LUMIÈRE
Non ! il ne se peut, ô nature, Que tu sois sur l'homme au cachot.
Sur l'esprit, sur la créature, De la haine tombant d'en haut !
Il ne se peut pas que ces forces Mêlent à tous lems noirs divorces L'homme, atome en leurs poings tordu.
Lui montrent l'horreur souveraine, Et fassent, sans qu'il les comprenne.
Des menaces à l'éperdu !
Il ne se peut que l'édifice Soit fait d'ombre et de surdité ; Il ne se peut que sacrifice.
Héroïsme, effort, volonté.
Il ne se peut que la sagesse.
Que l'aube, éternelle largesse, La rose qui s'épanouit.
Le droit, la raison, la justice, Tout, la foi, l'amour aboutisse Au ricanement de la nuit 1
Il ne se peut pas que j'invente
Ce que Dieu n'aurait pas créé !
Quoi ! pas de but ? quoi ! l'épouvante ?
Le vide ? le tombeau troué ?
Non ! l'être, ébauche, en Dieu s'achève.
Il ne se peut pas que mon rêve
Ait plus d'azur que le ciel bleu.
Que l'infini soit un repaire,
Que je sois meilleur que le Père,
Que l'homme soit plus grand que Dieu !
Quoi ! je le supposerais juste Ce Dieu qui serait malfaisant !
C'est moi qui serais l'être auguste, Et ce serait lui l'impuissant !
L'homme aurait trouvé dans son âme L'amour, le paradis, la flamme, La lumière sur la hauteur.
Le bonheur incommensurable.,.
Dieu ne serait qu'un misérable.
L'homme serait le créateur !
Oui, comme après tout, c'est un songe Qu'uji monde formé de néant.
Qui fit le mal fit le mensonge ; C'est moi qui reste le géant 1 Que ce Dieu vienne et se mesure I Qu'il sorte donc de sa masure !
Il fit le mal, j'ai cru le bien ; l'ai contre lui, si je me lève.
Toute la gloire de mon rêve.
Toute l'abjection du sien !
Non ! non ! la fleur qui vient d'éclore Me démontre le firmament.
Il ne se peut pas que l'aurore Sourie à l'homme faussement, Et que, dans la tombe profonde.
L'âme ait droit de dire à ce monde D'où l'espoir toujours est sorti, A ces sphères, de Dieu vassales, Affirmations colossales :
Étoiles ! vous avez menti !
Ce qui ment, c'est toi, doute ! envie !
Il ne se peut que le rayon.
Que l'espérance, que la vie
Soit une infâme illusion !
Que tout soit faux, hors le blasphème !
Et que ce Dieu ne soit lui-même,
Dans son vain temple aérien.
Que l'immense spectre Ironie,
Regardant, dans l'ombre infinie.
L'univers accoudé sur Rien !
Un Dieu qui rirait de son œuvre.
Qui rirait des justes déçvis, Et du cygne et de la couleuvre, Et de Satan et de Jésus, Un tel Dieu serait si terrible
Que, devant cette face horrible.
L'âme humaine se débattrait Comme si, par ses ailes blanches, Elle était prise sous les branches De quelque sinistre forêt !
Que Rabelais, rieur énorme.
Railleur de l'horizon humain, Borné par le nombre et la forme Hue aujourd'hui, sans voir demain ; Qu'il joue, étant jouet lui-même.
Avec la vie et le problème, Qu'importe ! il passe, il meurt, il fuit ; Il n'est ni le fond, ni la cime ; Mais un Rabelais de l'abîme Ferait horreur, même à la nuit !
Que les éclairs soient les augures, Que le vrai sorte du plaintif, Que les fléaux, sombres figures, Disent le mot définitif.
Je ne le crois pas ! Vents farouches.
Nuits, flots, hivers, enflez vos bouches. Tordez ma robe dans mes pas, Étendez vos mains sur moi, faites Tous vos serments dans les tempêtes, Ténèbres, je ne vous crois pas !
Je crois à toi, jour ! clarté ! joie ! Toi qui seras ayant été.
A toi, mon aigle, à toi, ma proie.
Force, raison, splendeur, bonté !
Je crois à toi, toute puissance !
Je crois à toi, toute innocence !
Encore à toi, toujours à toi 1 Je prends mon être pierre à pierre ; La première est de la lumière, Et la dernière est de la foi !
Dieu ! sommet ! aube foudroyante !
Précipice serein ! lueur !
Fascination effrayante Qui tient l'homme et le rend meilleur ! De toutes parts il s'ouvre, abîme.
Quand on est sur ce mont sublime.
Faîte où l'orgueil toujours s'est tu, Cime où vos instincts vous entraînent, Tous les vertiges qui vous prennent Vous font tomber dans la vertu.
Donc laissez-vous choir dans ce gouffre,
Vivants ! grands, petits, sages, fous.
Celui qui rit, celui qui souffre,
Vous tous ! vous tous ! vous tous ! vous tous 1
Tombez dans Dieu, foule effarée 1
Tombez, tombez ! roulez, marée !
Et sois stupéfait, peuple obscur.
Du néant des songes sans nombre.
Et d'avoir traversé tant d'ombre
Pour arriver à tant d'azur I
Oh ! croire, c'est la récompense Du penseur aimant, quel qu'il soit ; C'est en se confiant qu'on pense, Et c'est en espérant qu'on voit !
Chante, ô mon cœur, l'éternel psaume !
Dieu vivant, dans ma nuit d'atome.
Si je parviens, bien loin du jour, A comprendre, moi grain de sable.
Ton immensité formidable, C'est en croyant à ton amour l