LV III
24. Jésus-Christ seul, eu sa qualité de père de la terre, ne cjuitte pas la terre tout à fait. Étant le tronc très saint de l’arbre divin, il veillera sur la terre pour ses sept rameaux. Il est le tronc dans plusieurs globes. Sa paternité est grande; elle s’étend au long et au large. Lorsque tous les rameaux auront verdi chacun en son temps, alors (selon les paroles de la révélation) le nuage des sept esprits sous la conduite de leur père, c’est-à-dire de ce tronc de l’arbre divin, confluera dans le sein du père universel; en sorte que cet arbre particulier ira s’unir (selon les paroles de la révélation) à l’arbre général de l’amour.
25. Un grand nombre de fils de ténèbres, c’est-àdire d’Esprits inférieurs dans l’enveloppe desquels le rayon de la lumière divine n’a point encore pénétré, recevaient l’influence des colonnes ténébreuses; car ils ont accompli beaucoup de choses, réussi dans un grand nombre de tentatives ; ils ont imprimé des directions aux peuples; ils ont changé la face de la terre : or ils n’ont point obtenu ces résultats par leur propre vertu , mais bien , comme cela arrive habituellement, par la puissance de la grande colonne ténébreuse à laquelle ils appartenaient. Ce genre de grandeur était le seul connu sur la terre. Jésus-Christ a manifesté au monde la grandeur selon Dieu, c’està-dire celle qui fait les grandes choses en attirant la colonne lumineuse.
2G. Mais jamais jusqu a présent la colonne lumineuse n’a tenu le sceptre de la terre. La lumière de Jésus-Christ dans ses combats avec les ténèbres n’est pas encore arrivée à un degré de puissance et d’efficacité suffisant pour triompher. Cette pure lumière de Jésus-Chris éttait injuriée; on l’éteignait, onia falsifiait, on s’en servait comme d’instrument pour de vils intérêts; hélas! on la faisait même servir à l’orgueil; ainsi, errante çà et là, cette lumière a été jusqu’ici comme mendiante, dans l’opprobre et la contrition. Lepouvoiret le gouvernement général étaient en la puissance des Esprits ténébreux. Ce sont eux qui par leurs colonnes ténébreuses dominaient la terre, et l’Esprit des Esprits de la terre parcourait librement au long et au large son vaste héritage.
27. Hélas! personne jusqu’à présent n’a songé au compte rigoureux que Dieu, après deux mille années de lunes célestes, doit demander du don ainsi dilapidé de la grâce et de la miséricorde transmises à la terre par l’intermédiaire de Jésus -Christ. Personne n’a songé qu’après que Dieu aura ainsi demandé ce compte rigoureux, une nouvelle grâce et une nouvelle miséricorde doivent être répandues, et que la sérénité de l’air ayant été ainsi recouvrée, et les colonnes lumineuses ayant été envoyées immédiatement après la grâce, en vertu de la loi spécifique, le sceptre et les gouvernements de la terre vont être possédés par la colonne lumineuse.
28. L’homme vu par le prophète, l’homme qui est le travail des travaux de l’esprit et l’amour des peuples, dans le nombre béni de ââ, a déjà reçu l’ordre suprême de faire rendre ce compte, d’exécuter cette diffusion de la grâce nouvelle et d’arracher ainsi le sceptre à l’esprit de ténèbres. C’est au milieu du XIXe siècle que vous avez réservé, ô mon Dieu! cet honneur, cette joie, cet événement inconnu au monde :
Pouvoir entre les mains delà colonne lumineuse , et par conséquent domination de la lumière , de la vérité et de l'amour.
