Toute une âme, vers anciens et nouveaux
VA, maimenanî, va-t'en par le monde, sois lihr Tlainre désespérée ou joyeuse chanson!
Fouille le cœur humain jusqu'à la moindre fibre, Qu'il soir à ta merci, barre à ron unisson, Sanglote à res sanglots, s'ouvre à ton rire, et vibre Comme un orchesrre enrier qui sait bien sa leçon.
LE TESTcA^fEC^r VE JÈS US-CHT{1ST
Ésus, Ton s'en souvient, n'écrivit qu'une fois.
Un soir, las de donner son cœur, son temps, sa voix,
Il marchait à pas lents et la tête baissée,
Car il portait déjà sa croix dans sa pensée.
Il avait un rameau de bois mort à la main;
Il vit un olivier au revers du chemin,
Et s'assit. A ses pieds s'étendait la nature
En proie à l'homme, en proie à la longue culture :
Les prés étaient tondus et les champs labourés,
Les vallons aplanis, les fleuves resserrés;
Les fleurs même, les fleurs que Dieu teint et parfume,
Devaient servir la règle et subir la coutume.
Quant aux bêtes, c'étaient les muets étrangers.
Et dans les flots fendus par les canots légers,
Dans le moindre sillon, dans le moindre brin d'herbe,
L'humanité marquait son empreinte superbe.
Tout rappelait au Christ sa mission : les champs.
Les hameaux, les cités sur les coteaux penchants,
Et les hommes, et les hommes. — Partout les hommes!
Ils étaient là, vaillants, inventifs, économes,
Passionnés, instruits, puissants, et malheureux;
Plus malheureux que la poudre du chemin creux.
Que la bête qu'on fouette et qu'on chasse et qu'on tue :
La poudre ne sent pas, la bête s'habitue,
Mais l'homme à la douleur dont il comprend l'affront
Offre un cœur toujours neuf, un esprit toujours prompt.
C'est à l'âme d'abord que va toute blessure!
Oh ! le sanglot qui sort de la moindre masure :
Quel poids d'iniquité, lourd comme l'univers,
Il emporte au ciel pur où dorment les éclairs!
Et Jésus, de son œil prophétique, pénètre
L'angoisse qui se meurt et celle qui va naître.
Il voit autour de lui se dessiner en noir
Les sanglots, les regrets, les cris de désespoir.
Il voit venir aussi les plaintes légitimes
Que poussent les bourreaux autant que les victimes :
Le deuil à chaque instant, le sang à chaque pas.
Il aperçoit surtout ce qui ne se plaint pas :
La misère aux yeux creux qui tout bas se résigne,
La peine la plus calme et partant la plus digne,
L'accablement pensif du citoyen. Il voit
Le silence, le fier silence du bon droit,
Les pleurs des plus heureux, le frisson des plus braves!
Les maîtres sont mauvais, hélas! mais les esclaves
Sont-ils meilleurs? Hé, quoi! Rendre à chaque maison
L'équilibre, la paix et l'ordre et la raison,
Et la félicité régnant dans l'harmonie,
N'est-ce pas pour un Dieu la mission bénie?
Et Jésus écrivit sur la poussière un mot : Justice, — et l'effaça.
« Trop haut, dit-il, trop haut! Elle mentirait trop, la trop belle devise. Pour les hommes que tant de souffrance divise, Pour les hommes surpris qui le liraient demain. Le verbe que j'écris semblerait inhumain. Les lois qu'ils en feraient seraient œuvres de force. Enlevons-leur cette âpre et redoutable écorce, Assouplissons ces lois, donnons-leur de l'essor, Qu'elles deviennent plus légitimes encor. Plus justes ici-bas que la justice même! Ah! l'extrême justice est l'injustice extrême : Tout décret sans appel est un propos qui ment; Tout juge, un meurtrier qui frappe lâchement, S'il juge sans bonté, par la seule méthode. L'intime vérité ne tient pas dans un code. Elle est au fond du cœur comme au fond du ciel bleu. »
Avant donc effacé son preipier mot, le Dieu
lO TOUTE UNE AME
Mit à la place : A:nour, en disant : « Soyez frères,
O vous les fils de l'homme, et que les plus contraires,
Tout à la charité que rien ne doit briser.
S'unissent d'un lien scellé par un baiser.
Tous pour un; un pour tous; communauté, concorde.
Plus d'arme qui déchire ou de haine qui morde!
Le travail qu'on déteste est un travail de mort.
Mais l'effort qui s'allie anéantit l'effort :
Les riches aideront les pauvres de la terre
A porter le pesant fardeau de leur misère;
Les pauvres aideront les riches à porter
Le fardeau de cet or que Dieu veut leur prêter.
C'est le règne divin. Un malheur, d'où qu'il vienne,
N'est-il pas un bienfait, pour peu qu'on le soutienne?
Et ce n'est pas un rêve, un beau rêve de Dieu!
Ce mot qui devrait être écrit avec du feu.
