LE MAITRE ET LE SEIGNEUR
Nous ajoutons cet acte à nos pièces justificatives, quoique nous n’en ayons pas fait mention dans le cours de notre ouvrage , parce que cet acte est de la plus haute importance pour l’histoire de la doctrine de Towianski. L’auteur de cet acte commet le terrible sacrilège de donner à Towianski les attributs qui n’appartiennent qu’à Jésus-Christ seul. Il n’v a que l’Homme-Dieu qu’on puisse appeler la voie, la vérité, la vie , le maître et le Seigneur ; or, toutes ces appellations y sont données à Towianski, et d’une manière si absolue , avec un si malheureux oubli de toute notion de ia foi chrétienne, tout en se disant chrétien, avec une si déplorable et si profonde ignorance de l’énormité du crime qu’on commet, et dont on se glorifie même comme d une bonne et même d’une héroïque action , que vraiment tout cœur chrétien en est saisi d’épouvante tout aussi bien que de compassion. Quand on pense après cela que cet acte a été accompli avec le concours des sectateurs de la doctrine les plus remarquables ; que celui qui a été désigné par To*
wianski comme chef militaire de la nouvelle œuvre (le colonel Rozycki) en a été le premier témoin; que l’autre chef dans cette œuvre, le chef intellectuel (M. Mickiewicz), en a été fait le dépositaire, et pour ainsi dire le notaire, puisqu’il légalise les copies de cet acte; quand on pense qu’un acte fait avec un tel éclat , et qui doit être nécessairement regardé comme l’œuvre commune de tous les adhérents de la doctrine, n’avant pas été désavoué par Towianski , en a dû
être nécessairement reçu et approuvé ; on arrive à voir clair
dans les sentiments du maître et des disciples, et aucun doute n’est plus permis sur les qualités divines que se donne le maître, et sur les honneurs correspondants que lui rendent les disciples.
On voit par là combien l acté que nous publions contribue à éclaircir la nature intime de cette œuvre impie. Cet acte , le voici :
L'acte par lequel le sieur Severin comte de Biberstein Pilchowski , officier polonais, émigré, se constitue sujet de André Towianski.
En présence de MM. Charles Rozycki colonel polonais, Romuald prince Giedroyc , et Michel Chodzko officiers polonais émigrés.
Appelés comme témoins ,
Je soussigné Severin comte de Biberstein Pilchowski de Terechowa , officier polonais émigré , demeurant actuellement aux Bâtignolles près Paris, rue de l'Eglise n° 18, anciennement domicilié en Pologne à Terecliowa , terre située dans le district de Machnowka, palatinat de Kiovie en Ukraine, reconnais André Towianski pour mon Seigneur et Maître , en me constituant légalement son serviteur et sujet, et je m’engage religieusement à remplir les obligations envers mon Seigneur et Maître André Towianski, dans les clauses suivantes.
\ndré Towianski, mon Seigneur et Maître dès cejour, aura sur ma personne et sur les propriétés acquises en Pologne et à acqué-
rir dans ledit pays, tous les droits qui sont assurés aux seigneurs dans le pays de l’ancienne Pologne sur leurs sujets par la législation, les us et coutumes nationales.
Toutefois, mon présent engagement n’est que personnel et viager. Il en résulte, que si mon Seigneur et Maître André Towianski, après une vie que je lui souhaite la plus longue , quittait la terre, je redeviendrai libre de ma personne et j’aurai le droit de réclamer, si je le trouve nécessaire, mes titres et mes propriétés. Les enfants de mon Seigneur et Maître André Towianski ne peuvent, ni du vivant de leur père , ni après sa mort , prétendre à exercer aucun des droits spécifiés dans cet acte.
Il est bien entendu aussi que si je me marie , et que j'aie des enfants , mes enfants ne seront nullement liés par les obligations qui sont personnelles à leur père ; mais je promets à mon Seigneur et Maître André Towianski de faire à mes enfants, quand ils auront atteint leur majorité, un appel en les engageant à embrasser volontairement la condition de leur père.
Je crois de mon devoir de déclarer les motifs que j’ai eus à contracter la présente obligation.
Convaincu que je ne puis mieux remplir mes devoirs de chrétien, qu’en obéissant à Celui en qui il m’a été donné de reconnaître la Vie , la Voie et la Vérité ;
Convaincu , que je ne puis, comme Polonais, servir mieux mon peuple et rendre un plus grand service à la race slave , dont ce peuple fait partie, qu’en devenant de droit et de fait sujet de Celui que j ai reconnu en sa qualité de Magistrat Universel;
Convaincu que je dois aux émigrés Polonais, mes compatriotes, un gage extérieur de mes sentiments intimes , qui fut en même temps un appel au dévouemênt que l’on doit à la Vérité religieuse et nationale , et par conséquent à Celui qui en est l’organe ;
Je suis devenu sujet du Maître et Seigneur, et je déclare, en mon âme et conscience , que c’est le seul moyen d’être complètement libre et heureux.
Cet acte sera déposé entre les mains de Monsieur Adam Mickiewicz, professeur au collège de France , demeurant à Paris, rue d’Amsterdam, n°l , et j’autorise ledépositaire à en délivrer descopies.
Et j’ai signé le présent acte avec les témoins pour servir que de droit.
Fait à Paris, le six janvier , l’an mil huit cent quarante-cinq.
(Signé) : Severin comte de Biberstein Pilehowski.
Charles Rozycki Colonel, le prince Romuald Giedroyc, Michel Cliodzko , Chef insurgé du Dt. de A\ ilejka en Lithuanie.
Pour copie conforme : Adam M 't chicanez.
L'an 1845 11 janvier.
Enregistré à Paris le neuf janvier 1845, fol. 145, pagelOlN. C. 2.