29. Mais la terre inférieure appesantie par les péchés sera incapable (d’après les paroles de la révélation) de conserver longtemps cet hôte céleste, cette lumière descendue du sein de la miséricorde divine. Les temps heureux passeront, le sentiment de la ferveur première s’obscurcira dans le cœur des hommes, et les colonnes ténébreuses fondront sur les âmes ainsi obscurcies comme sur une proie, elles reprendront leur domination. Car même pendant ce jubilé bimillénaire de grâces et de miséricorde, le feu sacré ne brûlera que dans certains endroits privilégiés de la terre; par son ardeur il attirera les saintes colonnes et fera venir le ciel sur la terre. À l’instar de notre lumière terrestre qui brûle certains pays pendant qu’elle en laisse d’autres dans l’obscurité et d’autres dans d’épaisses ténèbres et dans un
froid glacial, la lumière céleste pendant le jubilé de grâce enflammera certaines nations élues et prédestinées, tandis qu’elle ne laissera pas tomber le moindre rayon sur d’autres. Cependant, d’après la promesse du Seigneur, le sceptre sera arraché à l’Enfer pendant un temps; la droite du Tout-Puissant enchaînera pendant ce temps la puissance du prince des pays les plus ténébreux , et ces pays resteront oisifs et sans rien entreprendre.
30. Après cette triste et pénible considération, ô pensée consolante! l’Esprit de ténèbres sera vaincu et ne recouvrera jamais plus son ancien pouvoir sur la terre. Car les élus du Seigneur, ces futurs luminaires de la terre, connaissant désormais le moyen d’attirer les colonnes lumineuses (moyen qui est notre unique bouclier contre les traits des esprits de ténèbres), ne cesseront plus de saper la puissance du mal. De cette sorte le pouvoir sur la terre commencera à se partager entre l’Esprit de lumière et l’Esprit de ténèbres, et ils se feront équilibre. Mais vous, ô âmes pures et aimantes ! que l’ennui dévore au milieu des ténèbres, vous aurez sur la terre même un lieu de lumière, et en vous y dirigeant vous exercerez vos influences. Même dès à présent la France présente sinon un point lumineux, du moins unelueur rougeâtre; et c’est là, ô mon Dieu, un commencement de l’évolution progressive de votre idée.
31. Ici, mes frères, faisons attention et apaisons le trouble qui agite notre âme. Pourquoi Dieu, ce père universel, cet amour plein et parfait, qui n’existe que pour ses créatures qui sont ses enfants, qui se dévoue à elles , et qui ne désire rien tant que le progrès et le rapprochement de ces mêmes créatures vers lui , pourquoi, dis-je, ce maître absolu qui possède la souveraine puissance et qui est lui -même le foyer de la lumière, n’envoie-t-il sur la terre qu’une partie de cette lumière, et encore si rarement? Pourquoi l’expose-t-il à de si tristes vicissitudes , permettant qu elle soit dans Fopprobre et que les ténèbres soient triomphantes? Il a plu au Seigneur, avant le jubilé qui va s’ouvrir prochainement, de découvrir une partie des mystères de son gouvernement providentiel , et de rendre ainsi plus facile notre amour pour lui, en faisant que le cœur, qui veut s’élever, ne soit plus retenu captif par l’obscurité du mystère.
32. Parmi les différents globes, la terre occupe le rang inférieur, en ce sens qu’elle est destinée à l’élaboration des esprits inférieurs ; c’est là son malheureux partage. Dans tout atelier, il doit y avoir des compartiments et des laboratoires destinés aux premiers dégrossissages. L’artiste, à la vue de ces premières opérations que subit la matière brute , se réjouit en lui-même dans la pensée des derniers perfectionnements auxquelles elle doit arriver. Lui seul voit combien cette gradation est nécessaire pour
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que ses ouvrages arrivent à leur perfection. Au milieu des saletés du dégrossissage , l’impétuosité de son amour pour le chef-d’œuvre qu’il a en vue est toujours la même. Et c’est là le caractère qui distingue le véritable artiste. Quiconque n’aime pas les saletés du dégrossissage en vue du chef-d’œuvre qui doit en sortir, celui-là n’est pas artiste. Quiconque n’aime pas le soldat et ne vit pas volontiers avec le soldat en prenant part à ce qui est l’objet du soldat, n’est pas un capitaine.
