‹ Traces de buddhisme en Norvége avant l'introduction du chritianisme;Chapitre 10 sur 21 · CONTENU DES CELLULES · texte numérisé non relu

CONTENU DES CELLULES

Les articles déposés dans les tôpes et dans les haugs sont a peu près semblables. Dans les cellules des tôpes, on a trouvé de la terre fine criblée, ou du sable et des cendres, formant souvent une masse très-compacte1. Dans quelques tôpes, on n'a trouvé aucun autre objet2; dans d'autres, cette

1 II est probable que la masse dont il est question a été formée de la même manière, qu'on trouve encore employée en la Tartarie, le Népal et en Tibet, et dont M. Hue (Souvenirs d\m voyage dans la Tartarie, le Tibet et la Chine, t. I, p. 113-14) parle en ces termes :

« Les Tartares les plus riches font quelquefois brûler leurs morts avec assez de solennité. On bâtit avec de la terre une espèce de grand fourneau de forme pyramidale : avant qu'il soit terminé, on y place le cadavre debout, entouré de combustible ; puis on continue la maçonnerie, de manière que tout soit entièrement recouvert; on laisse seulement une petite porte dans le bas, et une ouverture au sommet pour laisser passage à la fumée et entretenir un courant d'air. Pendant la combustion, des lamas entourent le monument et récitent des prières. Le cadavre étant suffisamment brûlé, on démolit le fourneau et on retire les ossements, qu'on porte au grand lama : celui-ci les réduit en poudre très-déliée, et, après y avoir ajouté une quantité égale de farine de froment, il pétrit le tout avec soin, et façonne de ses propres mains des gâteaux de diverses grosseurs, qu'il place ensuite les uns sur les autres, de manière à figurer une petite pyramide. Quand les ossements ont été préparés de la sorte par le grand larna, on les transporte en grande pompe dans une tourelle bâtie, par avance, dans un lieu désigné par le devin.

« On donne presque toujours aux cendres des lamas une sépulture de ce genre. On rencontre un grand nombre de ces petites tours funéraires sur le sommet de montagnes et aux environs de lamaseries ; on peut encore en voir dans les contrées d'où les Mongols ont été chassés par les Chinois. Ces pays ne portent presque plus l'empreinte du séjour des Tartares. ))

- Ariana antiq., p. 57, 60, 69, 91), etc.

masse recouvrait des urnes ou vases, dont quelques-uns ne contenaient que de la terre (souvent d'une couleur rougeâtre, quelquefois mêlée avec de l'ocre), de la cendre et des fragments d'os1; d'autres contenaient aussi, outre ces articles, des ornements et des monnaies. Les vases qui ont été trouvés sont de pierre stéatite ou de métal d'or, d'argent, de cuivre ou de fer; une seule fois, on a trouvé un vase en bois. Plusieurs de ces vases sont quelquefois placés dans la même cellule, et alors ils sont souvent renfermés l'un dans l'autre, le plus précieux au dedans du moins précieux. Les ornements ont été déposés, tantôt hors des vases, dans la masse de terre et de cendre qui les entoure, tantôt au dedans des vases ; et ces ornements consistaient en perles, pierres précieuses, bagues, petites clochettes et autres objets en or, des formes les plus variées, feuilles d'or, bagues d'argent, etc., etc. En fait de verre et de cristal, on a trouvé quelques cylindres et deux petits flacons, dont l'un, qui avait une hauteur d'un pouce et demi et un pouce de diamètre, était renversé avec le bouchon a côté, et contenait quelques gouttes d'un fluide. Dans un vase d'argent, on a trouvé également un fluide, de couleur brune et d'une odeur forte et acre. Dans deux ou trois topes, on a trouvé des matières grasses et quelquefois résineuses. On a encore trouvé des fragments d'écorces et des feuilles d'arbre; une fois, une boite faite d'écorce; enfin des pierres ovales et sphériques2.

Après avoir ainsi donné la liste des principaux objets que Ton a découverts dans les topes, jetons les yeux sur le contenu des haugs. Nous y trouvons, tantôt simplement de la terre

1 On a remarqué, dans quelques cellules des haugs de la Norvège, que les fragments du crâne ont été soigneusement séparés des autres ossements. (Urda, II, p. 259.) Cette séparation est analogue à la séparation des crânes des autres ossements dans les tombeaux de l'Afghanistan, où M. Masson ne rencontra jamais de crânes, mais en trouva déposés à part sous terre hors des tombeaux. (Ariana ant., p. 86.)

- On a donné des dessins d'un grand nombre des objets trouvés dans Y Ariana antiqua. (Antiq., pl. I-IV; Joum. Asiat., IIIe sér., t. ÏI, pl. VI XIII, et t. VII, pl. XIV-XVI.)

