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SONT MALHEUREUX

Une nuit, j'écoutais, seul, parmi les décombres, Et j'entendis parler les événements sombres.

— Nous sommes les forgeurs, et les grands hommes sont

Les enclumes que Dieu met dans l'antre profond.

Prêtes au dur travail de créer d'autres races.

Car les hommes sont vils, méchants, lâches, voraces.

Monstrueux, et le temps est venu de changer.

C'est à force de coups qu'on parvient à forger.

Donc les hommes, sans frein, sans loi, sans cœur, sans flamme,

Sans joie, avaient besoin qu'on leur fît une autre âme,

Et que quelqu'un de grand sur eux étincelât.

Il fallait faire à l'homme une âme a3^ant l'éclat,

Le rayon, la puissance et la douceur, une âme

Paternelle à l'enfant, fraternelle à la femme.

Une âme juste. Un jour, Dieu nous dit : Forgez-leur

Cette âme, et nous donna pour marteau le malheur.

Les grands hommes pensifs étaient là ; nous conclûmes

Que nous pouvions frapper sur ces sombres enclumes.

15 août 1874. Paris.

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