Je dois le mettre ici pour ma plus grande fête. »
Jésus-Christ relevait sa pâle et noble tête. Son regard entourait le monde et les vivants Ainsi qu'une caresse adorable des vents. Et l'univers entier, jusqu'à la moindre chose, Eprouvait du bonheur sans en savoir la cause.
Et Jésus regardait le mot... Mais ses longs yeux
Deviennent de nouveau tristement soucieux.
Il perd, encore un coup, l'espoir candide et ferme,
Son doux cœur est gonflé. Sous sa paupière germe
Une larme aussi belle en sa limpidité
Que la plus pure étoile au plus pur soir d'été.
TOUTEUNEAME II
Il remplace le mot par une autre formule : « Nous nous en tiendrons là, » dit-Il.
Un pas de mule Sonne soudain tout près de lui. Ce sont des gens Qui viennent du marché, joyeux et diligents. La mère, se penchant, souriait toute gaie A son enfant couché sur un sac de monnaie. Jésus, les entendant, effaça d'un seul trait Le dernier mot, qui fut le troisième secret.
11 se remit ensuite à sa route sévère
Où, tout en haut, déjà se dressait le Calvaire.
Trois. ans après, à l'heure où Jésus-Christ mourut,
Sur le chemin, au pied de l'olivier, parut
Une rosée épaisse et rouge : on y put lire
Ce que le Dieu, songeant peut-être à son martyre.
Avait écrit. C'était Justice tout d'abord,
Puis Amour. Puis un mot tracé beaucoup moins fort.
Pitié. Ce mot Pitié fut à peine lisible.
Et c'était le plus vrai. N'est-il pas impossible D'aimer un être humain sans un peu de mépris? Que sont les corps? Que sont les cœurs et les esprits? La boue est au dedans, la gloire à la surface. Réunissez les plus honnêtes que Dieu fasse. Criez-leur : « Je sais tout! » Et chacun a frérni. Le vulgaire est jaloux, lâche et cruel. L'ami Est un traître; le frère, un envieux; l'amante, Une femme! Il n'est pas de^baiser qui ne mente.
Pas de main que l'on puisse être fier de toucher.
Des justes, ô Seigneur, en as-tu vu marcher
Sous les astres, devant ta bonté créatrice?
Et cependant ta loi, Seigneur, est qu'on chérisse
Tout cela. C'est pourquoi le Martyr, le Témoin,
Voyant que la Justice absolue est trop loin,
Et l'idéal Amour trop haut, prit pour maxime
La Pitié, cet amour plus tendre, plus sublime.
Qui découvre partout le mal et le ressent.
Et qui souffre à descendre, et sourit, et descend.
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TOUTEUNEAME I]
TqAQ^U ES
PAQUES. Les cloches prochaines Tintent dans l'air transparent.
Voici que soudain les chênes Leur répondent en vibrant.
Le soleil, parmi les branches, Se glisse, infiniment pur.
Sur les anémones blanches Et sur les scilles d'azur.
Ses rayons joyeux caressent
Les bruyères et les joncs.
Aux rameaux noirs apparaissent
Les fins bouts des verts bourgeons.
Le pinson et la mésange S'épuisent en gais concerts.
Tout frémit. Un charme étrange Répand l'amour dans les airs.
14 TOUTEUNEAME
Tintez, cloches, cloches vaines!
Mon cœur, dont Christ est banni, Comme l'écorce des chênes, S'ouvre, enivré d'infini.
TOUTEUNEAME l^
^ Madame André D^iany.
NOUS choisirons une île assez près de l'Attique : Là, dans un sol baigné d'amour, chaque printemps. A côté de la mer sacrée aux flots chantants, le ferai faire ma maison. Sa forme antique Sera vite commode et chère aux habitants.
Des roses, un jardin tout débordant de roses, 1:1 de roses encor, fermera l'horizon.
Et mes roses, noyant de parfums la maison, Nous jetteront des tas de corolles écloses. Pourpre vive de leur constante floraison.
Nous serons tous les deux vêtus d'étoffes souples. Ht, sous le marbre ancien d'une Vierge ou d'un Dieu, Dans nos jardins très frais, malgré le jour en feu, Nous nous plairons à voir nos colombes par couples Errer à vol égal, blanches surje ciel bleu.
l6 TOUTEUNEAME
Mon amie est secrète, un peu mystérieuse, Si douce qu'on croirait que le sort la meurtrit, Si bonne qu'on voit bien que l'amour lui sourit. Elle a, lorsqu'il le faut, la gaieté sérieuse Où la haute raison se couronne et fleurit.
Le matin, quand déjà les perles de rosée S'égrènent sous les pas argentés du marcheur, J'irai voir, dans le ciel d'une exquise fraîcheur, Poindre au loin le soleil sur la mer reposée, Comme une perle immense aux filets d'un pêcheur.
A midi, quand le vent s'est tu, quand, sous la charge D'un azur triomphal aux rayons accablants, S'inclinent les flots bleus et les fronts ruisselants, Nous rêverons, couchés sur un divan très large. En faisant palpiter des éventails très blancs.
