‹ Toutes les femmesChapitre 7 sur 16 · LES JAPONAISES · texte numérisé non relu

LES JAPONAISES

Les Japonais proprement dits, dont il faut distinguer les Aïnos, et auxquels une légende nationale donne pour ancêtres trois cents jeunes hommes et trois cents jeunes filles envoyés de Chine par l'empereur Tsinchi-hoang-li, à la recherche de la «fleur d'immortalité », sont en réalité le produit d'un mélange de races dans lequel se sont rencontrés desNégritos, des Jaunes, Chinois ou Mandchoux, et des blancs de diverses origines. On peut dire qu'il n'y a pas un type japonais mais bien deux : celui des paysans et celui des nobles; ils se distinguent mieux encore chez les femmes que chez les hommes et, entre eux, se manifestent de multiples types intermédiaires.

La Japonaise, en général, est de taille moyenne, plutôt petite; son corps est plus grêle, sa poitrine d'un contour plus faible que chez l'Européenne; les attaches sont d'une grande finesse et, si les genoux sont très écartés, c'est par suite de l'habitude qu'ont

les mères de porter les jeunes enfants sur leur dos, en leur attachant les pieds sur le côté. Cette disposition particulière permet d'ailleurs à une femme de se reposer, à genoux, assise sur les talons, la pointe des pieds tournée en dedans. Placer les pieds de cette façon en marchant, constitue même le summum de rélégance.

Les Japonaises du type paysan ressemblent assez à la généralité des Asiatiques d'Extrême-Orient. Leur rîgure est large et plate; elles ont le front bas, le nez écrasé entre les pommettes saillantes, les yeux presque droits, la bouche constamment à demi ouverte. Celles du type noble ont la peau plus blanche, la face plus ovale, le front plus haut; la bouche est mince et surmontée d'un nez aquilin; la saillie des pommettes est presque nulle; des paupières sans relief com priment les yeux très petits et les font paraître légèrement obliques. C'est ce dernier type que les poètes ont chanté, que les peintres désireux de flatter l'aristocratie ont reproduit en en exagérant les traits dont ils ont fait les attributs de la parfaite beauté.

Dans l'ensemble, si firrcgularité des lignes ne satisfait pas toujours pleinement notre regard, la douceur du coup d'oeil, jointe au charme du sourire dégage, une grâce séductrice. Il en est qui, pour la fraîcheur du teint, délicatement rosé, pourraient rivaliser

Femme j-ifonaise.

JAPONAISES IDQ

avec les plus jolies des femmes d'Europe et c'est à juste titre que Kioto, par exemple, peut, ainsi que la plus grande partie de la région méridionale de l'Empire, s'enorgueillir de donner naissance à de véritables beautés.

Malheureusement, la vieillesse vient vite pour elles. A trente ans, les rides ont déjà creusé leur sillon sur un visage où le feu des yeux révèle seul une jeunesse persistante.

Plus que les hommes, les femmes, même celles des hautes classes, sont restées jusqu'ici fidèles à leur costume. national. Elles continuent à édifier leur chevelure en un volumineux chignon, mêlé de cheveux postiches, qui dotiMiie deux ailes retenues par une toutïe de cheveux relevée au-dessous du front; la stabilité du tout est assurée par un peigne en écaille, des nœuds d'étoffe et de longues épingles très ornementées. La coiffure d'une belle Japonaise demande une demijournée de travail. Les femmes du peuple, qw ne peuvent y consacrer leurs soins qu'une ou deux fois par semaine, dorment sans oreiller, la nuque posée sur un chevalet, afin que la tête ne touche ni aux nattes, ni aux étoffes sur lesquelles elles reposent.

D'une propreté exemplaire, eles font un usage fréquent des réservoirs d'eau et des auges de pierre qui, à défaut de sailes de bains, se rencontrent dans toutes les maisons. On eut leur re-

îGo TOUTES LES FEMMES

procher un goût exagéré pour les fards : blanc minéral qui recouvre leur visage et leur cou, carmin avivant l'éclat de leurs joues, noir dont elles rehaussent leurs sourcils, feuilles d'or que parfois, au lieu de carmin, elles appliquent sur leurs lèvres. Les jeunes filles ont, le plus souvent, de jolies dents blanches; mais, dès qu'elles se marient, elle les revêtent d'une épaisse couche de laque noire. Il paraît que les Japonais trouvent aux dents noires un charme tout spécial.

Les règlements sévères qui fixaient jadis la coupe et la couleur des vêtements pour toutes les classes et pour tous les rangs ont été abolis, mais le kimono, dont la forme est la même pour tous, est resté le costume national. C'est une robe de soie ou de coton, que recouvrent des broderies ou des dessins, et dont les larges manches servent de poches et peuvent se remplir de cahiers de papier destinés à serv'ir de mouchoirs et de serviettes. Cette robe est maintenue à la taille par une large ceinture, en étoffe épaisse, aux couleurs vives, formant dans le dos un nœud énorme d'un pied de large. ^

Le mariage au Japon est, comme en Chine, un lien très étroit pour la femme, très peu gênant pour l'homme.

Outre qu'il tolère la polygamie par l'institution des mekakes qui peuvent être adjointes à la grande femme, il

Fciiiine jjfoiuiise.

JAPONAISES l63

donne au mari le droit de répudier sa femme, presque à son caprice. Moins jalousement surveillées cependant que les Chinoises, les Japonaises peuvent sortir à peu près librement en public; elles sont traitées avec ménagements et, dans les classes élevées de la nation, elles doivent, en général, à la bonne instruction qu'elles ont acquise comme aux qualités qui leur sont propres, une réelle considération. Ce sont d'excellentes ménagères, de fidèles épouses, des mères pleines de soins attentifs pour leurs enfants qu'elles adorent.

Celles d'entre elles qui ont contracté avec des Européens des unions temporaires ont réussi à les séduire par les prévenances dont elles les entouraient, par les vertus d'ordre, de propreté, de bonne tenue domestiques, grâce auxquelles elles assuraient le confort du ménage.

Les lois anciennes permettaient au père ou au mari d'une fille ou d'une femme de la vendre à leur guise. De récents décrets ont aboli ce droit, mais le père, s'il ne peut plus vendre sa fille, est toujours libre de la louer et il ne s'en prive pas.

Les parents d'une petite fille la louent dès l'âge de douze ou treize ans, pour trois, cinq ou sept années, à un prix qui varie entre 5oo et i ooo francs, aux tenanciers d'un yochiwara.

Là, dans un quartier spécial, le long

de voies très brillamment éclairées la nuit, dans une maison élégante, au rezde-chaussce surélevé et séparé de la rue par une simple grille de fer ou de bois, elle attendra la clientèle, peinte et fardée, recouverte d'un riche costume aux couleurs éclatantes, buvant du thé, fumant de mignonnes pipes. La maison se charge de l'entretien de ses pensionnaires et donne aux mieux douées d'entre elles l'éducation qui doit leur permettre de devenir des artistes, des giieiclias.

