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FAMILLE ANNAMITE QI

mer que dans le cas où il la prend en flagrant délit d'adulière. En Cochinchine, comme en Annam, le rotin joue le premier rôle dans l'intérieur du ménage : les parents l'appliquent à leurs enfants, les maris à leurs femmes. Les battus peuvent crier, personne ne s'en inquiète. 11 n'était pas rare, avant la conquête française, de voir dans les rues de pauvres malheureuses couchées sur le dos et rouées de coups par leur seigneur et maître.

La Cambodgienne mariée appartient à son mari; il l'a payée, elle est devenue une propriété dont il dispose à sa convenance. En acceptant le prix de l'achat, ses parents ont perdu tout droit sur elle. L'époux peut, toutefois, du consentement de sa femme, la vendre comme esclave ainsi que ses enfants; il a droit, sans la consulter, sans l'en avertir même, de la mettre en gage avec toute sa progéniture.

Rien n'empêche un père annamite besoigneux de ne pas attendre pour tirer parti de sa fille qu'elle ait atteint l'âge d'entrer en ménage. Il peut, à bon compte, la céder à des entremetteuses qui rélèveront, lui donneront une éducation spéciale et se paieront de leur peine en la revendant plus tard à de riches bourgeois ou à des nobles dont elle charmera les loisirs.

C'est la femme annamite qui exerce les travaux les plus pénibles; dans les

campagnes, elle laboure, elle moissonne; dans les villes, elle est commerçante, colporteuse, changeur même; sur le bord des rivières, elle manœuvre et conduit les barques. En presque toutes les circonstances, c'est elle qui entretient la paresse et Tindolence de son maître.

Par contre, devant la justice indigène, son témoignage n'est admis qu'avec d'extrêmes réserves. Il n'est pas accueilli, dans la plupart des cas, s'il se trouve en contradiction avec celui d'un homme; elle n'a môme pas la liberté d'entrer dans l'enceinte du tribunal : c'est du seuil de la porte qu'elle doit faire sa déposition.

Il n'y a guère plus d'un siècle, au Tonkin, comme en Siam et comme en Birmanie, subsistaient encore des vestiges de la famille maternelle. La coutume voulait que le lendemain du mariage, les nouveaux époux se donnassent les noms de « frère » et de « sœur ».

Femme annamite.

LES CHINOISES Chinoises.

Loin d'être, comme on Ta cru pendant longtemps, les plus purs représentants de la race mongole, les Chinois forment un peuple de sang très mélangé, où les aborigènes se sont alliés avec des immigrants thibétains, tariares, mongols, mandchoux, indochinois, malais, etc. Le lien commun, qui unit entre eux tous ces éléments hétérogènes et en constitue une seule nationalité, c'est l'uniformité du développement social, c'est la civilisation.

Comment est née cette civilisation ': Comment a-t-eile évolué ': Ce sont là des questions qui, si intéressantes qu'elles soient, n'ont point à être étudiées ici. Comme tous les peuples, les Chinois sont partis de la barbarie de l'âge de pierre dans laquelle restent encore confinées certaines nations de leur race. S'il fallait s'en rapporter à la

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tradition indigène, la masse actuelle de la population du « royaume fleuri » descendrait d'une pauvre horde de primitifs, errant jadis au pied des hauts plateaux thibétains, inférieurs aux plus infe'rieurs des sauvages, ignorant l'usage du feu, vivant surtout de racines et d'insectes. Ces ancêtres peu relevés étaient groupés en clans, que leurs descendants appellent « les cent familles aux cheveux noirs ». Ceux qui peuvent s'enorgueillir d'appartenir à cette lignée se considèrent toujours comme parents. De nos jours encore, un homme et une femme portant le même nom ne peuvent se marier ensemble. De ces clans primitifs, naquit une civilisation ayant son caractère propre, purement mongolique, dont l'évolution progressive, commencée il y a bien des siècles, s'est brusquement arrêtée. Il y a 4 5oo ans, alors que l'Europe occidentale n'était encore habitée que par des barbares incultes, sous le règne de Hoang-ti, les lettrés chinois écrivaient déjà l'histoire des « enfants de Han ». Depuis lors, ce peuple d'agriculteurs est resté soumis à une discipline immuable qui a modelé la nation, lui imposant, par le règne de l'habitude, des coutumes, des mœurs, des règles de vie et de pensée qui semblent devoir à tout jamais comprimer les forces de transformation qui sont en elle.

Telle fut la valeur conservatrice de cette discipline qu'elle uniformisa

Femme chinoise.

môme le type national, lui communiquant une remarquable solidité, qui se perpe'tue presque toujours dans les croisements avec d'autres races, et souvent jusqu'à la cinquième géne'ration.

En majeure partie, les Chinoises, petites et menues, ont les membres un peu grêles, mais les formes gracieuses; il faut aller dans le Nord pour en rencontrer quelques-unes que l'obe'sité alourdisse. Même celles qui s'adonnent journellement aux travaux agricoles conservent, dans leur labeur, la souplesse du corps et l'élégance des allures ; leur teint seulement se hâle sous la double influence du grand air et du soleil. Le visage est large, arrondi; l'élévation des os maxillaires fait saillir les pommettes, accentuant légèrement l'aplatissement du nez large et le mouvement général des traits qui ramène vers le bas l'angle interne des paupières et fait obliquer les yeux petits, mais vifs et lumineux. Le sourire est charmant. Les cheveux, un peu rudes au toucher, sont d'un beau noir et, le plus souvent, coquettement coiffés ; certaines dispositions, par l'usage de grandes épingles ornées de grosses boules, ne sont pas sans rappeler quelques classiques modes de coiffures italiennes; d'autres, où la tête est entourée de petits diadèmes en métal qui encadrent ou soutiennent soit des fleurs, soit des papillons faits

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de plumes bleues, sont véritablement délicieux. La poitrine est peu développée, les hanches ne sont pas assez saillantes, mais le costume sert à dissimuler ces défauts. Le bras est très bien fait, gracieusement attaché à l'épaule, et terminé par une main aux doigts effilés ; les ongles, dans la classe oisive, sont démesurément longs; elles garnissent leur main d'un ongle artificiel, quand elles veulent pincer de cette espèce de guitare qu'elles appellent tsing.

