EN EMPORTANT UN NUMÉRO DU CONSTITUTION NEL
Il fait beau, l'air est pur ; le ciel est d'un bleu tendre ;
A bas l'hiver ! Géronte, adieu ! bonjour, Clitandre !
Je ne me le fais pas dire deux fois, l'été
Nous appelle, et l'idylle est mise en liberté.
Ah ! je profiterai, certes, de l'ouverture
Des portes, puisque avril nous livre la nature,
Et puisque le printemps nous invite à venir
Entendre les chevaux de l'aurore hennir.
Mon programme est ceci : là-haut des voix divines ;
Les fleurs prendront des airs penchés dans les ravines ;
Lalagc se mettra des roses sur le front
Et rira ; les rayons des deux sexes pourront
Se mêler ; le gazon sera sans pruderie ;
Les bois murmureront : ici l'on se marie ;
Et l'arbre aura tant d'ombre et les cœurs tant de feu
Qu'on ne trouvera pas un seul défaut à Dieu ;
Pan nous laissera voir sa grande âme attendrie ;
La nature sera pleine de rêverie ;
Rien ne se gênera pour vivre et pour aimer ;
Par des chuchotements on s'entendra nommer, Et l'on croira qu'au fond les oiseaux nous connaissent; Les cieux, les eaux, les prés où les églogues naissent. Seront presque aussi beaux qu'un décor d'opéra ; Les papillons feront tout ce qui leur plaira ; Les nids échangeront tout bas et sous les branches De libres questions et des réponses franches. Et je respirerai l'odeur des liserons, Et l'ombre sera tiède, et nous mépriserons Ensemble au fond des bois, ô nymphes de Sicile, y Barbey d'Aurevilly, l'effroyable imbécile.
8 mai.
Seul au fond d'un désert, avez-vous quelquefois Entendu des éclats de rire dans les bois ? Avez-vous fui, baigné d'une sueur glacée ? Et, plongeant à demi l'œil de votre pensée Dans ce monde inconnu d'où sort la vision, Avez-vous médité sur la création Pleine, en ses profondeurs étranges et terribles. Du noir fourmillement des choses invisibles ?
7 juillet 1846,