La jeune fille n'est en rien déshonorée par ce passage dans une maison de débauche; au contraire, si elle s'y est résolue d'elle-même, dans le but de secourir la misère de ses parents, elle s'en trouve grandement honorée.

Son engagement terminé, elle quitte le yochiwara pour rentrer au foyer paternel et la dot qu'elle a gagnée lui permet de se marier avantageusement.

Il y a bien des chances, d'ailleurs, pour qu'elle fasse une excellente mère de famille, modèle des vertus conjugales.

LES OCEANIENNES

Malaises.

Pendant longtemps, les Malais ont été regardés comme originaires de l'étroite péninsule de Malacca qui a gardé leur nom. On sait aujourd'hui qu'ils ne s'y sont installés qu'à une époque assez récente. On les retrouve dans tout l'archipel que nous nommons la Malaisie, sans tenir compte des similitudes de types et des ressemblances de mœurs avec des peuples habitant en dehors de cet archipel.

Il est à remarquer toutefois que, dans les îles de la Sonde même, ont subsisté des tribus de race indonésienne qui, très probablement, ont été refoulées dans les forêts et les montagnes par les Malais envahisseurs : tels sont les Battaks de Sumatra, les Dayaks de Bornéo, les Alfourous des Célèbes, etc., etc.

Les femmes malaises sont, en général, de taille moyenne ou petite, mais

l66 TOUTES LES FEMMES

leur corps est robuste autant que souple, leur teint est d'un rouge brun, parfois olivâtre et tirant sur le jaune, chez celles qui n'ont point à subir l'influence de l'air et du soleil. Les membres sont remarquablement bien proportionnés, les attaches fines, les mains et les pieds très petits, la poitrine superbement développée. Le visage, aux pommettes saillantes, est plutôt rond qu'ovale; les yeux sont petits, légèrement bridés, le nez petit avec de larges narines, les lèvres un peu épaisses. L'ensemble de la physionomie dénote l'intelligence, la finesse et la fierté.

Elles se coiffent en relevant leurs cheveux, rudes et d'un beau noir, sur le sommet de la tête où ils sont maintenus par de longues épingles de corne ou de cuivre. Leurs dents, naturellement très blanches, sont, comme dans tout l'Extrême-Orient, noircies à l'aide de diverses substances dont la plus commune est le bétel.

Les mères prévoyantes et coquettes de leur progéniture prennent grand soin d'enlever à leurs enfants l'émail qui recouvre la partie ailtérieure des dents. Si on leur demande la raison de cette coutume, elles répondent que « les dents blanches sont des dents de chien ! » Et elles ne veulent pas que, plus qu'elles-mêmes, leurs chers petits aient des dents de chien.

Le costume ordinaire est formé

d'une pièce d'étoffe enroulée de diverses façons. Dans l'intérieur des maisons, les femmes gardent souvent le sein de'couvert. Les dames de la noblesse, qui ne se montrent que rarement en public, se font remarquer par les bracelets d'or et d'argent et les colliers de coraux et de fils de cuivre dont elles entourent leurs bras et leurs jambes. En quelques îles, presque toutes les parties de leur corps sont marquées ou tatouées de petits points noirs en forme de fleur, pratiqués avec un instrument pointu trempé dans de l'indigo.

Pour les grandes fêtes, elles sortent du harem vêtues d'un pagne qui leur descend jusqu'aux pieds et que recouvre encore une longue robe ne s'arrêtant qu'à mi-jam'oe, fermée sur la poitrine par des épingles d'or. Elles se parfument d'essences et d'huiles odorantes. Leurs habillements exhalent le benjoin et le bois de sandal. Elles mâchent même du kakioudel , qui donne à l'haleine une odeur suave.

Cette passion pour les parfums est poussée si loin, parmi ces femmes, qu'elles jonchent leurs lits de fleurs embaumées; elles en font des guirlandes, des colliers et des bracelets. Les fleurs ne sont pas seulement un ornement pour les Malaises : elles deviennent un langage. La manière de plier une fleur ou des feuilles de bétel a pour elles, comme pour ceux de qui elles veulent se faire comprendre, une si-

l68 TOUTES LES FEMMES

gnification qui pourrait souvent, à bon droit, inquiéter leur maître et seigneur.

Amoureuses, elles ignorent, de même que les Japonaises, un des chapitres les plus exquis de l'art d'aimer.

Le baiser leur est inconnu. Mais, alors que la gracieuse Mousmé s'enfuit en poussant des cris d'effroi, croyant que l'on veut la mordre, la belle Malaise, au contraire, si un galant fait mine de pencher son visage sur son visage, s'approche, frémissante d'aise. Ce n'est pas la bouche de l'amant qui, brûlante, se posera sur sa peau, c'est son nez; les narines dilatées, il aspirera le parfum de celle qu'il aime et cette odeur capiteuse lui semblera s'exhaler de la plus enivrante des fleurs.

Trois sortes d'unions conjugales sont pratiquées : le mariage Djoudjuiir, le mariage par Ambel-anak et le mariage Semoundo. Le djoudjour est un prix d'achat donné en retour de l'épousée, au moyen de quoi elle devient la propriété du mari. Quelquefois ce prix stipulé se compense d^ns les familles où l'on a, tout à la fois, des garçons et des filles à établir : c'est ainsi qu'un homme, étant considéré comme ayant un droit de propriété sur ses sœurs, peut se procurer une femme en en donnant une en échange. En cas de divorce ou de répudiation, l'époux peut réclamer la valeur du djoudjour,

alaise.

moins 25 piastres. Le mariage par ambel-anak détermine une position inverse : c'est le jeune homme qui, moyennant une faible indemnité, devient le commensal et l'hôte du beaupère. Sa femme est alors le chef du ménage; elle répond de ses dettes, paie des amendes quand il en encourt.

Le mari vit ainsi dans un état intermédiaire entre celui de fils et celui de débiteur. Ce qu'il cultive n'est point à lui, ce qu'il gagne est versé dans la caisse commune. Ce régime de famille et de parenté maternelles, qui est le plus ancien, domine encore généralement. Enfin, le mariage semoundo, terme moyen entre l'ambelanak et le djoudjour, est simplement l'alliance libre, établie sur le pied de réciprocité, et présentant une grande similitude avec notre mariage par contrat : les époux sont égaux et leurs droits respectifs garantis par un accord conclu entre les familles.

La polygamie est, chez les Malais, plus rare que dans les autres nations musulmanes. Les chefs seuls contractent plusieurs alliances par djoudjour. A Timor, les filles sont simplement vendues contre de l'or ou du bétail. Si le gendre ne remplit pas les promesses qu'il a faites, le beau-père reprend sa fille et les enfants qui ont pu résulter de l'union ainsi rompue.

