‹ Toute une âme, vers anciens et nouveauxChapitre 2 sur 17 · TOUTES LES FLEURS · texte numérisé non relu

TOUTES LES FLEURS

TOUTES les fleurs de l'été Et tout l'orient de flamme Ne peuvent remplir mon âme Ni me rendre ma gaîté.

Le feu du soleil attise Les roses couleur de feu, Et répand sur l'iris bleu Les gouttes d'or du cytise.

Des cieux ouverts, des grands cieux.

La lumière, crue et blanche, S'écoule en belle avalanche, Ln torrent délicieux.

Mais c'est trop peu ; je réclame Tout l'infini pour trésor!

C'est trop peu de fleurs encor, C'est toujours trop peu de flamme.

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A Emile Galle.

A la fille d'Hérodiade Qui tournait sur ses pieds nerveux, Le roi dit : « Fille aux noirs cheveux, Aux bras blancs, aux ongles de jade.

Demande-moi ce que tu veux.

Étant vieux et roi, je suis triste!

Mais tout à l'heure, ô chère artiste, Tu sus distraire le vieux roi. »

Elle murmura : « Donnez-moi La tête de saint Jean-Baptiste. »

On apporta sur un bassin La tête coupée aux yeux caves.

La danseuse, une fleur au sein.

Jetant de l'argent aux esclaves, Offrit la fleur à l'assassin.

Et la naïve criminelle.

Qui touche alors de son sein nu L'horrible trophée obtenu, A dans sa candide prunelle Tant de doux triomphe ingénu,

Elle mérite tant qu'on l'aime, Et son charme est si captivant.

Que, de sa pauvre lèvre blême, La tête coupée elle-même Lui sourit en l'apercevant!

TOUT amant bien épris fait et refait le compte Des puissantes raisons qu'il croit avoir d'aimer. J'agirai de la sorte, et je dirai, sans honte. Pourquoi tu me retiens, toi qui sus me charmer.

C'est d'abord ta beauté, subtile et si vivante, Ta grâce, ton esprit à la fois doux et sûr, Ta noble et fine main, ta toilette savante, Et tes cheveux épais du noir le plus obscur.

Mais, plus que ton sourire où paraît ta pensée. Plus que le fier contour de ton corps gracieux. J'aime, j'aime à jamais la soie un peu froissée De ta brune paupière où brillent tes grands yeux.

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%À Henry Caruwnche.

OUI, j'ai menti, je suis toujours un révolté. J'ai répété cent fois que j'adorais la iionr.i'^ Mais, mieux que la parfaite et divine beauté. J'aime l'âpre vigueur, dût-elle être difforme.

Le ciel d'un bleu serein m'a toujours irrité.

Mais, fouettant mes cheveux, brisant le lierre et l'orme,

L'ouragan me séduit! j'approuve en vérité

Tout ce qui fait saigner, de peur qu'on ne s'endorme.

Aux jours de désespoir, j'ai parfois célébré

La royauté tranquille et l'esprit modéré,

Mais j'ai menti : mon âme est fort peu curieuse

Des vers sans passion, froids comme des tombeaux, El j'adore toujours d'une ardeur furieuse Les révolutions et les hommes nouveaux.

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tNiOUVELLE cAtNi^ÉE

kAux gens qui passent.

SALUONS la triste année Qui s'en va, le front pâli, Expirante et condamnée A l'irrévocable oubli.

Année à nos ans ravie Par la Mort et le Passé, Un lambeau de notre vie Demeure en ton sein glacé!

De notre vie, hélas! non de notre mémoire.

Rien ne vaut d'être aimé ni d'être retenu

De tes nuits sans bonheur et de tes jours sans gloire.

Attachons donc à toi la pierre la plus noire

Qui puisse t'entraîner au fond de l'inconnu.

Trop de méchantes querelles, De vains recommencements.

Comme un vol de sauterelles Ont ravagé tes moments.

Et t'ont fait donner au monde Le spectacle détesté D'une énergie inféconde, D'une absurde activité.

O fantôme d'année, impalpable et livide!

Tes œuvres sont si loin de ce qu'on a voulu,

Et tu parais si courte à notre esprit avide,

Si fertile en néant et si pleine de vide

Qu'on se dit : « Est-il vrai qu'un an soit révolu?»

Est-il vrai qu'un an s'achève?

A peine a-t-on pu le voir :

On croirait que c'est un rêve Si l'on brisait son miroir.

Mais quoi? Chaque jour qui passe Au linceul prend un fil blanc, Et dans nos cheveux le place En l'honneur du nouvel an.

Maintenant, toi qui lui succèdes, toi nouvelle, Nouvelle année, assise au détour du chemin. N'imite pas ta sœur qui s'efface, et révèle, Avec plus de tendresse et plus de lenteur qu'elle, L'avenir qui s'enferme en ta petite main.

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TOUTEUNEAME "^^

LES VEUX VIEILLc4T{pS

'DE H^'KiS HOLTSEI'hL

UN vieillard, étant en prière, Les mains jointes, s'est endormi, On voit s'approcher par derrière Un autre vieillard, son ami.

D'un gros chapelet qu'il récite, Il va toucher son compagnon...

Mais voici que sa main hésite Et que tout bas il se dit : « Non.

cf Le chapelet que je dévide Plaira moins à Dieu, j'en suis sûr, Que ce bon sommeil si candide, Les mains jointes et le cœur pur! »

COéM<^E UD^ QA<mOU\ IGCNiOKJB

LOIN du travail trop lourd, du ciel trop éclatant, Nous irons par le bois, dans la fraîcheur épaisse, Car il est bon parfois que l'âme se repaisse D'un rêve végétal, simple et réconfortant.

Nous irons par le bois : la mousse et les pervenches

Étendront leur tapis odorant sous nos pas;

Les arbres, vieux amis, nous parleront tout bas,

En montrant des morceaux d'azur entre leurs branches.

Nous irons par le bois que l'automne a doré... Il est des coins du bois parfumés, sans qu'on sache Quelle discrète fleur dans le taillis se cache, Comme dans notre vie un amour ignoré.

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