Les Chinoises du Sud, plus grandes, de complexion plus brune, se font remarquer par une saillie plus accentuée des mâchoires.

Les femmes de Nankin, les plus belles des Chinoises, sont aussi les plus élégantes.

Comme la plupart des peuples mongoliques, les Chinois ne reconnaissent à la femme d'autre droit que celui d'obéir, et, seule, la douceur du caractère national lui permet de vivre d'une existence supportable. L'éducation des filles les prépare d'ailleurs au rôle effacé qui leur est réservé. Dès l'âge de dix ans, elles ne sortent plus de la maison; on leur apprend à filer, à travailler le coton et la soie, à lisser des étoffes, à confectionner des vêtements et surtout à être douces, conciliantes et dociles; à quinze ans, on commence à les parer, à orner leur chevelure; à vingt ans, on les doit marier. Dans les

familles riches, on leur fait, en outre, acquérir quelques talents d'agrément.

Le mariage, en Chine, est un acte obligatoire. Un père de famille est tenu de marier tous ses enfants, sous peine de déshonneur. Le souci de continuer la famille prime toute autre considération, et les parents, le père surtout, n'ont à tenir compte ni des préférences ni des goûts de leurs enfants : ceux-ci n'ont qu'à obéir. A défaut du pèie, c'est le tîls aîné ou le parent le plus proche qui décide.

C'est ainsi que sont assez souvent conclues des unions entre enfants en bas âge, parfois même entre enfants qui ne sont pas encore nés.

La famille est constituée, en Chine, d'une façon plus solide que dans l'Europe occidentale. Ce peuple, qui autrefois s'appelait « les cent familles », se plaît à considérer qu'il ne forme luimêmequ'une seule famille étroitement unie, et les devoirs des citoyens — si ce mot peut servir à désigner les sujets du Fils du Ciel — envers le corps social sont ceux d'un fils envers son père.

Le pouvoir du c'nef de famille sur ses enfants est d'ailleurs absolu. Comme dans la Rome antique, il peut les vendre comme esclaves et, soit par caprice, soit par pauvreté, il use assez fréquemment de ce droit. Cet esclavage, il est vrai, n'est que temporaire, le propriétaire devant, comme aurait fait le

père, trouver un mari aux tilles, une femme aux garçons. La servitude chinoise est, en outre, remarquablement douce et ne diffère guère de l'état des domestiques libres.

Le mariage est surtout déterminé par des considérations d'argent. La dot des filles est inconnue; ce sont les parents du futur qui versent une somme déterminée à ceux de la fiancée. Pour éviter cette dépense, on voit des familles pauvres aller choisir dans un hôpital d'orphelins une fillette qu'ils élèvent pour la faire ensuite épouser à leur fils.

L'éducation des jeunes filles leur présente le mariage comme devant réaliser pour elles le bonheur parfait ; mais elle leur interdit de se préoccuper de la personne du mari. Non seulement on ne les consulte pas, mais une personne bien élevée ne doit jamais avoir vu son futur avant la conclusion de l'union. Qu'il soit jeune ou vieux, beau ou laid, agréable ou désagréable, ce n'est pas son affaire : il est son époux, son maître, elle doit l'aimer. On a vu que, par suite de conventions entre les familles, des enfants se trouvent parfois fiancés dès leur naissance, le mariage ne devant être conclu que lorsque les époux ont atteint l'âge convenable.

La femme mariée ne peut sortir sans l'autorisation de son seigneur et doit alors se faire porter dans une chaise soigneusement fermée. Dans la mai-

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son, elle vit en recluse, hors des appartements réserve's au mari, qui sont les seuls où pénètrent les gens du dehors.

Bien entendu, ces mœurs sont surtout celles des classes bourgeoises et nobles. Dans le peuple, il est presque impossible de tenir strictement enfermées les jeunes tilles et les femmes, et il est rare, lors d'un mariage, que les fiancés n'aient jamais eu occasion de se voir.

Mais, quelle que soit sa situation sociale, l'épouse doit à son mari l'obéissance la plus stricte. Il a tout droit sur elle, et, contre les abus de son autorité, contre ses injustices, elle n'a à espérer de secours ni de ses parents, ni des magistrats. Sa seule ressource est de se rendre au temple et d'y suspendre, la tête en bas, une image de papier représentant son mari, en suppliant les dieux de changer le cœur de son époux « qui n'est pas à sa place ».

« L'épouse, disait, il y a plus de dixhuit siècles, la plus illustre des lettrées chinoises, Pan-Noéi-Pan, doit être dans la maison comme une pure ombre et un simple écho. Or, l'ombre n'a d'autre forme apparente que celle du corps, et l'écho ne dit précisément que ce qu'on veut qu'il dise... A la naissance d'une fille, ajoutait-elle, on doit offrir au père des briques et des tuiles, des briques parce qu'elles sont foulées aux pieds et des tuiles parce qu'elles

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sont exposées aux injures de l'air. » Si humble que soit sa situation, elle a cependant le droit décommander à la sœur de son mari comme à sa bru.

Elle est également la supérieure des <( petites femmes» que, s'il en a les moyens, son époux a pu lui adjoindre.

Car, en Chine, la loi reconnaît franchement la polygamie. En plus de son épouse légitime, il est licite à un homme de se procurer, par simple achat, un nombre de compagnes proportionné à sa fortune. En droit juridique, la « grande femme » seule peut avoir des enfants; ceux des autres sont réputés être les siens; elle seule porte le titre de mère et a droit à leur obéissance et à leur affection ; c'est d'elle seule qu'ils prendront le deuil.

Le nombre des « petites femmes », non déterminé par la loi, l'est en quelque sorte par les mœurs. Un homme perd de sa considération s'il en possède un trop grand nombre et les gens sérieux n'en achètent jamais que du consentement de leur compagne légale.