Dans la presqu'île malaise, ce n'est pas le jeune homme qui se cherche une épouse; c'est la mère de la jeune

fille qui se met en quête d'un gendre; le mari n'a aucun droit sur la fortune de sa femme et, si la dot qu'il a apportée n'est pas au moins égale aux biens qu'elle possède, c'est elle qui a la propriété des enfants.

Les peines édictées, en cas d'adultère, frappent toujours beaucoup plus lourdement la femme que l'homme.

Elles comportent presque constamment la mort et la jalousie malaise ne plaisante pas. A Lombock, par exemple, une femme risque sa vie en acceptant d'un étranger un cigare ou une fleur. A Achim, on livre la coupable aux parents de l'offensé, qui forment autour d'elle un cercle serré. Alors on lui donne uiie arme avec laquelle elle doit s'ouvrir un passage au travers, de ses exécuteurs; si elle y parvient, elle est désormais à l'abri de toute poursuite; mais, d'ordinaire elle est mise en pièces au même moment.

Dans toute la Malaisie, l'existence de la femme est vouée au travail; elle n'a cependant que rarement à subir de mauvais traitements. Aux îles Bow, elles vont cueillir les noix de pandanus ou bien chercher sur les récifs de corail des coquillages comestibles.

En revenant à la case, elles ont à préparer le repas des hommes qui dévorent les meilleurs morceaux jetant seulement aux femmes, comme à des animaux domestiques, lés restes de

Femme lagale.

leur repas. C'est là, d'ailleurs, une coutume assez commune dans les peuplades primitives.

Tagales.

Les Tagals qui, aux Philippines, sont la race dominante, au moins par l'intelligence, se trouvent être, à l'heure actuelle, un des peuples les plus civilisés de l'Asie.

Le type est malais ; petit, mais bien proportionné; le front est bas, le nez un peu épaté, les pommettes fortes, la bouche large, les lèvres épaisses, mais de beaux yeux noirs fendus en amande illuminent un visage gracieux et fin. Les belles Tagales sont charmantes à voir quand elles déambulent, sveltes et vives, par les rues de Manille, avec le balancement des hanches qui leur est particulier et contre lequel ont été impuissantes les éloquentes imprécations des moines espagnols.

Presque toutes portent une longue jupe traînante que serre, autour de la taille, une large pièce de soie noire; le buste est recouvert d'une chemisette flottante de batiste ou de toile fine, décolletée à souhait. Il est vrai que, sur la chemisette, flotte, plutôt qu'il n'est posé, un fichu brodé ; mais ce fichu peut passer pour un raffinement de coquetterie, car il n'est point attaché par devant et les deux côtés ainsi

que les deux bouts, pendent négligemment sous les bras. Les cheveux, d'un beau noir et soigneusement lavés avec des huiles odoriférantes, sont parfois relevés en un chignon opulent; parfois aussi, ils, ruissellent en cascades de jais jusqu'à la chute des reins. Peu de femmes peuvent s'enorgueillir d'aussi belles chevelures; il n'est pas rare d'en voir qui touchent terre quand leur propriétaire se tient debout.

On conçoit fort bien que d'aussi agréables créatures aient sur leurs heureux possesseurs le plus grand ascendant. D'une propreté méticuleuse, bonne ménagère, douée d'un goût exquis pour la décoration de son intérieur, l'épouse tagale décide, taille et rogne au mieux des intérêts de la communauté.

Si jamais le hasard d'une promenade à travers le monde vous conduit jusqu'à l'île de Luçon, peut-être nous saurez-voùs gré de vous révéler le secret au moyen duquel les jolies Indiennes en quête d'aventures trouvent le moyen d'entrer en conversation ?

Tout le monde fume le cigare à Manille, les femmes comme les hommes. Bien rarement on en rencontre dans la rue qui n'aient pas un cigare à la bouche. Le galant cherchant forlune a, lui aussi, son cigare; mais il est éteint. Lorsqu'il rencontre une

Femme javanaise.

femme d'allure sympathique, il l'aborde et lui demande la permission de prendre de son feu. La belle, sans faire de façons, prend le cigare, à la mode espagnole, et l'approche du sien; pendant ce temps, on a toute liberté d'entamer un dialogue que la femme peut faire durer le temps qu'il lui plaît; elle n'a qu'à ne pas se hâter d'allumer le cigare.

Javanaises.

Les peuples qui habitent l'île de Java appartiennent, eux aussi, à cette race malaise qui s'est répandue sur la longue chaîne d'îles se prolongeant de l'extrémité occidentale de Sumatra à la pointe sud de Timor. Les femmes beaucoup plus petites que les hommes sont, comme eux, robustes et bien prises, sveltes, élancées, néanmoins avec des membres un peu graciles ; leur visage aux traits délicats est d'un ovale plus régulier que chez la plupart des Malaises, leurs yeux sont bien ouverts et très horizontaux, le nez est droit et peu saillant, les pommettes peu apparentes; elles ont la bouche large, les yeux petits, mais vifs et d'un beau noir, les cheveux très bruns et fort longs. Leur teint varie du jaune pâle à l'olivâtre foncé; celui qui est l'apanage des beautés renommées est d'un jaune d'or, et ce teint orangé est chanté dans les poé-

l80 TOUTES LES FEMMES

sies javanaises, de même que « les lis et les roses », qui embellissent celui de nos dames, sont célébrés dans nos madrigaux et dans nos romances.

Elles s'habillent d'une jupe à carreaux que recouvre un vêtement serrant le haut du corps, à la façon d'un spencer un peu allongé. Ainsi que les hommes, elles marchent pieds nus; mais, tandis que ceux-ci se coiffent d'un mouchoir roulé en forme de turban, celles-là se contentent de relever sur le sommet de la tête leurs longs cheveux tressés, pour se garantir des ardeurs du soleil. De larges pendants d'oreilles sont un complément indispensable de leur toilette.

Peut-être jugera-t-on curieuse, comme caractéristique de la civilisation indigène, la description d'une beauté javanaise, écrite, il y a plus de cinq siècles, avant l'introduction du mahométisme dans ces régions. C'est un des morceaux les plus appréciés de la littérature malaise qui n'est pas sans compter quelques chefs-d'œuvre. Le poète, naturellement, parle de celle qui lui a ravi son cœur.

« Son visage a l'éclat de la lune; la splendeur du soleil est éclipsée par sa présence, elle lui a dérobé ses rayons. Elle est tellement belle qu'on ne peut décrire sa beauté. Rien ne manque à sa taille; ses cheveux, lorsqu'ils ne sont pas attachés, tombent à ses pieds

FAMILLE MALAISE l8l

en boucles noires ondoyantes. Ses sourcils sont comme deux feuilles de l'arbre appelé imbo; ses yeux sontétincelants ; son nez est aquilin; ses dents sont noires, brillantes et bien rangées; ses lèvres sont de la couleur de Técorce fraîche du mangoustan ; ses joues ressemblent à la forme du douran.

