RUS
Laissons les hommes noirs bâcler dans leur étable Des lois qui vont nous faire un bien épouvantable.
Allons-nous-en aux bois ; Allons-nous-en chez Dieu, dans les prés où l'on aime, Près des lacs où l'on rêve, et ne sachons pas même
Si des gens font des lois.
Oh! quand on peut s'enfuir aux champs, dans le grand songe, Dans les fleurs, sous les cieux, les hommes de mensonge.
Prêtres, despotes, rois, Comme c'est peu de chose ! et comme ces maroufles Sont des fantômes vite effacés dans les souffles.
Les rayons et les voix !
Laissons-les s'acharner à leur folle aventure ; Enfants, allons-nous-en là-haut, dans la nature.
Mai dore le ravin, Tout rit, les papillons et leur douce poursuite Passent, l'arbre est en fleur ; venez, prenons la fuite
Dans cet oubli divin.
LA NATURE i6i
L'évanouissement des soucis de la terre
Est-là ; les champs sont purs ; là souriait Voltaire,
Là songeait Diderot ; On se sent rassuré par les parfums ; les roses Nous consolent, étant ignorantes des choses
Que l'homme connaît trop.
Là, rien ne s'interrompt, rien ne finit d'éclore ; Le rosier respiré par Eve embaume encore
Nos deuils et nos amours ; Et la pervenche est plus éternelle que Rome ; Car ce qui dure peu, monts et forêts, c'est l'homme ;
Les fleurs durent toujours.
La pyramide après trois mille ans est ridée. Le lys n'a pas un pli. — Ni la fleur, ni l'idée.
Ni le vrai, ni le beau.
N'expirent ; Dieu refait sans cesse leur jeunesse. La mort, c'est l'aube, et c'est afin que tout renaisse
Que Dieu fit le tombeau.
0 splendeur ! ô douceur ! l'étendue infinie Est un balancement d'amour et d'harmonie.
Contemplons à genoux.
Une voix sort du ciel et dans nos fibres passe ; De là nos chants profonds ; le rhythme est dans l'espace
Et la lyre est en nous.
Venez, tous mes enfants, tous mes amis ! les plaines. Les lacs, les bois n'ont point de perfides haleines I. 6
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Et de haineux reflux ; Venez ; soyons un groupe errant dans la prairie. Qui va dans l'ombre avec des mots de rêverie.
Et ne sait même plus.
Tant il sent vivre en lui la nature immortelle, Si la chambre a quitté Pantin pour Bagatelle,
Versailles pour Saint-Cloud, Et si le pape enfin daigne rougir la jupe Du prêtre dont le nom commence comme dupe
Et finit comme loup.
27 mai 1875.
Ob donc est la clarté ? Cieux, où donc est la flamme /
Où donc est la lumière éternelle de l'âme ?
Où donc est le regard joyeux qui voit toujours ?
Depuis qu'en proie aux deuils, aux luttes, aux amours. Plaignant parfois l'heureux plus que le misérable, Je traverse, pensif, la vie impénétrable, J'ai sans cesse vu l'heure, en tournant pas à pas. Teindre d'ébène et d'or les branches du compas. Penché sur la nature, immense apocalypse, Cherchant cette lueur qui jamais ne s'éclipse. Chaque fois que mon œil s'ouvre après le sommeil. Hélas ! j'ai toujours vu, riant, vainqueur, vermeil. De derrière la cime et les pentes sans nombre Et les blêmes versants de la montagne d'ombre. Le bleu matin surgir, disant : Aimez ! vivez ! Et rouler devant lui de ses deux bras levés L'obscurité, bloc triste aux épaisseurs funèbres ; Et, le soir, j'ai toujours, sous le roc des ténèbres. Tas monstrueux de brume où nul regard ne luit. Vu retomber le jour, Sisyphe de la nuit.
7 janvier 1855.
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