Nombre de jeunes filles sont ainsi élevées spécialement» pour être vendues aux riches amateurs. On leur apprend le chant, la musique, la peinture, l'art de dire des vers, d'en composer à l'occasion : celles dont l'éducation est parfaite peuvent être vendues de douze à quinze mille francs. Aussi la « traite des jaunes » se pratique-t-

Femme chinoise.

elle sur une large échelle, des industriels faisant profession d'acheter à leurs parents des petites tilles qu'ils font élever et revendent ensuite, non sans réaliser un honnête bénéfice.

Le Code pénal chinois, qui a prévu tous les cas possibles d'adultère, est sans pitié pour la femme, petite ou grande, qui trompe son propriétaire, et plein de rigueur pour l'amant.

Les peines qu'il édicté varient, selon les espèces, de la bastonnade à la décapitation. Par contre, il est relativement bénin pour le mari complaisant qui tire profit de Tinconduite de sa ou de ses moitiés. Certains mariages ne sont conclus que dans le but d'exploiter fructueusement la beauté de l'épouse; l'époux sans préjugés a bien plus à redouter le mépris de l'opinion que les sévérités de la loi.

Les cas de répudiation de la femme par le mari sont au nombre de sept :

adultère, stérilité, jalousie excessive, bavardage, vol domestique, indocilité, maladies contagieuses ou incurables.

Cependant, le divorce n'est point autorisé quand la femme n'a plus de famille qui puisse lui donner asile ni quand le mari est devenu riche après s'être marié pauvre. Pour la femme, hors le cas de consentement mutuel, elle ne peut provoquer la rupture d'une union mal assortie. Ainsi que l'a dit Pan-Noéi- Pan,(( si elle a un mari selon son coeur, c'est pour la vie; si elle a un mari

contre son cœur, c'est encore pour la vie. » Toutefois, un mandarin peut autoriser à contracter de nouveaux liens celle qui est délaisse'e depuis trois ans.

A la mort du mari, sa famille a le droit, après un mois consacré au deuil, de vendre sa veuve restée sans ressources et même sa fiancée, s'il n'était pas encore marié. La loi, en effet, n'accorde à une femme aucun droit à l'héritage de son époux. Si elle n'appartient pas à une famille riche, elle ne peut éviter une seconde union forcée qu'en entrant en religion, en se faisant bonzesse. Les veuves restées fidèles au souvenir du défunt sont particulièrement honorées; celles qui poussent la manifestation de leur douleur jusqu'au suicide sont glorifiées et des arcades triomphales sont élevées à leur mémoire.

La femme chinoise, comme les autres filles d'Eve, est coquette et, non moins que toutes les Orientales, sans parler de quelques Occidentales, elle enlumine son visage de blanc et de rose; la peinture noire lui sert à bien marquer l'arc des soi^rcils; la rouge, appliquée au pinceau , avive l'éclat des lèvres.

On coimaît universellement la coutume bizarre qui incitait les parents à déformer les pieds de leurs filles.

Quelle en était l'origine ? Elle est assez difficile à déterminer. Il semble bien toutefois qu'il n'y avait pas là

Femme chinoise.

seulement l'application d'une étrange conception esthétique, mais une satisfaction accordée à des préférences erotiques. Les Célestes sont portés à établir une corrélation entre la forme du pied d'une femme et celle de certains de ses charmes qu'ils apprécient le plus. Aussi les « lis d'or » — c'est le nom que l'on donne aux petits pieds convenablement comprimés — ont-ils excité l'enthousiasme des amants de la \'énus chinoise, par qui fut maudit le récent décret impérial supprimant désormais cette mutilation.

D'autre part: une pudeur très spéciale interdit aux femmes de laisser voir leurs extrémités inférieures.

Dès l'âge de six ans, les pieds de la fillette étaient entourés de bandelettes afin d'en entraver le développement, les doigts étant ramenés sous la plante. C'est ainsi que la jambe d'une jeune femme, depuis le genou jusqu'à la cheville, perdait toute forme, que le mollet disparaissait et que le cou-depied restait comme désarticulé; les quatre doigts, repliés par-dessous et complètement aplatis, semblaient unis à la plante; seul, Torteil conservait à peu près sa place et son aspect naturel. La marche régulière devenait alors impossible; la femme ne pouvant avancer qu'à petits pas rapides et chancelants, en s'aidant de ses bras comme d'un balancier, allure que les poètes ont comparée au « balancement du saule sous le souffle du zéphir ».

Cette coutume, qui n'allait pas sans occasionner parfois de graves accidents, était le signe de la bonne société, chez les riches comme chez les pauvres, chez les citadins comme chez nombre de campagnards. Une fille, surtout si elle était d'extraction bourgeoise, dont le pied n'aurait pas été transformé en « lis d'or », n'aurait que difficilement trouvé à se marier.

En certaines régions de l'empire, plus particulièrement agricoles, la mutilation du pied avait, depuis longtemps, cessé d'être pratiquée. Jamais les grandes dames de la cour ou de la famille impériale, qui sont de race mandchoue, ne s'y étaient soumises.

Thibétaînes.

La population du Thibet n'a pas été sans subir, surtout dans les grandes villes et sur les frontières du Céleste- Empire, l'influence chinoise. Les lois interdisant l'accès du pays aux femmes étrangères, mandarins, soldats et marchands venus de Chine, épousent, au moins temporairement, des indigènes et concourent ainsi à modifier le type original de la nation.

En général, les Thibétaines sont de taille petite, larges d'épaules et de poitrine, et remarquables par la grosseur des bras et des mollets qui contraste avec la finesse et l'élégance des mains

Femme thibétahie.