Ses deux seins, semblables à l'ivoire, sont parfaitement ronds et s'inclinent l'un vers l'autre. Ses bras sont comme un arc; ses doigts longs et tîexibles ressemblent aux épines de la forêt; ses ongles sont des perles, sa peau est d'un jaune éblouissant; son pied est aplati sur la terre, sa démarche est majestueuse comme celle de l'éléphant. Cette belle personne était parée d'un chinditapola de couleur verte, entouré d'une ceinture d'or; à son doigt était une bague, production de la mer; ses boucles d'oreilles étaient d'émeraudes enchâssées de diamants ; l'épingle qui attache ses cheveux était d'or; un rubis enchâssé d'or et d'émeraudes la terminait ; son collier était formé de sept pierres précieuses. Elle était parfumée de manière qu'il était impossible de distinguer l'odeur d'aucun parfum. »

Comme dans toutes les contrées où règne l'islamisme, la polygamie est pratiquée à Java, mais l'usage en est restreint aux hommes des classes riches, qui ont seuls la faculté d'avoir des femmes à prix d"or et d'entretenir

l82 TOUTES LES FEMMES

un harem. D'ordinaire, les princes et les chefs du premier rang ont quatre femmes légitimes, outre les servantes; les chefs d'un rang inférieur n'ont que deux femmes, trois au plus; enfin, le simple habitant des caynpoyigs ou villages doit se contenter d'une seule épouse. Il est vrai que la loi, très facile sur ce point, permet de nombreux divorces; il n'en coûte à l'époux désireux de recouvrer sa liberté qu'une somme variant, selon l'espèce, de cent à deux cent cinquante francs; mais souvent la femme, soit qu'elle ait des enfants, soit que, grâce aux qualités, qu'elle possède généralement, d'ordre, de travail et d'économie, elle ait réussi à s'emparer de l'autorité dans le ménage, parvient à faire renoncer son mari à l'exercice de cette liberté.

Les princes et les grands chefs ont une première femme en titre qu'ils ne répudient presque jamais, parce qu'elle est généralement d'une famille égale par son rang à celle de l'époux. Dans ce cas, les conventions matrimoniales ont été stipulées de telle sorte que des causes majeures peuvent seules motiver un divorce. Une femme de cette classe jouit, d'ailleurs, de certaines prérogatives ; elle reçoit les mêmes témoignages de respect que son mari, fait les honneurs de son palais, y est la souveraine des autres épouses, dont elle arbitre les prétentions et les droits. La règle du harem est mpins stricte

FAMILLE MALAISE l83

que dans les pays arabes ou turcs. Des e'trangers, des Européens même ont été admis à y pénétrer.

Quant aux femmes du peuple, elles circulent librement, sans être voilées, se livrant à leur guise à tous les métiers que leur grande habileté leur permet d'exercer. Celles qui ne sont pas épuisées de travail ont plus d'intelligence, d'énergie et de fierté que les hommes.

La cérémonie du mariage sert toujours de prétexte au déploiement d'un très grand luxe. C'est là surtout que la toilette javanaise révèle toutes ses splendeurs. Couvert, de la ceinture aux talons, d'un magnifique pagne; les bras et le buste nus , mais garnis de bracelets et de plaques d'or; coiffé d'un diadème dentelé, d'où tombent plusieurs rangs de perles, le fiancé marche en avant du cortège qui se rend au temple où l'imam doit bénir son union. La fiancée le suit, vêtue comme lui de ses atours les plus beaux : long pagne avec un justaucorps prenant au-dessous des bras et retenu par une ceinture; sa gorge est à demi découverte, ses bras sont nus; comme lui encore, elle est parée de plaques d'or, de bracelets et d'un diadème.

De même que l'Inde, Java a ses bayadères. Elles prennent part aux grandes fêtes, aux divertissements

donnés par les riches, drapées dans de riches étoffes, la tête coirtée de casques dorés.

Le haut du torse, les bras, les jambes et les pieds sont nus et, ainsi que le visage, recouverts d'une couche de safran; les cils, les sourcils sont teints, les yeux maquillés. On ne saurait dire qu'elles dansent; leurs évolutions ;se bornent à de lents mouvements cadencés des bras, du buste et de la tète, mais les jambes restent immobiles et les pieds ne quittent pas le sol.

Par contre, les danses populaires, auxquelles prennent part les hommes et les femmes des classes inférieures, sont d'une joyeuse animation.

Près de Java est l'ile de Bali ou Petite Java. Sœurs de race des Javanaises, les Balinaises sont plus grandes et plus fortes. Le goitre les dépare trop souvent, mais il n'est jamais accompagné du crétinisme, comme dans les Alpes ou dans les Pyrénées.

En dépit de l'instruction qui leur est donnée et qui atteint parfois un niveau relativement très élevé, elles vivent dans un complet état d'avilissement, considérées uniquement comme un objet de trafic.

Le régime des castes sévit, à Bali, dans toute sa rigueur. Jadis, une fille de Brahmane qui se laissait courtiser par un amant d'un rang inférieur encourait la mort par le feu. Les maeistrats hollandais eux-mêmes doi-

Femme j^vanaisi.

FAMILLE INDONÉSIENNE 187

vent céder, sur ce point, au préjugé général, et prononcer la peine du bannissement contre les jeunes gens qui enfreignent les limites des castes. Par contre, les hommes appartenant aux classes supérieures peuvent, à volonté, prendre des femmes de naissance moins élevée; la noblesse du père se transmet à ses descendants.

Il y a peu de temps, la barbare coutume du suicide des veuves faisait encore des victimes. La tlamme du dernier sutti s'était, depuis vingt ans, éteinte dans l'Inde, que des malheureuses montaient encore, à Bali, sur le bûcher qui consumait le corps de leur époux défunt.

Indonésiennes.

Plus grandes que les Malaises et mieux musclées, les femmes des races purement indonésiennes ont le teint plus clair, le nez plus saillant, le front plus élevé. Leur mâchoire est légèrement prognathe, mais leurs yeux sont parfaitement horizontaux. Les mieux connues d'entre elles sont les Battas ou Batfakas de Sumatra et les Dayakes de Bornéo.

Les Battas jouissent d'une civilisation très ancienne qui s'est à peu près parfaitement conservée. Leurs coutu-

l88 TOUTES LES FEMMES

mes admettent cependant l'anthropophagie à laquelle ils ont donné un caractère judiciaire. Leur code relève les cas où l'on peut manger de la chair humaine; il condamne, entre autres, à être dévorés vivants ceux qui se rendent coupables d'adultère et ceux qui, étant de la même tribu, se marient ensemble, les contractants étant censés descendre du même père et de la même mère.

Le mariage se pratique, en général, par achat. Mais il n'est pas rare de voir la femme acquérir son époux.

Celui des deux époux qui a été acheté devient une véritable propriété mobilière susceptible d'être léguée ou même saisie et vendue, sur requête d'un créancier.

