‹ Tout ou rienChapitre 32 sur 109 · PREMIERE PARTIE, CHAP. III. Dl · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE, CHAP. III. Dl

que la volonté de mes parents s'y oppose, et que jamais je ne braverai leur volonté. Je leur dois tout; je suis depuis mon enfance l'unique objet de leur tendresse; c'estpar moi seule qu'ils peuvent être heureux ou malheureux; voulez-vous qu'ils puissent m'accuser de leurs souffrances?

— Vous ne pouvez leur demander notre bonheur?

— La raison me dit que c'est inutile; mais si vous le voulez, l'événement vous le prouvera ; tout ce que je vous promets, c'est de n'être jamais à un autre ; tout ce que je puis vous dire, c'est que je vous aime.

— Oh! maintenant, s'écria James, quoi qu'il arrive, mon malheur sera encore a envier.

Aimer, c'est une nouvelle existence; être aimé, c'en est une autre encore,

avec ses craintes, ses plaisirs, ses accidents particuliers; être aimé, c'est vivre double. Aussi James sortit presqu'heureux de chez Hannah , bien que sa raison démentît le bonheur anticipé dont il s'enivrait; il rentra chez lui dans un état d'imagination inexprimable;on lui remit un paquet portant le timbre de l'administration à laquelle il était attaché; il fut longtemps à penser à l'ouvrir, long- temps à se rappeler comment il fallait s'y prendre; enfin il décacheta le message et lut avec douleur ce qui suit :

« Le ministre, informé de vos relations habituelles et ne croyant pas prudent de conserver dans une administration du gouvernement un employé qui fréquente ses adversaires les plus déclarés, vous prévient que vous cesserez vos fonctions a partir du mois prochain. »

James demeura anéanti sous ce nouveau coup de foudre ; il était bien plus malheureux qu'auparavant: il était malheureux avec le bonheur si près de lui.

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