PREMIERE PARTIE, CHAP. VII. J2I
prochant d'elle, redites -moi encore, et librement, que vous m'accordez votre main.
Hannah avait encore son père devant les yeux... elle s'anima d'un reste de courage; elle tendit la main à lord Arthur, et son visage s'éclaira d'un dernier sourire angélique, comme celui d'une vierge qui quitte la terre ; elle répondit oui avec toute la résignation sublime du martyr.
Mais après que son père l'eut bénie, après que sa mère l'eut embrassée en pleurant, après qu'elle se fut retirée dans sa chambre , elle comprit toute ladouleur du sacrifice dont elle n'avait envisagé que l'éclat. Ce n'était point lord Arthur qu'il lui avait semblé épouser, c'était le salut de son père. Mais dès qu'elle seiut rendu compte des suites du consentement
imprudent quelle venait de donner, dès qu'elle eut réfléchi qu'elle ne s'appartenait plus, qu'il fallait avoir à ses côtés et devant les yeux, toute sa vie, lord Arthur , qu'elle ne devait plus connaître, aimer et prendre pour guide que cet homme, pour qui elle n'avait tout au plus que ce sentiment d'opinion qu'on appelle estime, et cette tiède passion qu'on appelle amitié; lorsqu'elle songea qu'il fallait oublier sa vie précédente, recommencer l'existence, aller chercher au fond de son cœur une passion enracinée , et l'en arracher, sans laisser même apercevoir la trace de ses tortures, alors, une douleur profonde, insensée, incurable, vint assaillir son ame. Elle regarda la vie sans James, et ferma les yeux d'épouvante, tant elle la trouva déserte et vide. Elle s'agita toute la nuit dans son lit
inondé de ses larmes; et si elle n'en mourut pas ou ne devint pas folle, c'est qu'un sentiment instinctif de devoir l'avertissait que son père avait besoin encore de sa vie et de sa raison.