PREMIÈRE PARTIE; CHAP. X
dans sa chambre nuptiale. Il lui répugnait de devoir tant à un rival ; il ne trouvait pas encore assez de sujets de l'aimer dans ce que lord Arthur lui sacrifiait, pour abandonner les droits qu'il avait de le haïr. Il ne pardonnait pas à Hannah de ne s'être pas refusée à un mariage qu'il paraissait si facile d'éviter. Puis (ainsi est fait le cœur de l'homme, et tel est l'empire de l'habitude), il y avait peut-être dans cette vieille et farouche haine , dans ce désespoir franc et sauvage dont il se nourrissait depuis un mois, quelque chose qu'il regrettait d'abandonner, même avec le bonheur pour récompense. Toutes ces idées passèrent à la fois dans sa tète en un clin d'oeil; elles n'étouffèrent pas cet amour qui ne pouvait refuser d'être satisfait, mais elles
en retardèrent quelques instants l'élan.
8o TOUT OU RIEN.
Il demeura immobile sans prononcer une parole.
— Eli bien! vous ne la voulez pas? dit lord Arthur en faisant quelques pas vers lui et tenant la main d'Hannah qu'il mit dans les doigts de James.
Mais dès que James sentit cette main frissonner brûlante dans la sienne, et communiquer à ses veines un feu qui arriva rapidement jusqu'à son cœur; dès qu'il rencontra le regard doux et pur d'Hannah qui se voilait timide et honteux d'a~ mour sous sa paupière, comme une jeune vierge sous son voile , un inexprimable besoin de bonheur s'empara de son être. Toutes ses souffrances, toute sa colère, se fondirent en une extase de tendresse inéprouvée. Il voulut trouver des paroles, et ne put même pas trouver un cri pour exprimer ce qu'il ressentait. 11 voulut se