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Une criblée (mêlée quelquefois a de l'ocre ou a du sable rou geâtre1) formant une masse compacte, tantôt, en outre, des urnes ou vases, en pierre (stéatite?), en fer, en cuivre, en laiton ou en bois, rarement en verre 2. Les vases, dont quelquefois plusieurs se trouvent dans la même cellule, contiennent de la cendre, des fragments d'or, des ornements, des monnaies d'or, etc., etc. Les ornements se composent de perles, de broches, de bagues, etc., en or, argent ou bronze. On y trouve aussi des lingots et de minces feuilles d'or, des matières grasses et résineuses, des morceaux de bois et d'écorce, une fois une boîte d'écorce de bouleau, une fois une cloche, une fois, dans un vase de verre, quelques gouttes d'un iluide brunâtre et puant; une fois un flacon de verre, avec les traces d'un fluide3. Les monnaies trouvées sont en or; je ne connais qu'un seul exemple d'une découverte de monnaies d'argent dans un ancien haug\ et point de cuivre.

Il y a quelques objets qu'on trouve dans les haugs, mais dont il ne se présente pas de pareils ni dans les tôpes ni dans les sépulcres ou tumuli buddhiques ; ce sont des armes, principalement des épées, — qui sont très-communes dans les haugs, — différence qui dérive de la vie belliqueuse de nos ancêtres. Mais il y a aussi des haugs qui ne

1 La couleur de la couche dans laquelle on déposait les reliques doit avoir été choisie à dessein; car partout où cette couche est d'une couleur différente de la terre alentour, elle est rougeàtre ou jaunâtre, c'est-à-dire elle a la couleur de For, à limitation apparemment des feuilles d'or dans lesquelles on avait la coutume d'envelopper les reliques des saints. Dans les tombeaux qu'on a examinés dans les iles Orcades, on a fait la même observation à l'égard de la couleur de la couche de terre dans laquelle les ossements et les cendres ont été déposés. (Voy. Antiq. Tidsskr., 1852-1854, p. 152.)

2 Je ne sache pas qu'on ait trouvé des vases en or ou en argent en Nor- \ége. M. Tévêque Neùmann mentionne une tradition portant qu'on avait trouvé un vase d'or dans le diocèse de Bergen ; mais il ne paraît pas y ajouter foi. (Urda, II, p. 151.) En Danemark, on a trouvé plusieurs vases d'or dans les haugs.

s Urda, 1, p. 20, 55, 182; II, p. 569 ; III, p. 08, 102. Ilolmberg, Bohus Lans Beskrifning, IL p. 259.

* Vrda, I, p. 292-

contiennent pas d'armes1 : et ce sont probablement ceux qui ont été considérés comme les plus sacrés.

D'un autre côté, il y a un article, assez commun dans les tôpes, qui ne se trouve pas dans leshaugs de la Scandinavie, ce sont des lampes. On avait la coutume de placer une lampe dans une des cellules et de la fournir de l'huile nécessaire pour brûler longtemps2.

L'existence d'une lampe allumée au dedans des tôpes doit, avec l'aide de l'imagination, avoir produit les traditions d'après lesquelles il sortait de plusieurs tôpes une lumière qui les entourait ou les surmontait. L'historien Hiouèn-Thsang en cite quelques exemples, par exemple à la page 217, où il parle d'un stupa du sommet duquel s'élevait une vaste flamme qui atteignait le firmament 3 .

Quoique aucune fouille dans les haugs n'ait jamais, que je sache, fourni des lampes4, la coutume d'allumer du feu en dedans des monuments ne doit pas avoir été inconnue en Scandinavie. On a, en effet, observé des traces de fumée sur les parois des cellules % et on peut par la expliquer l'origine de la tradition populaire, qu'il se montre une lueur bleuâtre sur plusieurs haugs et autres lieux où un trésor est caché.

1 Urda, I, p. 137, 139; III, p. 96, 100, 102. Nordisk Tidsskr. for Oldkynd., III, p. 267.

2 Ainsi, par exemple, un roi de Ceylan ordonna de fournir la lampe d'un dagoba qu'il éleva d'une quantité d'huile assez considérable pour entretenir la flamme pendant cinq mille ans.

3 Dans le temple principal du Népal, qui a la forme d'un tôpe, on maintient un feu continuel, probablement à l'imitation du feu qu'on s'imagine brûler au dedans des tôpes.

4 Urda, H, p. 402, on lit un rapport d'une trouvaille dans un haug, dont un des articles est désigné comme un chandelier avec un morceau de bougie ; mais le même journal, III, p. 86 sqq., rectifie le rapport, déclarant que l'article dont il était question était le fragment d'une garde d'épée. A Mainland, la plus grande des îles Grcades, qui ont appartenu à la Norvège, on a trouvé une lampe dans une construction en rond de pierres, qui fut découverte au fond d'un tertre qui, vers le sommet, contenait plusieurs sépulcres avec des fragments d'os brûlés et des cendres. (Vov. Antiquarisk Tidsskrift, 1852-1854, p. 151.)

5 Urda, III, p. 68.

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