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LE RIRE

L'avenir seul peut rire et seul peut bafouer. Avec le puissant rire il ne faut pas jouer. Jupiter qui foudroie ou Jupiter qui raille. Je crains plus le dernier. Le rire est la mitraille.

L'éclat de rire humain poursuit le noir passé,

Taqume les pédants bornés à l'A B C,

Et manque de respect aux oreilles de l'âne ;

Il nargue ce qui boite au nom de ce qui plane.

Rois vermoulus, faux dieux gâtés, codes pourris.

Ressemblances de prêtre et de chauve-souris.

Terrible, il frappe tout ; il augmente à mesure

Que le jour croît plus clair sur la terre plus sûre ;

Il dénonce l'autel et les dogmes pieux

Qui vont en rampe douce aux budgets copieux ;

Il veut que l'art plus fier à de grands buts nous mène

Il ne se laisse rien conter par Théramène ;

Si l'ennui se présente, il refuse l'impôt ;

Quand, tout émerveillé du fusil Chassepot,

Tartuffe, sabre aux dents, prend un air de victoire.

Il crie à la cliienlit derrière cette gloire ;

Il voit l'erreur qu'on chasse, assiste sans regrets A cette fuite sombre au grand vent du progrès, Et se prodigue, altier, rude, aux tristes figures. Au juge faux, au prince en retraite, aux augures. Qui ne se peuvent plus regarder sans pleurer. Il redouble en voyant tout se transfigurer ; Il fait balle, il est feu, projectile, étincelle ; Il crible la routine en retard ; il harcèle Tous ces traînards qu'on voit préférer, engourdis, Au bel enfant Demain le bonhomme Jadis. Et, du wagon traîné par l'éclair, il ricoche Sur la rosse poussive attelée au vieux coche.

23 novembre 1867.

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