A CAUTERETS
Le matin, les vapeurs, en blanches mousselines, Montent en même temps, à travers les grands bois. De tous les ravins noirs, de toutes les collines, De tous les sommets à la fois.
Un jour douteux ternit l'horizon ; l'aube est pâle ; Le ciel voilé n'a plus l'azur que nous aimons. Tant une brume épaisse à longs flocons s'exhale Du flanc ruisselant des vieux monts !
On croit les voir bondir comme au temps du prophète. Et l'on se dit, de crainte et de stupeur saisi : — O chevaux monstrueux ! quelle course ont-ils faite Que leurs croupes fument ainsi !...
c7 août.
Seigneur, j'ai médité dans les heures nocturnes. Et je me suis assis pensif, comme un aïeul. Sur les sommets déserts, dans les lieux taciturnes Où l'homme ne vient pas, où l'on vous trouve seul ;
J'ai de l'oiseau sinistre écouté les huées. J'ai vu la pâle fleur trembler dans le gazon, Et l'arbre en pleurs sortir du crêpe des nuées. Et l'aube frissonner, livide, à l'horizon ;
J'ai vu, le soir, flotter les apparences noires Qui rampent dans la plaine et se traînent sans bruit ; J'ai regardé, du haut des mornes promontoires. Les sombres tremblements de la mer dans la nuit ;
J'ai vu dans les sapins passer la lune horrible. Et j'ai cru par moments, témoin épouvanté. Surprendre l'attitude effarée et terrible De la création devant l'éternité.
28 août.