Les Dayakes, qui forment la plus grande partie des habitants de l'île de Bornéo, ne doivent pas être confondus avec les Pounans, tribus sauvages, vivant au plus profond des forêts, fuyant tous rapports avec les autres races et qui ne sont autres que ces hommes à queue, sur lesquels les anciens voyageurs ont raconté de si merveilleuses histoires. "«

Les femmes dayakes se recouvrent les bras, les mains, les pieds, les jambes, parfois même la poitrine, de beaux tatouages bleus qui ressortent admirablement sur le fond cuivré de leur peau. Elles se liment, se teignent et se perforent les dents pour y en-:

Femme des îles Marquises,

FAMILLE OCEANIENNE IQI

chasser 'des morceaux d'or. Aux lobes de leurs oreilles pendent des morceaux de bois, des anneaux, des croissants de métal qui retombent sur leurs épaules.

Ce sont des beautés cruelles. Libres de choisir leur époux, elles n'agréeraient pas un jeune homme qui se serait montré inhabile à la chasse aux têtes. Cette chasse est un sim.ple assassinat. On s'embusque pour tomber sur le premier passant venu afin de lui couper la tête. Le trophée est offert tout sanglant à la timide fiancée qui le plonge dans Peau et se lave ensuite dans cette eau toute rougie. La tête de la victime, préparée et ornée comme un objet d'art, est destinée à décorer le foyer conjugal.

Une autre coutume, également cruelle, veut que les filles de familles nobles soient, dès l'âge de huit ou dix ans, enfermées dans une étroite cellule où elles restent étroitement détenues, sans voir ni parents ni amis, jusqu'à ce qu'elles soient en âge d'être mariées. Lorsqu'elles sortent de cette prison, faibles, le teint pâli, on les arrose du sang d'un esclave, sacrifié pour la circonstance; elles sont alors dignes d'être présentées à un riche prétendant.

Polynésiennes.

La race polynésienne, comme l'indique son nom, occupe de nombreux

iga TOUTES les femmes

groupes d'îles, disse'minés dans les régions intertropicales de l'océan Pacifique. Les peuples qui la composent sont restés ignorés des Européens jusqu'à la fin du dix-huitième siècle et, à l'époque où les voyages de Cook, de Bougainville et de la Pérouse en révélèrent l'existence, certains d'entre eux étaient restés des primitifs, au sens propre du mot, et n'avaient pas dépassé l'âge de la pierre polie.

Depuis la découverte, le type ancien, qui s'affirmait comme relativement homogène d'un bout à l'autre du monde polynésien, s'est, en maints endroits, européanisé. La stature est haute, plus encore à l'ouest qu'à l'est, les muscles forts, l'embonpoint fréquent; la couleur de la peau varie du blanc jaunâtre à la teinte cuivrée; le visage est ovale et allongé, le crâne large, les oreilles grandes, le nez, droit ou aquilin, un peu épaté aux narines, les yeux horizontaux et bien ouverts, les lèvres épaisses mais bien dessinées.

Poétique, joyeuse, aimant la musique et la danse, cette race a supporté difficilement le cc5ntact des Européens. Ses nouveaux maîtres lui ont communiqué des maladies et des vices qui l'ont décimée; les mœurs d'importation auxquelles il lui taut s'habituer, les vêtements dont les missionnaires, propagateurs de notre morale, lui enjoignent de se vêtir, sont également des facteurs de sa régression physique.

temine fidjienne.

FAMILLE OCEANIENNE IQD

Il est à espérer, cependant, que cette pe'riode de décadence n'est que passagère, et que, s'accoutumant peu à peu à des modes d'existence inconnus de leurs ancêtres, les Polynésiens trouveront dans la civilisation qui leur fut un peu brutalement imposée une bienfaitrice et non plus un bourreau.

Comme dans presque toutes les sociétés primitives, le rôle social de la femme est, en Polynésie, celui d'un être inférieur. Aux îles Samoa seules elle jouissait d'un certain respect.

Chaque village y avait sa patronne, ordinairement la fille du chef; dans les fêtes civiles ou religieuses, elle représentait la communauté; le soin de recevoir les étrangers lui était dévolu ; par sa grâce et par sa beauté, elle était la vivante image de toutes les divinités bienfaisantes qui devaient assurer le bonheur de la tribu.

Partout ailleurs, la femme subissait le dur joug du maître. C'est elle surtout que frappaient les prohibitions de la loi du tjboii. On connaît cette bizarre institution religieuse par laquelle, soit temporairement, soit d'une façon permanente, il était interdit, sous peine de mort, de toucher ou même de regarder certains individus, certains animaux, de se servir de certains objets, de traverser certains lieux.

Ce sont les filles dont l'infanticide, jadis pratiqué en grand , réduisait

ig^ TOUTES LES FEMMES

surtout le nombre, à tel point que le beau sexe ne formait parfois qu'un quart, ou même qu'un cinquième de la population totale.

Dans presque toutes les îles, les hommes et les femmes ne pouvaient manger ensemble. Leurs aliments différents étaient préparés sur des foyers séparés. Seuls, les dieux et les hommes avaient droit de se nourrir de viande de porc; les femmes devaient se contenter de la chair du chien et d'une sorte de ragoût fait des fruits de l'arbre à pain et du lait des noix de coco.

11 est à remarquer, cependant, que la féodalité polynésienne admettait, en général, les femmes à gouverner au même titre que les hommes lorsqu'elles s'y trouvaient appelées par droit d'hérédité.

De l'aveu de tous les voyageurs, les plus beaux types féminins de cette race se rencontrent aux îles Hawaï et surtout aux îles Marquises. Les Hawaïennes ont les traits tins et réguliers, de beaux yeux noirs et de superbes cheveux bouclés, mais leurs sœurs des Marquises sont grandes, sveltes, et la couleur légèrement cuivrée de leur peau ne les dépare pas, môme à des yeux européens.

Coquettes et dissolues, elles sont peu portées à considérer la chasteté comme une vertu. Jeunes filles, elles pratiquent à leur gré Tamour libre et

FAMILLE OCEANIENNE IQ7

les petits bénéfices que peut leur valoir la ginérosité de leurs compagnons de passage viennent accroître le pécule de la tamille ou la liste civile du chef. Mariées, elles doivent à leur époux une fidélité au moins relative dont celui-ci est parfois le premier à les affranchir, estimant bien sot quiconque dédaigne une occasion de profit.