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et des pieds. Leur visage au front large, orne' de cheveux bruns, aux pommettes saillantes, n'est pas sans agrément; la bouche est grande, les lèvres minces, la racine du nez s'implante profondément entre deux yeux noirs, légèrement bridés. Leur peau, qui varie du jaune cuivré au blanc, selon la catégorie sociale à laquelle elles appartiennent, se ride de bonne heure sous l'influence de l'air froid et sec que l'on respire sur ces hauts plateaux, dont l'altitude s'élève de trois à cinq mille mètres.

Il faut probablement considérer comme une simple précaution hygiénique prise contre les gerçures, la coutume qu'ont les dames de ne sortir qu'après s'être enduites la figure d'un vernis de couleur noirâtre. Quelques voyageurs avaient cru que ce masque, peu favorable à la beauté, leur était imposé par le gouvernement théocratique du pays, pour la sauvegarde de la vertu masculine.

Le costume des femmes du Thibet diffère peu de celui des hommes. Il se compose d'une robe large, accrochée sur le côté droit et serrée aux reins par une ceinture. Cette robe est recouverte d'une tunique courte aux couleurs bigarrées. Elles portent les cheveux pendant sur les épaules et divisés en deux tresses. Les femmes du peuple se coiffent d'une sorte de bonnet phrygien de couleur jaune; les dames de l'aris-

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tocratie se parent d'une couronne de perles fines.

Afin de ne pas diviser les héritages et de réaliser les économies qui peuvent résulter de la vie en commun sous un même toit, les Thibetains du Sud et les Bouthanais pratiquent la polyandrie. L'aîné d'une famille se présente, au nom de ses frères comme au sien, chez les parents de la jeune fille qu'il a choisie; on place un morceau de beurre sur le front de la fiancée et sur le sien, et tous les assistants sont témoins de l'union conclue entre elle et tous les frères qui deviennent ses maris. Les enfants naissant de ces mariages reconnaissent comme père l'aîné des frères; les autres sont simplement ses oncles. Cette polyandrie paternelle n'est toutefois pas obligatoire et une femme peut épouser plusieurs hommes qui ne sont liés par aucune parenté, de même qu'elle peut adjoindre un étranger au groupe paternel dont elle est déjà la compagne.

Dans ces ménages, qui nous semblent si étrangement constitués, on vit, semble-t-il,en excellent accord. La femme, très respectée, est l'auxiliaire de ses époux, non leur esclave. Ceux-ci font, au contraire, assaut de courtoisie envers elle et leur bonheur serait, dit-on, complet, s'ils n'avaient parfois à soufirir de l'humeur jalouse de leur sultane qui, s'ils lui sont infidèles, n'a guère le temps, on en conviendra,

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de leur appliquer la loi du talion.

En ce pays béni, pour le beau sexe, les femmes ne se marient guère avant 26 ou 3o ans. Celles d'entre elles qui, préventivement, ont senti battre leur cœur, ne risquent rien à s'abandonner à ses inspirations. Un accroc à leur robe d'innocence ne les empêchera pas de trouver des maris.

Les riches Thibétains se laissent volontiers séduire par l'exemple que leur donnent les Chinois. A la polyandrie nationale ils préfèrent la polygamie. Ont-ils tort? Ce n'est pas à vous, mesdames, que je me permettrais de le demander.

Coréennes.

Plus grandes que les Chinoises et que les Japonaises, les Coréennes présentent un ensemble de types qui se diversifient depuis la forme allongée du visage et le nez proéminent des habitantes des îles jusqu'à la face plate et large des Mongoles continentales. La plupart sont gracieuses et jolies. Beaucoup ont les cheveux châtain clair et lesyeux bleus, et, costume à part, pourraient être prises pour des Européennes.

La civilisation chinoise prédominante ne leur a pas imposé la mutilation du pied.

La coiffure des Coréennes se compose de deux longues nattes roulées

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en turban autour de la tête et maintenues par de grandes épingles à tête d'or ou d'argent émaillé. Comme vêtement elles portent une veste courte, à manches étroites, qui recouvre une grande robe serrée à la ceinture.

La Coréenne, plus déshéritée encore que sa sœur du grand empire voisin, n'a ni nom, ni existence légale; elle ne peut être ni jugée, ni punie, la loi la considérant comme un être irresponsable. Son domicile, fermé à tous, est inviolable, même pour la police. Il serait déshonorant, pour une femme qui n'est pas du commun, de se montrer dans les rues avant le coucher du soleil. A ce moment, un signal avertit que la voie publique est ouverte aux femmes : les hommes doivent alors regagner leur domicile. Les attardés, s'ils rencontrent une femme, passent le plus loin possible d'elle en se cachant le visage dans un éventail.

Leurs compatriotes aiment à raconter que certaines se sont donné la mort pour avoir été effleurées par le bout du doigt d'un étranger, mais des voyageurs, plutôt médisants, assurent que le farouche de leur vertu n'est pas sans s'humaniser à l'occasion.

LES SIBERIENNES

Mongoles.

Les Mongols peuplent la moitié septentrionale de l'Asie qui s'étend de l'Oural au Kamtchatka. Si, dans les régions du Sud-Ouest, qui confinent à l'Iran et à la Caspienne, ils ont plus ou moins subi la pénétration de la race blanche, dans les pays qui s'étendent au nord de la Chine, ils ont gardé une pureté relative de type et de mœurs.

Les Khalkas, ou xMongols proprement dits, occupent l'immense territoire désigné, sur les cartes, sous le nom de Mongolie. Ils s'enorgueillissent de distinguer encore, parmi eux, les familles des taïtsis, c'est-à-dire des descendants de Gengis-Khan. Leur teint, cependant, n'est pas jaune, il serait plutôt brun; de même, leurs yeux, petits mais ouverts comme ceux des Européens, ne sont point bridés à la chinoise.

D'une taille plutôt au-dessous de la moyenne, trapues, un peu massives, les femmes khalkas se reconnaissent comme Mongoles à leur visage large et plat, aux pommettes très accusées, au nez peu saillant et épaté. Leurs lèvres sont assez grosses, mais le prognathisme de la face est peu accentué.

