PREMIÈRE PARTIE, CHAP. X. lG
tirez -vous à l'instant, vous n'êtes resté que trop long-temps.
— Ecoutez-moi par pitié un instant encore... je ne vous ferai pas de mal.
— C'est impossible...
— Ecoutez -moi, reprit James d'une voix devenue tonnante, et saisissant le bras d'Hannah entre ses doigts glacés, je vais vous conter comment je vis depuis que je vous ai perdue. — Je savais le jour de votre mariage; j'ai suivi de loin le cortège, je vous ai vue sortir de l'église, je me suis enivré de ce spectacle infernal, espérant que j'en mourrais.... mais non. Le soir, seul chez moi... je me disais, l'heure fixée sur la pendule.... maintenant... sa mère la livre à lord Arthur... maintenant elle quitte son voile et sa robe de mariée... maintenant elle résiste
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par pudeur... maintenant elle cède par amour... je me disais tout cela, je me le répétais, espérant en mourir. Mais non!., j'ai survécu... Alors j'ai eu le dessein de me tuer; mais je me suis dit: Je n'y réussirai pas... que peut une lame de poignard ou une balle de pistolet contre un être que de telles douleurs n'ont pu détruire? Non, c'est inutile de le tenter... je suis immortel.... comme ces damnés auxquels je ne croyais pas, et dont l'éternité commence sur la terre. Trente jours se sont écoulés pendant lesquels je me suis enseveli dans tout ce que la jalousie et le désespoir ont de plus horribles douleurs. Je n'ai pu me tuer, je n'ai réussi qu'à me rendre méchant. Enfin je suis parvenu jusqu'à vous; je ne sortirai pas d'ici sans avoir mérité le malheur dont vous m'avez accablé injustement..