriment des approvisionnements d'aliments, de lainages et de cuirs de l'univers, chez les neutres comme chez les belligérants. Ainsi, en temps de paix, l'Angleterre prenait pour ses soldats, chaque année, 1,149,000 verges d'étoffes de laine, 1,234,000 verges de flanelles, 632,000 verges de coton. Du mois d'août 1914 au mois d'avril 1916, elle acheta 117,000,000 de verges d'étoffes de laine, 84,000,000 de verges de flanelle et 194,000,000 de verges de coton. 20 à 25 pour cent de ces achats étaient faits pour le compte de ses alliés. Voici, du reste, à quoi servirent ces achats, dans l'armée impériale seulement:

Moyenne Total ARTICLES annuelle, en temps pour 20 mois

de paix de guerre

Vestons d'uniforme 227,000 21 ,750,000

Pantalons d'uniforme ^ . 78,000 11,490,000

Costumes d'exercice 92,000 11,004,000

1 Revue Trimestrielle, livraison de novembre 1916, pp. 248-249.

2 Le secrétaire du commerce des Etats-Unis, M. Redfield, disait à Washington le 25 octobre 1916, (voir les journaux de cette date), que ces 20 millions de soldats dépensaient des vêtements comme une population civile de 80 millions et des vivres comme une population de 30 millions en temps normal.

3 Le Times, de Londres et le Neio-York Herald, cités par le Mail, de Toronto 13 décembre 1916, la Gazette, 7 décembre 1916, le Catholic Record, 16 septembre

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