Ces mœurs, qui ont valu aux Polynésiennes-une renommée d'amabilité très appréciée des matelots, étaient générales dans toute cette région du Pacifique. Le mariage même n'y était guère considéré que comme une union temporaire; sa conclusion ne comportait presque aucune cérémonie; chez les che!"s seuls on l'accompagnait d'un imposant apparat, qui ne rendait pas, d'ailleurs, le lien conjugal plus solide. Dans toutes les îles florissaient à la fois le divorce et la polygamie; à Nouka-Hiva subsistaient des unions polyandriques. Certaines femmes, de classe riche, étaient bigames : Tun des maris était le principal, le mari-chef; l'autre était un mari suppléant. Les reines, surtout, avaient ainsi un époux secondaire qui portait fièrement le titre d'(( allumeur du feu du roi »; sa mission, toute de confiance, était de remplacer Sa Majesté, lorsqu'elle s'absentait, auprès de la souveraine, afin que celle-ci n'ait jamais à supporter les affres de la solitude.

Sous l'influence des missionnaires.

igS TOUTES LES FEMMES

cette morale tend peu à peu à se réformer, à la grande joie des puritains à la mode d'Europe, au grand dam des amateurs de pittoresque.

A Taïti, surtout, dans cette terre enchanteresse que les marins de Bougainville avaient nommée la Nouvelle Cythère, Tamour e'tait, et — en dépit d'une christianisation plus apparente que réelle — est resté encore le souci le plus important de la vie. Une société aristocratique, celle des aréois, sorte de franc-maçonnerie à la fois religieuse et libertine, ayant ses épreuves d'initiation, ses mots de passe, ses mystères et sa hiérarchie, n'avait pas d'autre but que d'assurer à ses membres l'absolue satisfaction de leurs désirs affectueux. Très respectés, accueillis partout avec le plus profond respect, les aréois donnaient des représentations, des fêtes; leur existence se passait en danses et en jeux de toutes sortes. Jamais ils ne se mariaient : des femmes dépendant de l'ordre leur étaient communes, en même temps qu'elles étaient tabouées pour tous les profanes. La société n'admettait pas les enfants; tous ceux qui naissaient dans son sein étaient impitoyablement mis à mort.

Sous un climat moins chaud et moins humide, et aussi par suite de leur mélange ethnique avec des envahisseurs papous, les Maoris de la Nou-

FAMILLE OCEANIENNE I99

velle-Zélande ont acquis un degré d'énergie et de vigueur remarquable. Moins agréables que les autres Polynésiennes, les Néo-Zélandaises manquent d'expression et de délicatesse dans le visage, leurs membres sont trop gros, leur poitrine trop forte, leur taille trop courte et trop ramassée. Dès qu'elles deviennent mères, elles perdent toute la fraîcheur de la jeunesse. Il en est qui, plus favorisées, conservent leurs traits gracieux, leurs longs cheveux noirs, leurs yeux pleins de feu et de vivacité; ce ne sont cependant que de très rares exceptions.

Les jeunes filles maoris ne sont guère plus réservées que les Taïtiennes, mais dès qu'elles sont mariées, elles perdent toute liberté. Elles acquièrent même un très vif sentiment de la fidélité conjugale qui se retrouve jusque chez les esclaves s'en venant offrir leurs faveurs à bord des navires ; qu'un matelot déclare à l'une d'elles qu'il la prend pour femme, à l'instant même elle s'impose les devoirs que commande ce titre et rien ne saurait l'y faire manquer. Il n'est pas rare devoir des veuves désespérées se donner volontairement la mort, et celles qui accomplissent cet acte d'héroïsme sont un grand objet d'admiration.

Quelquefois, mais bien plus rarement, c'est le mari qui s'immole sur le cadavre de sa femme. La veuve qui se remarie encourt une sorte de déchéance et, pour éviter cet affront, les

tOO TOUTES LES FEMMES

amis du défunt et ses propres parents vont parfois jusqu'à la mettre à mort.

En quelques îles, aux Marquises et à Nouka-Hiva, par exemple, la veuve devait séjourner pendant plusieurs mois auprès du cadavre de son mari, l'oindre d'huile de coco, le tenir constamment propre et le transformer en une momie sèche et parfumée. 11 lui était strictement interdit, tant qu'elle n'avait pas terminé ce travail, de se laver elle-même.

Ressemblant beaucoup aux Polynésiennes, les Micronésiennes ont le visage moins allongé, le teint plus foncé, les cheveux moins longs et parfois frisés, le nez plus rarement aquilin et les narines plus larges; mais leur bouche est plus jolie et leurs lèvres sont, en général, plus fines.

Leurs mœurs, sauf aux îles Palaos, sont également empreintes d'une douce facilité. Aux Mariannes, les jeunes filles ont toute licence d'appreniire à conjuguer le verbe « aimer » avec qui bon leur semble; fût-ce avec leurs frères, elles ne sont passibles d'aucun blâme.

Le mariage leur impose des devoirs plus étroits ; il est vrai que, dans le ménage, c'est la femrile qui porte la culoite. A-t-elle à se plaindre de son mari, elle court quérir ses voisines, puis avec leur aide, dévalise le malheureux qu'elle abandonne pour reprendre sa liberté.

Femme ha»\x'unne.

iHH

■màâ

Indiennes de l'Amérique du Nord.

Toutes les peuplades indigènes de l'Amérique, des mers glaciales du Septentrion au cap Horn, présentent, si l'on en excepte les Esquimaux, des traits de parenté indéniables. A travers les différences de milieu et de climat, de mœurs et de langues, de genre de vie et de civilisation, qu'elles habitent les rives glacées de la baie d"Hudson ou les torrides vallées des affluents de l'Amazone, qu'elles vivent de culture ou de chasse, qu'elles soient à demi policées ou sauvages, certains caractères physiques les rapprochent les unes des autres et affirment la similitude d'origine, la communauté de la race : un teint jaune, tantôt rougeâtre, tantôt nuancé d'olive : une démarche lente, un air grave, un buste large et puissant avec des membres comparativement faibles ; une figure anguleuse aux traits bien marqués, presque également durs chez la femme et chez l'homme; des cheveux noirs, raides, jamais bouclés ; des arcades sourcilières proéminentes ; un nez, en général, aquilin ; des mâchoires solides.

On connaît l'histoire lamentable de cette race qui s'est trouvée brutalement rctoule'e et décimée par les envahisseurs européens. Les conquérants ont stupidement arraché tous les germes des évolutions progressives qui se développaient dans son sein. L'ignorance et la barbarie espagnoles détruisirent les empires du Mexique et du Pérou et seuls, aujourd'hui, des débris imposants de temples, perdus dans les solitudes des forêts, des tronçons épars de routes sillonnant les montagnes, attestent la grandeur de civilisations à tout jamais disparues.

On sait aussi combien rude était le genre de vie imposé jadis à la compagne de l'Indien sauvage dans les vastes plaines de l'Amérique du Nord. Jamais de domaine fixe, si ce n'est pendant l'été. Quand venait l'automne, la tente était pliée et, tant que durait l'hiver, c'était l'existence errante, à la recherche du gibier. La polygamie et le divorce étaient des coutumes admises; certaines femmes avaient été répudiées cinq ou six fois et n'en trouvaient pas moins de nouveaux opoux ; un guerrier prenait autant de femmes qu'il en pouvait nourrir ; parfois il épousait toutes les sœurs d'une même famille.

