‹ Tout ou rienChapitre 41 sur 109 · PREMIERE PARTIE, CHAP. V · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE, CHAP. V

fût-ce dans bien long-temps, nous serons unis. Que peut-on craindre encore, lors qu'on a tant à espérer ?

— On peut redouter encore, reprit Hannah , que ce bonheur ne soit acheté au prix du bonheur des autres, et de ceux à qui nous devrions nous sacrifier. Sir James, savez-vous tout ce qu'il leur coûte? Mes nobles parents, à leur âge, se dépouillent pour moi de leur fortune achetée par de si longs travaux. Mon père vend, pour me faire une dot, une collection précieuse, qu'il a employé toute sa vie à former, et à laquelle il s'intéressait comme à un enfant. Ensuite, je vous le dis, il voit ce mariage avec peine; son opinion le divise de ma mère, à qui il n'a cédé qu'avec répugnance ; et quand les opinionsse divisent, les cœurs les suivent toujours un peu. Quel serait mon remords,

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si j'avais désuni mes parents. Ah!... dut ma délicatesse vous paraître exagérée et mon affection tiède, je vous le dis, je ne crois pas au bonheur, quand on ne le mérite pas.

— Laissez-moi espérer en l'avenir, miss Hannah; le sort peut ne pas m'être toujours contraire. Sir Campbell me montrait l'amitié. Peut-être parviendrai-je à dissiper ses préventions, et peut-être pourrons-nous être heureux sans que notre félicité coûte rien à personne. Mais cette idée que ce n'est pas avec une joie complète que vous m'accordez votre main, est pour moi un remords. Il faudra que, tôt ou tard, dussé-je y périr de fatigué, je puisse diminuer les sacrifices que me font vos parents et ne leur enlever du moins que leur fille. — J'ai bien un oncie riche et sans enfants...

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— Son héritage vous reviendra peutêtre ?..

— Non, et même puis-je le lui demander? Cet homme aimait ma mère lorsqu'elle était jeune; ma mère, qui aimait son frère, ne lui répondit jamais que par des refus. Elle a toujours repoussé son amour; désespéré de ses rigueurs, il s'est fait son ennemi. Au moyen d'un procès injuste, il l'a réduite à la misère où elle est morte.

— Et vous pourriez aller implorer un pareil homme!

— Cette idée m'a toujours effrayé, et j'ai préféré jusqu'à présent la misère; mais je recule avec plus d'effroi encore devant la pensée de vous affliger. J'irai trouver sir Robert Watley; ce n'est pas un méchant homme; il doit se re-

pentir de sa faute et saisira sans doute l'occasion de la réparer.

— Que dites-vous, sir James? vous neferez pas cela: ah! il vaut mieux encore, je crois, qu'une dette soit un fardeau qu'une honte; il vaut mieux encore que mes parents se sacrifient ; il vaudrait mieux surtout nous sacrifier nous-mêmes, au moins pour le présent. — Non , vous ne ferez point cela; j'aurais trop de peine à diminuer mon estime pour vous. Restez à Londres, n'allez point chez sir Watley, ce serait une lâcheté.

— Avoir du courage pour vous, ne serait point un sacrifice. Avoir de la lâcheté , en est un. — J'en aurai , s'il le faut.

— Et le bonheur à ce prix est encore pour vous le bonheur.

- — Je ne sais ce que vous appelez le bonheur. — Je n'appellerai pas vous ob-

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