‹ Tout ou rienChapitre 84 sur 109 · PREMIÈRE PARTIE, CHAP. XI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAP. XI

et non de blâmer , qui n'a même pas la ressource qu'avait James de se dire trahi et de crier à l'infidélité. Elle est impitoyable pour celui qui n'a connu la femme qu'il aime que déjà au pouvoir d'un autre ; pour celui qui calcule , avec un effroi toujours plus grand quand il est mêlé d'ignorance, combien de preuves d'amour a dû lui enlever d'avance ce rival, soit qu'il les ait arrachées de force, soit qu'il les ait obtenues de bon gré; pour celui qui s'est vu lâchement accablé des coups du sort par derrière , lorsqu'il n'était pas là pour se défendre , pour disputer à un autre celle qui lui appartenait par droit de sympathie, et qu'il ne peut plus reprendre que par une de ces victoires douloureuses et difficiles qui ne sont jamais exemptes de remords et de craintes, comme toutes les usur-

pations. — Il est vrai que l'amour légitime quelquefois ces usurpations morales , comme le génie les usurpations politiques.

Ce fut ce jour qui commença à révéler à James toute la fatalité de son sort, car elle lui apprit de nouveau que cette fatalité le poursuivait jusque dans son bonheur.

Elle prouva à Hannah qu'il n'était pas possible de concilier à la fois le devoir et l'amour ; que cette exigeante et tyrannique passion ne peut jamais occuper une place secondaire, et qu'elle se venge tôt ou tard de l'affront qu'on lui a fait subir en lui préférant d'autres droits. Vainement Hannah, après avoir une fois écouté ses principes, voulut s'abandonner ensuite à ses sentiments. Les pas qu'elle avait faits sur une de ces routes ne lui permirent plus de marcher d'un pas

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