SCÈNE PREMIÈRE UN DOMESTIQUE, CHRISTINE
[Au lever du rideau, nn Domestique eu éli-ganle livrée soit de la baie du fond; il licat une lettre et drscend la aeéne avec précaution; il t'approche de la fenêtre, l'ouvre et paraît vouloir l'escalader, mais, comme s'il entendait du bruit, il s'arrête et dépose la lettre sur la table rustique ; il s’enfuit ensui'e précipitamment par oit il est entré, en entendant la voix de Christine.)
CHRISTINE, sortant du pavillou, nn livtc à la main, à la cantonade.
Surtout, fermez Lien la grille et ne rentrez pas tard !... Bons domestiques! ils me laissent entièrement seule dans mon vieux château, où j’ai peur, même quand ils sont là ! Est-il grand, ce parct il est très-bien, mais trop grand, surtout le soir... j’ai bien fait de le vendre, et je le quitterai sans regret... Décidément, j’aurais dû me remarier! le mariage a son bon côté; celui d’èire deux, d’abord! Ab! mon Dieu ! la peur d’avoir peur me. fait penser à monsieur de Marveilles!... Est-ce pour le regretter? oh! non... je crois monsieur de Marveilles amoureux de moi, et c’est bien naturel; mais je le crois amoureux de ma fortune aussi, et je ne sais rien d’humiliant comme ces rivalités-là ! Quel silence ! ( Elle aperçoit la lettre, la prend et pote ton livre »ur la table.) Qu’est cela? une lettre. « A madame Christine de Thévanncs...» Pour moi! oui donc a placé là celte lettre? (Lisam.) « Madame, j’ai enfin découvert votre retraite!» Ah! mon Dieu ! « Ce soir môme je serai près de vous, et cette lois, vous me direz, j’espère, pourquoi vous refusez de m’aimer... si toutefois vous refusez encore de m'aimer; pour moi, ma passion est devenue si vive que je n’ai plus d’autre moyen
î' TOUTE SEULE
*l«e de vous compromettre. Si je vous l’avoue, c’est par certitude d’v réussir, et si je vous préviens, c’est par pure courtoisie! agréez madame... De Marvciiies... » Quelle courtoisie! ah! un scandale!... une escalade, que sais-je! un enlèvement, peut-être j c’est charmant! mais je vous jure, monsieur de Marveilics, que vous n’entrerez pas chez moi, et je vais donner des ordres... Ah! mon Dieu! j oubliais... Louison, André, le jardinier, tout le monde est à la fête... je suis seule, sans défense! et celle lettre que j’ai trouvée là ! quelqu’un a donc déjà pénétré dans le château?...
LA VOIX D’ARMAND, »ii dehors.
Par ici, Triptolème!
CHRISTINE
Ah! déjà mon Dieu! sauvons-nous!
(Flic rentre dans le pavillon, en forme la porte, et disparaît.)