Les immigrants chinois imposent de plus en plus en Mongolie leur civilisation, leur costume et leurs usages.

Néanmoins la monogamie reste la règle du mariage dans cette nation.

La femme, considérée comme inférieure à l'homme et vendue par son père au plus offrant, n'a que rarement à souffrir de mauvais traitements.

Dans les steppes immenses qui se déroulent à l'orient des monts Oural vivent les Kalmouks et les Bouriates.

Une horde kalmouke s'est même établie en Europe, dans le sud de la Russie, entre le \'olga et le Don ; les deux autres hordes se sont fixées dans la Dzoungarie, entre l'Altaï et l'Oural.

La taille des femmes kalmoukesest moyenne, leur teint d'un brun jaunâtre, leurs cheveux aoirs et gros. La tête est haute, le front long et fuyant, la face très large; les pommettes anguleuses font une saillie très apparente. Les arcades sourcilières, très grosses, s'arquent au-dessus d'yeux brun foncé, bridés, mais pas constamment obliques. Le nez, aux ailes peu développées, comme écrasé et enfoncé

Femme mongole.

FAVII.LE MONGOLE

dans le visage, ne se distingue pas sur le profil. La bouche est petite, les lèvres minces, le menton bas.

Les jeunes filles portent les cheveux courts ; les femmes mariées les réunissent en deux nattes qu'elles renferment en de longs fourreaux de velours ou de drap pendant sur leur poitrine. Les filles ont une boucle passée dans l'oreille droite; quand elles se marient, elles en adjoignent une seconde. Un ornement dont elles se séparent rarement, c'est leur pipe, qu'elles fument depuis leur enfance jusqu'à leur mort.

Sauf les princes, qui ont jusqu'à trois épouses, le Kalmouk ne demande qu'à une seule d'assurer sa félicité. 11 achète sa fiancée aux parents en leur payant le kalim ou rançon ; le jeune ménage reçoit en échange une dot se composant d'une tente et de divers objets mobiliers. La cérémonie nuptiale est suivie d'un simulacre d'enlèvement. Quelquefois, lorsque l'accord à propos du kalim tarde trop longtemps à son gré, le prétendant perd patience et, à l'aide de ses amis, par force ou par ruse, il procède à un enlèvement véritable. Bon mari, considérant sa femme comme un être inférieur qu'il accable de travaux manuels mais sans la maltraiter ni la surveiller trop étroitement, le Kalmouk a rarement recours à la répudiation; excepté cependant s'il peut arguer de la stéri-

lité de celle dont il ne veut plus, car, en ce cas, il est libre de la renvoyer dans sa famille sans être tenu de restituer la dot.

Les Kalmouks du peuple doivent, pour se marier entre eux, être séparés par au moins trois ou quatre degrés de parenté; les mariages entre gens du même clan sont strictement interdits.

Ceux de la noblesse se sont affranchis de ces règles. Aussi leurs inférieurs les comparent-ils volontiers aux chiens qui, eux non plus, « ne connaissent pas la parenté. »

Restés, pour la plupart, adonnés aux pratiques chamanistes, nombre de Kalmouks ont reçu le baptême. Voici l'un des cas qui entraînent le plus fréquemment leur conversion. Un mari abuse un peu de la permission qu'il a de battre sa femme; celle-ci se sauve chez le missionnaire qui la baptise.

Pour avoir le droit de la réclamer, il faut que l'époux vindicatif se lasse chrétien à son tour; il y hésite rarement. Et c'est ainsi qu'une querelle de ménage a pour résultat d'arracher deux âmes à Satan.

Les Bouriates qui sont établis à l'est, au sud et au nord du lac Baïkal, sont fiers de leur beauté. Leurs femmes, de taille ordinaire, trouvent que leur tête arrondie et volumineuse, leurs yeux mi-ouverts, leur nez camus et leurs pommettes anguleuses réunissent tous

Femme mandchoue.

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les caractères du Beau absolu. Elles n'ont pas assez de de'dain pour notre type européen, « nos têtes longues, disent-elles, comme celle du chien ou du cheval. »

Mandchoues.

La race mandchoue est aujourd'hui en voie de complète disparition.

Cantonnés autrefois dans l'immense contrée qui porte encore leur nom, ces peuples se sont, il y a deux siècles et demi, emparés de l'empire chinois; mais, comme il arrive presque toujours en pareille occurrence, ils ont peu à peu adopté les mœurs et les coutumes de leurs sujets plus nombreux et plus civilisés.

A l'heure présente, la majorité des habitants de la Mandchourie se compose de Chinois; dans les écoles, les enfants des Mandchous apprennent le chinois, et l'étranger fait difficilement la distinction entre les deux races.

Ayant perdu leurs habitudes nomades, les descendants des conquérants se sont rendus propriétaires de terrains de culture dont ils confient l'exploitation à des Chinois. Une seule tribu, celle des Salons, est restée fidèle aux rites chamanistes et a refusé d'adopter le bouddhisme.

Plus grandes, plus vigoureuses aussi que les Chinoises, les femmes de cette

nation n'ont gardé que peu de traits du type primitif de leur race. Elles portent sur leur visage la trace des nombreux métissages par lesquels la pureté du sang mandchou s'est altérée au contact d'éléments chinois, mongols et tongpuses.

Ostiakes.

Les Ostiakes ou Yougriens, qui habitent, près de l'Oural, le nord-ouest de la Sibérie, ont pendant longtemps été classés parmi les peuples de race jaune. On a reconnu aujourd'hui leur parenté finnoise. Il est vrai, que certains de leurs traits révèlent de fréquentes alliances avec des voisins mongoliques.

Les femmes ostiakes sont petites ; leur crâne est rond, leurs traits grossiers; leur nez, court et déprimé à la base, a un peu l'aspect d'une verrue ; leurs cheveux sont roux ou d'un blond doré. Elles ont les joues angulaires, le menton court, la bouche ronde et lippue. On a attribue le bridement de leurs paupières, qui est commun à tous les peuples de cette région, à la nécessité où l'on se trouve en ces pays de cligner à demi les yeux pour supporter au dehors des tentes l'éclat de la neige éiincelante et pour n'être pas aveuglé par la fumée dans l'intérieur.