L'adultère était sévèrement puni; en général, le mari infligeait à la coupable le supplice qui lui convenait; tantôt se contentant de lui couper le nez ou les oreilles, tantôt la condam-

Indienne de l'Amérique du Xord.

naut à la mort par le feu, tantôt l'abandonnant dans la prairie après l'avoir livrée, les membres liés, à la lubricité de tous les guerriers du clan. Par contre, ces farouches justiciers se prêtaient ou se louaient leurs femmes sans y voir rien de déshonorant.

Le mariage ne pouvait être conclu qu'entre jeunes gens appartenant à deux clans différents. En cas de séparation à l'amiable, les enfants étaient, autant que possible, partagés entre le père et la mère. Nombreuses étaient les tilles qui préféraient rester libres et accompagner, suivant leur iantaisie, tel ou tel chasseur pendant la durée d'une expédition. Les enfants de ces femmes indépendantes n'avaient à souffrir d'aucune déconsidération. Ces vierges folles , dites « femmes de chasse », étaient mises par la tribu à la disposition des étrangers envers qui l'on voulait remplir jusqu'au bout les devoirs de l'hospitalité.

Dans toutes les tribus peaux-rouges, la condition des femmes est assez misérable. Elles ont en partage, comme chez presque tous les peuples barbares, tout le travail et toute la fatigue ; elles sèment le blé, fabriquent les vêtements et les chaussures, dressent les tentes, coupent le bois, charrient l'eau et portent le bagage. Au wigwam de l'Indien sauvage, comme au douar de l'Arabe, l'étranger est surpris de voir son hôte fumer sa pipe noncha-

lamment étendu au coin du foyer, tandis que sa femme se livre aux plus rudes travaux et manie des fardeaux qui semblent au-dessus de ses forces.

Il ne faut pas, pour cela, croire que la femme ne comptait pour rien dans la nation. Elle assumait, au contraire, de lourdes responsabilités et n'était pas sans jouir parfois de pouvoirs assez étendus. C'est sous le contrôle, sous la garde d'une matrone âgée qu'étaient déposées dans les magasins publics toutes les réserves de nourriture qui devaient assurer la subsistance du village : produits de la culture du sol, de la chasse, de la pêche ou même de la guerre. Il n'y a guère plus d'une trentaine d'années, certaines tribus iroquoises vivaient encore dans ces grands bâtiments rectangulaires, longs d'une centaine de pieds, que l'on appelait des «longues maisons ». Deux portes, reliées par un couloir central, étaient percées à chacune des extrémités et, de chaque côté du couloir, étaient disposées des cases servant de logements aux diverses familles. C'étaient les femmes qui étaient chargées de Tadministration intérieure de ces vastes demeures. I.es provisions y étaient propriété commune et le chasseur maladroit qui, à litre de mari ou de soupirant, n'apportait point sa part pouvait, si les temmes le demandaient, être exclu et renvoyé à sa famille d'origine.

11 en était à peu près de même chez

Indienne du Haut-Missouri.

les Algonquins, les Delawares, les Lenapes, dans ces tribus, sœurs des tribus iroquoises, ayant la même peau cuivrée et rougeâtre, les mêmes traits un peu mongoliques, qui habitaient les régions pensylvaniennes où Fenimore Gooper a placé la plupart des scènes de ses drames émouvants.

Aujourd'hui, les descendants des héros de Fenimore et de Mayne-Reid ne comptent plus comme nation ; perdus dans les grandes villes de la Nouvelle- Angleterre, courbés sous le dur joug que la civilisation industrielle des Yankees leur a imposé, ils disparaissent peu à peu et bientôt leur nom ne vivra plus que dans la littérature des conquérants à face pâle.

Au contraire, les tribus canadiennes, Iroquois, Hurons, Cherokees, se montrent plus souples, plus aptes à accepter les nouvelles conditions d'existence qui leur sont offertes. Quant aux anciens maîtres des rives du Mississipi, Ghoctaws, Creeks, etc., ils ont, pour la plupart, adopté le genre de vie et les vêtements des Anglo-Saxons; Tarrièrepetite-fille de la jeune mère indienne que Chateaubriand nous dépeignait, suspendant sa progéniture aux branches flexibles d'un érable ou d'un sassafras , aujourd'hui , confortablement installée au creux d'un rockingchair, lit dans un journal composé dans sa langue maternelle, par des typographes de sa nation, le récit de

la fête à laquelle elle a dansé la veille ou l'éloge du pre'dicateur qui l'édifiera le lendemain.

Dans la vallée du Missouri , les Sioux, les Dacotahs, les Omahas, de même que les Apaches au Sud, dans celles du Colorado, du Rio-Gila et du Grande-del-Norte, ont conservé en grande partie leurs mœurs et leurs coutumes anciennes. La tente en peau de bison a disparu des wigwams sioux et a fait place à la tente de toile, l'habit de cuir n'est plus porté par l'Apache, qui se vêt aujourd'hui de lainages et de cotonnades, à l'instar de son cognominisde& faubourgs parisiens ; mais, chez les uns comme chez les autres, la squaw, sans être maltraitée, reste toujours chargée de tout le travail.

Les plus heureuses parmi les femmes indigènes de l'Amérique du Nord sont, sans doute, celles des Gomanches, ces Indiens des Pueblosque les Yankees désignent sous le nom de Cli^-Dwellers, ou habitants des roches. Moinsgrandes, moins maigres que les Apaches, d'aspect moins mongolique que les Sioux, les femmes comanches ont, en général, le teint plutôt café au lait que rougeâtre, le nez court, droit ou légèrement retroussé, la face large, les yeux relativement peu ouverts. Elles portent leurs longs cheveux tombant sur les épaules, divisés par une raie ou légèrement coupés sur le front, à la chien.

FAMILLE AMÉRICAINE 2l3

Leur vie est se'dcntaire ; quelquefois leur demeure est une simple caverne ou une anfractuosité de rochers, le plus souvent elles habitent les constructions en terre ou les immenses bâtiments de pierre, appelés piieblos par les Espagnols, et qui ne sont pas sans quelque analogie avec la c longue maison » iroquoise.

Libre d'elle-même, la jeune fille comanche ne se marie que lorsqu'il lui plaît. Une fois mariée, son époux a pour elle toutes sortes d'égards ; mais il lui serait imprudent de vouloir revivre, ne fût-ce qu'un instant, les jours de liberté de sa jeunesse : elle risquerait d'y perdre au moins le nez.

Indiennes de TAmérique du Centre.

Les races indigènes de l'Amérique centrale, quisubirent jadis l'influence de la civilisation mexicaine, se sont aujourd'hui fortement métissées au contact des éléments blancs ou noirs et, en immense majorité, ont accepté la civilisation qui, un peu brutalement, leur fut apportée d'Espagne. Il faut descendre jusque dans le Guatemala pour trouver des tribus indiennes où se soit conservée à peu près intacte l'originalité des mœurs d'autrefois.

