PREMIÈRE PARTIE, CHAP. VIII. I
notre avenir est sacrifié à un mot, la vertu; et votre consolation , c'est l'espoir de me revoir un jour, une illusion.
— N'appelez pas la vertu, un mot, sir James; c'est le bonheur dans la fortune, le calme dans l'adversité; et ne traitez pas d'illusion ma foi dans une autre vie, mais bien la foi qu'on a en celle de ce monde. — Je suis on ne peut plus malheureuse, mais ferme; je parcours avec de vives souffrances un rude chemin, mais je sais du moins où il va. — Et dites-moi, n'en auriez-vous pas fait autant à ma place? mon père, mon noble père courait les plus grands dangers; il venait de faire pour moi les plus cruels sacrifices; il avait voulu se priver de sa fortune à son âge, lui ayant déjà tant travaillé pour moi , étant déjà au bout de sa carrière ; n'était-ce pas le moment de
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lui rendre tout, moi jeune, moi forte, moi qui dois souffrir pour lui? — Ditesmoi, ai-je eu tort?
— Vous avez eu raison, répondit amèrement James, en étouffant une douleur, que sa violence seule empêchait de se changer en colère.
— Vous auriez donc livré les cheveux blancs d'un père à la fureur des partis ? vous auriez exposé sa tète à une condamnation, à une exécution peut-être, et vous auriez pu vivre après, et dormir et regarder le ciel comme s'il était désert, et envisager le soleil comme s'il ne portait pas l'empreinte de la main de Dieu ?
— Je vous dis que vous avez raison, répondit James, vous êtes un ange.
— Un ange, — oh! non, je ne suis qu'une faible femme.
— Moins qu'une faible femme. — Vous