^KSiSferiiÉiàSSi

Femme kirghi^e.

FAMILLE FLN'NOISE I :> I

Le costume des Ostiakes du Nord ressemble à celui des Samoyèdes.

C'est une longue tunique de fourrure ouverte sur le devant. La toilette de fête se compose de peaux de diverses couleurs. Celles du Midi portent une longue chemise flottante enrichie de verroteries ; elle est retenue par une lanière de cuir qui passe entre les jambes et vient s'attacher à une ceinture de cuir. Les élégantes recouvrent le tout d'une seconde chemise en cotonnade voyante et se voilent d'un long châle qui, de leur tête, descend sur les épaules, et dont elles ramènent les pans sur la figure.

Une jeune fille, sous le toit de ses parents, jouit de tous les soins imaginables ; peut-être l'amour paternel y a-t-il sa part, mais, en l'élevant, il se peut que l'Ostiak ait en vue le même profit que lorsqu'il se livre à l'éducation des renards. Bonne marchandise trouve toujours acheteur. Le kalirn, qui varie de 3o à loo roubles, est payable en argent, en rennes ou en peaux.

La fille ne reçoit rien ou presque rien pour sa dot. Comme il arrive que tel qui voudrait bien avoir une femme ne pourrait solder le kalim, le père peut se trouver frustré dans ses espérances. Que Roméo se fasse agréer par Juliette, il l'enlève sans plus de façons, et la conduit d'abord dans sa iourte, puis à l'église. Quand le pope est passé par là, le beau-père n'a plus rien à dire.

lia TOUTES LES FEMMES

Ouzbègues et Kirghizes.

La famille kirghize, établie à l'est de la Caspienne, comprend des populations de langue turque qui se différencient légèrement les unes des autres.

Chez les Ouzbègues, descendants nomades de la célèbre Horde d'Or, les éléments tartareset mongols ont primé les éléments turcs. Après s'être élevés à un certain degré de civilisation, ils ont fait retour à i'état nomade et présentent les types les plus divers, produit des filiations d'esclaves ou de prisonnières dont les guerriers faisaient, de plus ou moins bon gré, leurs compagnes : presque jaunes dans le Ferghana, presque blancs sur les bords de la Caspienne, dans le voisinage de la Perse.

Vêtues d'une pelisse, coiffées d'un capuchon noir et d'un volumineux turban blanc, le visage voilé, chaussées de bottes à talons très hauts et très étroits, elles montent achevai comme les hommes, qu'elles accompagnent dans leurs expéditions de pillage. Elles s'entendent d'ailleurs parfaitement à la maraude et, en l'absence de leurs époux, ne se gênent pas de razzier les caravanes qui passent dans le voisinage de leur campement. C'est pour elles, comme pour eux, un suprême déshonneur de mourir dans un lit.

Leur vaillance ne leur épargne pas les

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temme turkmène.

FAMILLE YAKOLTE l:>D

lourds travaux domestiques dont elles sont littéralement accablées.

Les Kirghizes, qu'une le'gende nationale fait descendre de quarante filles et d'un chien rouge — symbole de leur vie sauvage et errante — descendus des plateaux de l'Altaï, se sont dispersés à travers le Turkestan et l'ouest de la Chine jusqu'au Pamir. Leurs femmes • sont robustes, élancées, bien conformées. Elles ont la peau brune, le crâne court, la face large.

Les jeunes rilles se couvrent la tète de petites calottes, les femmes mariées d'un énorme bonnet de coton blanc qui recouvre une partie du visage, le cou, les épaules et le dos. Leurs cheveux forment de multiples tresses à l'extrémité desquelles sont suspendus des bijoux et des pièces de monnaies.

Plus intelligentes que les hommes, elles jouissent d"un grand respect qui fait attacher un certain prix à leurs conseils.

Turkmènes.

Les plaines du sud du Turkestan sont parcourues par les cavaliers turcomans ; ce sont les descendants les moins métissés des Turcs primitifs. En généra!, le type féminin est resté plus mongolique que celui des hommes.

Chez les Tekkes, tribu pillarde de la frontière persane, le grand nombre de

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captives iraniennes ramene'es des expéditions guerrières a modifié les caractères de la race. Les tribus de l'intérieur méprisent ces sang-mêlés qu'ils considèrent comme déchus. Un guerrier de rang doit toujours avoir au moins une femme de race pure.

Les Turcomanes ou Turkmènes ont le front large, les yeux petits, obliques et perçants, le nez petit mais bien dessiné, les lèvres grosses, les orei lies écartées.Elles s'habillent d'unelongue robe qui dessine la taille et tombe jusqu'à terre, recouvrant les pieds ; leurs cheveux retombent en tresses sur leurs épaules; elles se coiffent d'un grand turban blanc très haut, supportant une ample écharpe rouge et blanche qui descend jusqu'à la ceinture. Les bijoux, colliers, bracelets, plaques, chaînettes, etc., dont elles sont ornées, accompagnent leur marche d'un cliquetis métallique. Bien que musulmanes, elles vont le visage découvert.

Les jeunes gens, laissés libres de se voir, peuvent se marier suivant leur libre choix. Le kalim une fois payé, la future, vêtue de ses habits de fiancée, s'enfuit au galop, poursuivie par son prétendu qu'accompagnent de nombreux amis ; pendant ce simulacre de fuite, elle ne doit pas se laisser atteindre. Parfois le jeune homme, peu fortuné, oublie de payer le kalim: il trouve plus simple d'enlever réelle-

FAMILLE SAMOYÈDE iS']

ment sa bien-aimée. Tous deux vont demander asile à un camp voisin où ils sont accueillis sans peine. Les anciens, pendant ce temps, ne'gocient et l'affaire s'arrange moyennant une promesse faite par le ravisseur de payer à son beau-père une indemnité de quelques chevaux ou de quelques chameaux. La fugitive doit seulement rentrer chez ses parents pour une année environ, avant d'aller partager la demeure de son mari.