Mon amie attendra souvent à la fenêtre, Pensive et respirant le soir délicieux,' Me saluant de loin d'un geste gracieux. Accoudée, et charmante, et gardant de son maître L'esprit dans son esprit, et les yeux dans ses yeux.
Et la nuit, au-dessus de nos rosiers sans nombre, Dans l'azur sombre et fin du plus beau ciel d'été, Sans nombre s'ouvriront des roses de clarté. Des étoiles et des étoiles! L'azur sombre Disparaîtra sous leur éclat diamanté.
Nous lirons quelquefois, mais toujours des poètes La poésie est tout; c'est le vin, c'est le lait, C'est le sang. Tout le cœur exalté s'y complaît. Qu'elle se mêle aux deuils, aux passions, aux fêtes, La musique des mots est l'art le plus complet.
La poésie est tout : ses strophes cadencées. Ses terribles appels et son doux bercement, Sa profondeur de vie et son rhythme charmant, Ses pleines rimes d'or et ses vastes pensées Transfigurent notre âme en un ravissement.
Puis nous regarderons notre vie et notre âme. Nous les purifierons dans le mépris glacé Des vains efforts. A peine aurons-nous du passé Des souvenirs pareils à ces débris de flamme Dont le ciel le plus calme est soudain traversé.
Quand le jour finira, de muettes servantes Nous offriront un peu de pain et quelque fruit. Pas de luxe inutile, et surtout pas de bruit; Et nous suivrons au loin ces lumières mouvantes Que le flot passe au flot voisin dès qu'il s'enfuit.
Ne serait-ce pas là le bonheur domestique, La foi pleine de grâce et de tranquillité? Là, j'écrirais des vers d'un accent enchanté, Là, j'oublierais le mal, l'ennui, la politique. Me plongeant dans le seul respect de la beauté.
Nous ne vieillirons point. Les mois et les années, Pour qui sait ne pas les compter, ne comptent pas. L'homme n'est fatigué qu'au nombre de ses pas : Et, tout à nos amours que rien n'aura fanées, Nous attendrons la mort sans dénouer nos bras.
%A htuile Vernolle.
EST le premier soldat de la première France, Le héros doux et fort,
C'est lui dont le beau front appelait l'Espérance Et séduisait le sort.
C'est lui le plus loyal et le plus téméraire, Fidèle au premier rang;
Lui, le sublime ami, lui, le généreux frère, Le Français droit et franc.
C*est lui qui défiait la défaite fatale,
Percé de coups, et seul;
Lui qui, dans un lambeau de pourpre triomphale, Se taillait un linceul...
En ce jour de malheur où, trahie et trompée.
Sa valeur le perdit.
Le héros se coucha sur sa vaillante épée.
Ferma les ye*jx, et dit :
— « Seigneur, recevez-moi : je meurs, mais je vous venge !
Dieu le vit tout sanglant.
Il manda Gabriel et dit à son archange :
— « Va me chercher Roland. »
L'Archange descendit dans un rayon de flamme;
Et Dieu le regardait :
Et l'Archange saisit au passage cette âme
Pure, qu'on lui rendait;
Et, penché sur le mort, il caressait la tête,
Et les grands yeux fermés.
Et les longs cheveux bruns que dans la France en fête
On avait tant aimés.
Puis, voulant de celui que l'Univers renomme
Un souvenir humain.
Il tira lentement le gant du fier jeune homme,
Et le mit à sa main.
SfOVÈLE ScAC^aS T01{T\c4IT
BRUNE aux grands yeux noirs, comment dire Le fin tracé de ton sourcil, Et le charme de ton sourire.
Et la grâce de ton profil,
Et ta chevelure massive Que traverse un léger poignard.
Et ton attitude pensive, Lorsque je cherche ton regard?
Il faudrait toute la puissance De mots vierges et délicats; Et d'ailleurs, en son innocence.
Ton âme ne comprendrait pas!
Je dirai donc simplement : « J'aime La divine limpidité Qui fait de tes yeux un poème De jeunesse et de pureté. »
22 TOUTEUNEAME
L'oALScACIECNiU^E
AUTOUR d'elle, tout est souffrance et barbarie! L'humble fille d'Alsace aux longues tresses d'or, Pieusement, le front baissé, mais fier encor. Porte comme un drapeau le deuil de la patrie.
Elle écoute là-bas s'éloigner les proscrits : C'est l'exil. Une feuille à ses pieds est tombée : C'est l'hiver. Elle vient à nous, tout absorbée Par la mélancolie étrange du ciel gris.
Sa main, sa pauvre main qui cacha tant de larmes. Tient le large chapeau, veuf de ses trois couleurs : Main si faible, qui tremble en nous offrant des fleurs, Et qui serait si forte au premier bruit des armes!
Et dans ses yeux, encore ignorants de l'amour, Qui fixent l'avenir avec leur acier pâle, A passé brusquement — vision triomphale — L'éclair de nos fusils qui marchent vers Strasbourg.