PREMIÈRE PARTIE, CHAP. XIII
prouver les agréments de l'insouciance,
dont il paraissait en effet un représentant consciencieux, les pieds en pantoufles et étendus sur ses chenets, la tête dans un bonnet de soie, riant delà pluie et du vent qui mugissait dans la cheminée comme un géant qui voudrait faire peur à des enfants.
— Bah! mon cher James, disait-il, tu n'es pas raisonnable; tu épouses une jolie femme que ton rival te cède en lui donnant, pour te la rendre plus agréable, dix mille livres sterling de dot, et tu n'es pas .content. Tu te plains parce que ton honnête et discret prédécesseur a usé de ses droits sur elle. Ne devais-tu pas t'y attendre? et penses-tu qu'il en serait autrement quand il n'en eût pas laissé ce malencontreux témoignage? En as-tu moins son cœur, son ame , et toutes
IIO TOUT OU RIEX.
ses pensées? en posséderas-tu moins sa beauté ? N'a-t-elle pas renoncé pour toi à une alliance dont la perspective eût fait douter Lucrèce de sa vertu? Ton mariage se trouve retardé d'un an, voilà tout, et ta famille est déjà commencée. C'est tout bonnement un exemple à suivre, un premier jalon de posé; c'est une femme qu'on te donne toute faite, comme ta fortune.
— Ah! reprit James, tu ne sais pas ce que c'est que d'aimer, mon pauvre Brilding, ce que c'est quand les sens s'allument au cœur qui brûle, quand on veut savourer une à une toutes les jouissances progressives, d'une passion satisfaite; tu ne sais pas ce que c'est que de se dire , en regardant celle qu'on aime: Elle recommence!...
— Eh ! en sommes-nous à notre début,