A sa femme légitime, un Turcoman peut, s'il en a les moyens, adjoindre des « petites femmes ». Ce lui seront autant d'esclaves subalternes qui collaboreront avec l'esclave principale a la fabrication des étoiles, à la confection des habits et des chaussures, à l'édification de la tente, au chargement et au déchargement des chameaux et aux multiples besognes du ménage.

Guerrières, en outre, les Turkmènes seraient peut-être des épouses accomplies si elles n'étaient d'une malpropreté repoussante et d'une facilité de mœurs sans seconde.

Samoyèdes.

Disséminés dans les toundras des bords de l'océan Glacial, dans les régions les plus déshéritées du globe, où les Mongols, les Turcs et les Slaves les ont successivement repoussés, les

K->b TOUTES LES FEMMES

Samoyèdes. de descendance finnoise, ont acquis un grand nombre de traits du type mongol.

Petites, trapues, grosses, avec un petit cou et de petites jambes, l'œil mi-ouvert, le nez court, enfoncé entre les joues, les beautés samoyèdes se présentent avec un teint jaune brun.

Ce n'est là qu'une apparence : faites ce qu'elles ne feront jamais toutes seules; frottez-le avec de l'eau et du savon et vous verrez que la nuance réelle de leur peau est d'un jaune pâle. Leurs cheveux flottent sur leur dos partagés en tresses, qu'elles ne défont jamais.

Elles portent une robe de drap et de peau de renne, ouverte par devant et tixée par une ceinture que ferme un gros anneau de fer. Sous la robe est une culotte, également en peau de renne, qu'elles ne retirent en aucune circonstance.

Ces séduisantes créatures sont achetées par leur mari qui verse la moitié du kalim à son beau-père et le reste aux parents de la bellç. Après quoi, aidé de femmes, il s'empare de sa fiancée qui simule une résistance désespérée, l'attache sur un traîneau et l'emmène à sa nouvelle iourte où elle a comme premier devoir de préparer le coucher de son mari.

Fille, elle était à peine considérée comme un être humain — on ne donne même pas de nom aux femmes.

FAMILLE ESQLIMALE 1 OQ

Épouse, elle est soumise au plus dur et au plus humiliant des servages. Les travaux les plus pénibles deviennent son lot ; elle les exécute sur un simple regard de son maître. Avant d'entrer dans la tente qu'elle adressée, elle doit se puritier avec du poil de renne au-dessus d'un petit brasier, et non seulement elle, mais tout ce qu'elle a touché, le siège où elle s'est assise, les traîneaux qu'elle a déchargés. En route, il lui est interdit de passer devant un traîneau et de couper la file; sous la tente, elle n'a pas le droit de manger avec son mari et ne peut se nourrir que des restes ; il lui est même interdit de faire le tour du foyer en passant devant la porte: une perche y est placée qu'il ne lui est pas permis d'enjamber.

Ces malheureuses sont cependant accessibles à la coquetterie ; elles aiment les verroteries, les morceaux de cuivre, les disques de métal et se font des bijoux avec de tout un peu : débris de quincaillerie, pièces de serrure, batteries de vieux fusils, etc.

Esquimales.

Pour l'allure générale, les Esquimales offrent, avec les Samoyèdes, de très grandes ressemblances, mais la forme de leur crâne leur est absolument propre. C'est une sorte de

parallélogramme allongé qui se renfle au milieu pour dresser une sorte de crête dirigée d'avant en arrière. Cette crête est dissimulée dans leur chevelure qu'elles relèvent en un chignon à deux étages, maintenu par des cordons et orné de verroteries.

Elles sont sales au delà de toute expression et s'en remettent à la nature du soin de fabriquer le liquide dans lequel elles se lavent. C'est là leur eau de toilette, et l'on dit d'une femme ainsi parfumée à sa propre essence : « Elle sent la demoiselle ! »

Leurs mœurs sont empreintes d'un délicat abandon. Si les Esquimaux sont polygames, les Esquimales sont polyandres. L'adultère est interdit, car il attente à la propriété du mari, mais les plus jaloux louent volontiers leurs femmes à la journée.... ou à l'heure.

Les prêter est l'indice d'un caractère aimable. Ignorantes de toute pudeur, elles se laissent troquer, prêter, louer ou vendre, toujours disposées à s'en aller d'elles-mêmes « demander du tabac » aux étrangers, — c'est-à-dire se proposer. Leurs ^mirateurs sont, comme elles, d'un cynisme.... littéral.

Sans aucune retenue, en effet, ils n'éprouvent pas le besoin de joindre le charme de la solitude aux délices d'un galant entretien.

Femme aëta.

LES NOIRES D'OCEANIE

Femmes Négritos.

Les Pygmées asiatiques, que nous avons déjà rencontrés aux Indes, se sont heurtés de toutes parts, sauf peut-être aux îles Andaman, à des populations diverses. Ainsi sont nées, en Hindoustan, en Malaisie, aux Philippines, à Formose, au Japon, des tribus croisées, de caractères variables, ayant toutes pour commune souche cette race, dont le domaine s'étendit autrefois jusqu'en Susiane où elle fournissait, il y a vingt-trois siècles, la garde fioire des rois Achéménides.

Aucune des autres races de l'Extrême- Orient, excepté sans doute celle des primitifs d'Australie, ne lui est antérieure. Déchue depuis bien des siècles, elle n'a pas encore atteint le terme de son évolution régressive, et forme toujours le fond de peuples nombreux, ayant laissé, depuis le golfe Persique jusqu'en Papouasie et du Japon aux archipels malais, comme traces indéniables de son ancienne domination,

des rameaux cantonnés dans les régions les plus sauvages, les moins propices à la vie de l'homme, en butte à l'hostilité de tribus hostiles qui leur font une guerre d'extermination. Les deux groupes les plus importants de la race Négrito sont, aux Philippines, les Aëtas, et aux îles Andaman, les Mincopies.

