‹ Tout ou rienChapitre 86 sur 109 · PREMIERS PARTIE, CHAP. XII · texte numérisé non relu

PREMIERS PARTIE, CHAP. XII

des collections d'oiseaux rares, un musée d'objets curieux, ayant appartenu aux grands hommes de tous les pays et de tous les temps; puis enfin , las de la manie des manies, il s'était mis pour dernière ressource et par curiosité à se créer des devoirs. Il s'était fait vertueux en désespoir de cause ; il avait protégé Campbell injustement accusé et lâchement trahi; il avait épousé sa fille sans dot et uniquement pour ses qualités; eh bien ! il' n'avait pu trouver, pour prix de tant d'efforts, ni le bonheur, ni la satisfaction de soi-même. Il avait voulu essayer de se tracer des devoirs politiques dans sa carrière : il avait accepté en Orient une mission dont il croyait le but . philanthropique. Des instructions du ministère, qui l'avaient suivi sur la route, avaient changé complètement la

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nature de ses pouvoirs, et l'avaient réduit à jouer un rôle passif ou odieux. Il ne pouvait rien faire sur la terre à son goût , pas même le bien. N'était-ce pas avoir trop de malheur?

Après quinze jours où il avait cherché inutilement à s'accoutumer au nouveau rôle politique qu'on le forçait de jouer, il avait résoiu d'en finir avec l'existence, comme nous l'avons dit, et de passer des rêves de l'ivresse au sommeil de la mort. C'était la manière la plus prompte et la plus sûre de donner au pouvoir une démission qui ne pourrait être refusée.

Au moment où il allait poser le canon de son pistolet dans sa bouche, son domestique entra.

— Monsieur, ètes-vous occupé? dit-il.

— Parle toujours, que veux-tu? dit lord Arthur, qui n'était peut-être pas fa-

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ché d'être interrompu clans une occupation à laquelle on se livre toujours assez tôt.

— Monsieur, dit le domestique, c'est votre courrier.

— En effet, dit lord Arthur, étais-je fou?... me tuer avant l'arrivée de mon courrier!

Il posa son pistolet sur la table, prit un verre de punch, et jeta un coup d'œil sur les lettres qu'on lui apportait; il parcourut rapidement l'écriture des adresses, passa sans s'arrêter sur toutes les missives ministérielles , et ne fit attention qu'à une petite lettre d'une écriture de femme. Il l'ouvrit presque avec empressement.

Elle était conçue ainsi :

« Milord, « La noblesse de votre caractère et

l'élévation de vos sentiments , l'estime que vous avez bien voulu me montrer, m'encouragent à ne pas craindre de vous faire un aveu qui ne doit nullement vous étonner du reste. Des symptômes certains ne me permettent plus de douter que je ne porte dans mon sein un héritier de votre noble famille. Cet événement ne doit apporter aucun empêchement à un divorce qui est plus nécessaire encore à votre bonheur qu'au mien; mais j'attends de votre Seigneurie qu'elle voudra bien faire dresser, à côté de l'acte de divorce, l'acte par lequel elle reconnaîtra l'enfant légitime de celle qui peut se dire encore,

« Milord ,

«Votre fidèle épouse et servante, « Hannah ,' duchesse de Porthland. »

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