‹ Tout ou rienChapitre 107 sur 109 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

iHfilUur qu'un Ijcmtmc.

Devint une fenêtre éclairée par les derniers rayons d'un soleil d'automne , James est étendu sur un canapé; il est pâle et amaigri par quinze jours de souf-

frances, moins peut-être qu'Hannah, qui souffre à la fois pour lui et pour elle. James tenant clans sa main défaillante la main d'Hannah, la regarde avec adoration; il voudrait et ne peut exprimer tout ce qu'il éprouve de reconnaissance pour ces quinze jours de soins dévoués, d'attentions perpétuelles, de surveillance active et passionnée; il le dit à Hannah, qui ne peut comprendre quel mérite il trouve à ce qu'elle fasse son devoir, lorsqu'elle suit en même temps son intérêt.

— Hannah, dit-il, je te remercie : tu n'as punie rendre heureux complètement; tu n'as pu arrêter le cours des événements et conjurer la fatalité , mais je ne t'en remercie pas moins. Ce que j'ai eu de bonheur vient de ton amour; ce que j'ai eu de malheur vient du mien. Tu me par-

donnes, n'est-ce pas, tout le mal que je t'ai fait et toutes mes injustices envers ton enfant innocent? son père l'a vengé!

Hannah ne put que pleurer.

— Je ne sais, continua James, je me sens comme élevé au-dessus de la terre; mon ame semble s'unir à la tienne sans le secours de ses sens qui réalisent la passion , mais qui la réalisent dune manière vulgaire et grossière. Il n'y a plus dans mon amour ni désirs, ni jalousie; c'est une jouissance pure et égale, qui n'a ni commencements', ni déclin. Je ne conçois plus les soupçons que j'ai pu élever sur toi; je me maudis moi-même de n'avoir pas été heureux; je le serai dorénavant.

Hannah sourit douloureusement; elle pressa la main de James sur ses lèvres.

— Quel bonheur j'aurais d'embrasser

mon enfant, reprit celui-ci, l'enfant que tu me donneras. Non , avant d'avoir l'espérance de ce bonheur, je n'en concevais pas toute l'étendue; conserve-toi pour lui, mon Hannah; ménage-toi pour moi, à qui tu te sacrifies. Hélas! qu'ai-je fait pour mériter que tu m'aimes? que suis-je pour que tu fasses tant pour moi? que puis-je faire pour t'en récompenser?

— Vivre, répondit Hannah, et te laisser aimer.

— Vivre pour toi, pour ton amour, et te consacrer la vie que je te dois à te rendre le bonheur que tu me donnes... Oui, je vivrai pour élever mon enfant, pour réparer mes torts!...

Peu à peu sa voix s'embarrassa; il tomba dans un assoupissement léthargique. Le soleil venait de disparaître;

la nuit qui lui succéda ne fut troublée, pendant quelque temps, par aucun bruit.

Hannah, à genoux à côté de James, retenait jusqu'à son souffle ; elle priait avec ferveur : elle demandait vainement à Dieu de lui garder son mari, puisqu'il lui défendait de le suivre.

Tout-à-coup un cri déchirant retentit dans le silence et l'obscurité.

— Mon mari est mort!

L'on accourut, et l'on trouva James expiré entre les bras d'Hannah. Il n'était plus jaloux.

Oui, c'était aux approches de la mort qu'il devait cette noble pureté et cette tranquillité délicieuse dans son amour régénéré. Son ame , à demi sortie de son corps, et se balançant déjà pour s'envoler, avait laissé plus bas qu'elle et les désirs et les soupçons, l'aiguillon morte

et le freii) terrestre de cette passion divine. Cette aine, lancée libre à travers l'espace, avait abandonné, sur la terre, le cadavre de cet homme, qui, dans cet univers borné à ses regards, avait l'infini dans le cœur.

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