Les Aëtas, ou Négritos del Monte, sont de taille extrêmement petite. Il est des femmes qui n'ont pas plus de i°',30 de hauteur. La peau est noire, les cheveux laineux, la tête volumineuse, les épaules et la poitrine larges. Le mariage monogamique se conclut par consentement mutuel.

Les Mincopies des îles Andaman et du centre de la grande xN'icobar sont, comme les Aëtas, bien proportionnées et de belle prestance en dépit de leur petite taille. Leurs traits ne rappellent en rien ceux des négresses africaines; leur profil ne présente aucune marque de prognathisme.

Jusqu'à six ans, elles vont nues. On les décore ensuite de tatouages, puis on Jes habille d'un tablier de feuilles.

Les jeunes gens jouissent d'une grande liberté, mais les unions sont monogamiques et, dans le ménage, la femme est l'absolue égale de l'homme.

La cérémonie est des plus simples:

le futur s'assied sur les genoux de sa fiancée qui simule quelque résistance.

FAMILLE PAPOUE I47

Tous deux restent ensuite plusieurs jours sans se voir ni se causer, puis des festins et des danses mettent en joie tout le clan, excepté les époux qui n'y doivent pas prendre part.

Papoues et Canaques.

Les femmes des Papous, véritable type de la négresse mélanésienne, ont, en général, le corps grêle mais bien fait, la taille médiocre et les membres faibles. La coupe du visage est longue, le front étroit, les pommettes fortes, les lèvres grosses, la bouche très fendue, le nez tantôt épaté, plus rarement saillant et recourbé, l'œil grand et vif, les sourcils bien marqués. L'ensemble des traits diffère moins de l'Européenne que la négresse d'Afrique. La chevelure laineuse leur fournit des terrains de chasse qu'elles se prêtent fort volontiers les unes aux autres. Leur peau, selon les tribus, présente diverses teintes de noir, depuis le jais jusqu'au brun foncé. Le ton plutôt rougeâtre des Canaques est dû à des croisements avec des individus de race polynésienne. D'une adresse remarquable, elles doivent à la conformation particulière des doigts de leurs pieds de pouvoir s'en servir comme d'une main pour prendre à terre les objets qui y sont posés.

Leur vêtement se compose uniquement d'un tablier végétal, n'ayant pas

tout à fait la longueur de la main, attaché au-dessous des hanches à une lanière étroitement serrée. Des tatouages variés, des ornements passés avec un à-propos discutable dans les cloisons du nez complètent leur toilette.

Les coquettes — et elles ne sont pas moins nombreuses qu'ailleurs — se teignent les cheveux en rouge, au moyen d'une mixture faite de coraux calcinés et broyés, pétris avec de la cendre de végétaux et de l'eau de mer. Leur dé m arche, naturelle d'ordinaire, se transforme, lorsqu'elles se trouvent en présence d'hommes, en un dandinement spécial qu'elles considèrent, sans doute, comme irrésistible.

Les Canaques de la Nouvelle-Calédonie appartiennent à la famille papoue et en ont les principaux caractères.

Bien faites, quoique petites, les femmes canaques peuvent, dans leur jeunesse, être dites jolies. Mais à partir de quinze ans commence, pour elles, la décrépitude qu'engendrent les mauvais traitements dont elles sont accablées et les durs travaux qu'il leur faut accomplir.

Jusqu'à six ans, l'enfant va complètement nue; à cet âge, on l'habille d'une ficelle qui passe autour de la taille et à laquelle est suspendue, sur le devant du corps, un morceau d'étoffe large comme un écu de cinq francs. Une fois mariées, elles ont

Femme aiisltalicniie.

AUSTRALIENNES l5l

droit au tapa, grande ceinture à franges qui s'enroule autour des hanches.

Une natte formant manteau les préserve du froid ou de la pluie.

Australiennes.

La malheureuse Australienne n'est guère plus favorisée, ni au moral ni au physique, que la difforme Saab de l'Afrique méridionale.

De taille ordinairement petite, bien qu'en quelques régions elle s'élève jusqu'à dépasser la moyenne, de conformation chétive, ses extrémités sont grêles et disproportionnées avec le reste du corps; les jambes sont arquées, les pieds très longs, à orteil opposable aux autres doigts, comme celui des quadrumanes; le ventre est souvent proéminent, le front comprimé, le nez épaté; les narines sont évasées, les yeux enfoncés et petits, la bouche très large et toujours ouverte, les lèvres violettes, les mâchoires saillantes, le menton fuyant. La couleur de la peau varie depuis le jaune ou cuivre foncé jusqu'au noir assez prononcé. Les cheveux tantôt longs et lisses, tantôt noirs et crépus, le plus souvent ébouriffés et frisés, ne sont jamais laineux, ce qui les distingue réellement de ceux des négresses africaines. Dans leur jeunesse, les Australiennes ne sont pas aussi repoussantes. Leurs formes, souples et

légères, ont même une certaine grâce sauvage. Mais tout s'en va au premier enfant, et, dans leur vieillesse, ce sont les créatures les plus hideuses qu'on puisse imaginer.

Complètement esclave, l'Australienne est la propriété de son mari, qui peut à son gré la frapper, la tiier ou la vendre. Il n'y a pas de cérémonie nuptiale. Les plus aisés achètent des femmes et pratiquent la polygamie, au détriment des pauvres et des jeunes gens qui ne peuvent guère s'unir qu'aux vieilles. Parfois, elles sont simplement saisies et enlevées par le premier venu qui les assomme à demi pour consommer plus aisément son rapt.

Cette race restée à l'état primitif est en voie de disparition. Avant peu, la civilisation occidentale, qui la décime chaque jour et qui, déjà, a anéanti les derniers Tasmaniens, recueillera soigneusement, pour la faire figurer dans un musée d'ethnographie, la dépouille du dernier des indigènes de l'Australie.

Femme japonaise.

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