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VILLE MORTE

Dans cette ville où rien ne rit et ne palpite, Comme dans une femme aujourd'hui décrépite. On sent que quelque chose, hélas ! a disparu.

Les maisons ont un air fâché, rogue et bourru ; Les fenêtres, luisant d'un luisant de limace. Semblent cligner des yeux et faire la grimace. Et de chaque escalier et de chaque pignon Il sort je ne sais quoi de triste et de grognon. Des portes à claveaux du temps de Louis treize. Des bonshommes de pierre avec pourpoint et fraise. Des cours avec arceaux en anses de panier. Force carreaux cassés, maint immense grenier. Des tours, de grands toits bleus sur des façades rouges, — Ce serait des palais si ce n'était des bouges, — Voilà ce qu'on rencontre à chaque pas ; et puis De maussades enfants groupés au bord des puits ; Quelques arbres malsains, tout couverts de verrues. Percent le long des murs les pavés dans les rues ; Les écriteaux sont peints d'un gothique alphabet ; Les poteaux à lanterne ont im air de gibet ;

Les vastes murs, les toits aigus, les girouettes, Font sur le ciel brumeux de mornes silhouettes. C'est surtout effraj'ant et lugubre le soir. Le jour, les habitants sont rares. On croit voir Partout le même vieux avec la même vieille.

Dans ces réduits vitrés en verres de bouteille, Dans ces trous où jamais le soleil n'arriva. On entend bougonner le siècle qui s'en va.

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