33. Dieu est assujetti à certaines lois de justice, et il ne les transgresse pas. La constitution donnée au monde traverse les siècles sans recevoir aucune atteinte. Rien le long des siècles, même parmi les plus petites choses, ne s’est jamais écarté d’une ligne de la marche tracée. A plus forte raison l’élaboration et le progrès des créatures, et surtout la formation, la propagation et l’embrasement de la lumière et du feu divin dans le monde, sont toujours assujettis à la marche la plus réglée. La moindre transgression serait «une atteinte à la sainteté de Dieu. Rien de souillé n’entrera dans le royaume de Dieu.
3 à. Dans cette constitution très sainte il est écrit que l'amour, ce sentiment si saint, doit être reçu librement par la créature. De cette jDleine spontanéité dépend la sainteté de l’amour, et partant la sainteté de Dieu qui est l’amour lui-même. L’amour, s’il était
forcé, imposé, obligé, le fùt-il par la toute-puissance divine, cesserait d’être amour; il perdrait sa sainteté et sa céleste splendeur. Une fois ce point entrevu, nous comprendrons pour quelle raison le Seigneur tout-puissant, quid unseul signe ébranle les mondes, cpii d’un seul signe peut les enlever et les anéantir, fait néanmoins tant d’efforts pour obtenir d’un ver de terre un seul soupir. Permettez-moi , mon Dieu, pour rendre plus intelligible à mes frères cette notion de votre loi fondamentale, de me servir d’une comparaison basse et terrestre. Le superbe dominateur de l’Orient, delà volonté duquel dépend la vie de tant de centaines de milliers de sujets, n’est pas content des tributs qu’il obtient de force. Mais il dépose toute sa puissance, il sacrifie tout pour obtenir d’une faible créature un seul mouvement spontané du cœur, un seul acte d’amour. Cette comparaison, cette explication des choses les plus élevées par les plus basses que règlent pareillement les lois de Dieu, nous montre comment l’amour dépend de la spontanéité, et comment cette fleur odoriférante doit être produite uniquement par notre cœur. C’est pour cela que Dieu lui-même, ce maître suprême de l’amour, s’expose aux injures pendant des siècles, pour obtenir de ses créatures un faible mouvement du cœur.
35. Le second article de cette Sainte Constitution est celui-ci : Le mouvement spontané de l’amour est le seul moyen pour les créatures de se perfectionner
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et de se rapprocher du Créateur. C’est la nature même des choses qui fait que Dieu n’a aucun autre moyen de conduire les héritiers de la gloire future au bonheur qui leur est destiné. C’est ainsi, ô mon Dieu, que vous êtes lié par cette loi essentielle; et quoique dans votre bonté vous nous fournissiez cent mille moyens pour nous faciliter le chemin du salut, il ne vous est pas possible de nous sauver sans nous, c’est-à-dire sans cette spontanéité de notre amour, sans ce mouvement propre de notre cœur , sans cette fleur poussée de notre propre fonds.
36. Dans ce vaste ensemble des ouvrages de Dieu, l’esprit seul possède la force. Mais il perd cette force pendant qu’il habite dans une enveloppe, c’est-à-dire pendant qu’il fournit sa vie terrestre. Cependant les hommes ont fait et peuvent faire beaucoup par leur adjonction à des colonnes d’Esprits dégagés d’enveloppe; et selon l’état de leur âme ils attirent à eux, ainsi que nous l’avons vu, des colonnes lumineuses ou des colonnes ténébreuses. C’est ainsi que Moïse, quoique faible extérieurement , puisqu’il ne pouvait sans être soutenu tenir les mains élevées, déterminait le succès du combat par sa prière, c’està-dire en attirant une Colonne d’autant plus forte qu’elle était plus sainte.
37. C’est par un seul homme juste et par l’influence de ses mérites que Dieu sauve toute une ville