‹ Toute la lyreChapitre 38 sur 79 · LA FIN DES MONDES · texte numérisé non relu

LA FIN DES MONDES

Cette création, qui nous semble immortelle,

Meurt ; mais comment naît-elle et comment finit-elle ?

Oh ! quel œil sombre a vu des mondes expirer ?

Vers le cloaque noir qui doit les engouffrer

Ils voguent presque éteints ; ils descendent, ils roulent ;

Des flots d'éternité sur leurs orbes s'écroulent.

Et l'agonie affreuse en ses exhalaisons

Engloutit lentement leurs vagues horizons.

Ils passent effrayants dans des lueurs livides ;

Ils semblent, dans l'horreur des immensités vides,

Des coques de vaisseaux monstrueux dérivant

Sous on ne sait quel fauve et lamentable vent.

Des crânes de géants, des têtes foudroyées ;

Leurs sinistres rondeurs flottent, demi-noyées ;

L'impulsion qui prend ce qui n'est plus vivant

Et qui chasse la larve et la cendre en avant

Pousse vers le néant ces tragiques méisures ;

Ils perdent, comme on perd le sang par ses blessures.

Les éléments de 1 être en dissolution ;

La mort blême sur eux plane, sombre alcyon ; Et, dans l'obscurité qui, sous l'immense brume. Les couvre de la noire et formidable écume. Comme des naufragés qui de l'esquif profond. Pâles, l'un après l'autre à la nage s'en vont. Le temps, le jour, l'espace, et la forme, et le nombre Quittent lugubrement ces épaves de l'ombre.

Ne vous croyez ni grand, ni petit. Contemplez.

Asseyez-vous le soir sous les cieux étoiles.

Sur le penchant d'un mont, près de la mer profonde.

Voyez s'évanouir les écumes sur l'onde ;

Voyez sortir des flots les constellations ; Regardez trembler l'algue et fuir les alcyons ; Écoutez les bruits sourds qu'on entend dans cette ombre ;

De vos ans écoulés rappelez-vous le nombre ; Laissez votre âme, en deuil de la fuite des jours. Se tondre au souvenir de vos jeimes amours ;

Pleurez, tandis que l'eau murmure sur la grève ; Et puis songez à Dieu, qui regarde et qui rêve, Toujours clément, toujours penché, toujours veillant,

A Dieu qui, du même œil égal et bienveillant. Voit la comète ouvrant sa flamboyante queue Et l'humble oiseau Derdu dans l'immensité bleue.

28 juillet 1846.

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