Petites, trapues, fortes, assez sujettes à l'embonpoint, les Indiennes du

Centre-Amérique ont la peau bronzée, la face large, le front bas, le nez droit, les yeux foncés, petits et horizontaux, la bouche moyenne, les lèvres fortes.

Leur costume national se composait jadis d'une large bande d'étoffe formant jupe; un grand manteau sans manches, jeté sur les épaules, les protégeait en cas de mauvais temps. Elles portent maintenant une longue robe que serre à la taille une ceinture et le manteau a été remplacé par un châle.

Les pieds restent nus en toute occasion. Soumises au travail, car il leur faut bien se charger des fardeaux quand l'homme doit pouvoir ne porter que ses armes pour parer aux besoins de la défense et de la chasse, elles jouissent cependant d'une liberté plus grande que leurs sœurs de l'Amérique du Nord.

Au Mexique, les Aztèques forment encore une fraction importante de la population. Leurs femmes, de taille moyenne, un peu trapues, aux membres bien proportionnés, pourvus d'extrémités très petites, ne^sont pas dénuées de charme, surtout dans leurs primes années, tant que leur taille garde sa sveltesse. Le nez est camard, le front érroit, la bouche grande, les lèvres charnues et violacées, les cheveux bruns, épais et rudes, mais les yeux sont d'un noir séduisant et les dents très belles. Intelligentes, elles exercent une certaine influence sur la

soci-été mexicaine, mais leur espagnolisation n'est que de surface. Elles sont, au moral, restées ce qu'étaient leurs aïeules, sujettes de Montezuma et de Guatimozin.

Indiennes de l'Amérique du Sud.

Entre les mœurs comme entre les types des Indiens de l'Amérique du Sud et ceux des Peaux-Rouges de l'Amérique du Nord, les différences sont plus apparentes que réelles. Aussi une revue des diverses grandes races qui peuplent l'immense continent s'étendant de l'isthme de Panama au détroit de Magellan risquerait-elle d'être sans grand intérêt pour qui n'est ni anthropologue ni ethnographe de profession. Aussi nous contenterons-nous de signaler les Caraïbes, petites et graciles, dont la race peupla jadis les Guyanes, les Antilles et la Floride et dont on ne retrouve aujourd'hui que quelques tribus éparses; les Chacos, froides et réservées, souvent féroces, particulièrement repoussantes dès qu'elles arrivent à l'âge mûr; les Chiquitos, aimables et joviales, dont la chevelure jaunit mais ne blanchit pas avec les années; les Pampas, au teint olivâtre, aux îormes robustes, qui errent dans les immenses savanes s'étendant des Andes à l'Atlantique et du Paraguay à la Patagonie ; les non moins robustes Araucanes qui dissi-

2l6 TOUTES LES FEMMES

inulent le teint bruni de leur visage sous une couche de peinture rouge; les Patagones, enfin, de taille élevée mais non pas gigantesque, à face large et aplatie, farouches guerrières que réjouit la vue du sang, se délectant à la pensée que leurs fils seront des tueurs d'hommes»

Les femmes guaranies méritent une

mention spéciale. Leur nation occupe de vastes territoires formant la majeure partie de la vallée de l'Amazone. De taille plutôt petites, de formes massives, le teint rougeâtre, elles se distinguent par la richesse de leur gorge et la douceur de leur physionomie; leur tête est ronde, leur figure pleine, leurs yeux souvent obliques et relevés à l'angle extérieur. Non moins féroces que les hommes, elles participent aux guerres et aux festins anthropophagiques qui en sont l'épilogue.

On a vu dans ces mœurs guerrières l'origine de la légende amazonienne qui a donné son nom au grand fleuve américain. Peut-être cette légende, qui avait crédit chez 4es indigènes longtemps avant la découverte du pays par les Espagnols, n'est-elle pas absolument une fable. Selon les anciens chroniqueurs, les Amazones auraient habité un pays montagneux situé au nord de la vallée du Maraiion. Elles n'auraient entretenu de relations amicales qu'avec les Guacaras dont les guerriers avaient l'honneur d'être leurs

Indienne d^ l'Amérique du Sud.

lO

temporaires époux. Les filles qui provenaient de ces liaisons étaient nourries par leurs mères et dressées par elles au travail et au maniement des armes, les garçons étaient rendus à leurs pères ou tués au moment de leur naissance.

Quelle part y a-t-il lieu de faire à la vérité dans ces racontars ? Il est presque impossible de le déterminer ; mais ce que nous connaissons du caractère de certaines tribus guaranies permet d'admettre qu'il ait pu jadis, dans les montagnes guyanaises, se trouver un district peuplé, comme le disaient les Indiens, de « femmes sans maris ».

Les Botocudos, qui sont peut-être les primitifs habitants du Brésil, se sont acquis une réputation de barbarie et d'abrutissement qui semble assez méritée. Ils doivent leur nom au singulier ornement dont tous, hommes comme femmes, se chargent les oreilles et les lèvres et qui aft'ecie la plus grande ressemblance avec le tampon d'une barrique (en portugais, botoque). Les jeunes coquettes de cette peuplade, sans aucun vêtement pour voiler leurs charmes, avec leurs mem^bres grêles, leur buste large, leurs pommettes hautes et saillantes, leur nez épaté, leurs lèvres distendues, chargées de morceaux de bois pareils aux pions d'un jeu de dame, leurs yeux bridés, leurs cheveux taillés en champignons, ne sont pas faites pour donner une idée avantageuse des primitives races américaines.

Sur le versant pacifique des Andes, les Quichuas étaient maîtres jadis ; c'était la tribu inca qui dominait sur les divers peuples composant l'empire péruvien. Petites, de formes massives, fortes de poitrine, la figure large et ovale, les femmes quichuas nous paraissent sérieuses, réfléchies, tristes même. Leur caractère est doux et amène. Une jupe faite d'un simple morceau d'étoftè enroulé autour de la ceinture forme toute leur parure.

Une des peuplades les plus arriérées parmi celles qui restent sur le globe pour témoigner de ce que tut l'humanité primitive, est dispersée sur les rivages battus par le vent et la tempête des îles formant la pointe méridionale du continent : ce sont les Pécherais de la Terre-de-Feu.

Le sort de la Fuégienne est comparable à celui de l'Australienne. Chargée de tous les travaux pénibles, maltraitée abominablement, elle risque encore, en temps de famine, d'être sacrifiée. Les vivres viennent-ils à manquer, on s'empare d'une vieille femme, on l'asphyxie en lui maintenant la tête dans l'épaisse fumée d'un feu de bois vert, puis on la mange.

Comme un voyageur demandait à ces brutes pourquoi ils ne tuaient pas plutôt un de leurs chiens : « Le chien prend la loutre », répondirent les pratiques cannibales.

»ss«s

Page 1