‹ Traces de buddhisme en Norvége avant l'introduction du chritianisme;Chapitre 11 sur 21 · MONNAIES TROUVÉES DANS LES TOPES ET LES HAUGS · texte numérisé non relu

MONNAIES TROUVÉES DANS LES TOPES ET LES HAUGS

Dans les tôpes on a souvent trouvé des monnaies des princes bactriens et indiens qui ont régné depuis le troisième siècle avant notre ère jusqu'au seizième siècle après la naissance de Jésus-Christ l.

Dans les haugs de la Norvège, on trouve moins souvent des monnaies ; mais, ce qui est bien remarquable, c'est que celles qu'on a rencontrées sont des imitations évidentes de celles qui ont été découvertes dans les tôpes. Il y a particulièrement deux types dont on a trouvé des contrefaçons en Norvège, a savoir :

1° Le type du prince, ou plutôt des princes, qui, sur les monnaies, sont anonymes, mais qui se nomment seulement ClffllP MErAC BACIAEVG BACIAEQN , le grand sauveur, roi des rois. Ils appartiennent a une dynastie qui, selon les calculs de MM. Lassen et Wilson , doit avoir régné dans le Pendjab au premier siècle de notre ère, après les Ases2. Ces monnaies, qui présentent a la face une tête d'homme, et, au revers, un cavalier entouré de la légende susdite, ne

1 VA riana antiqua contient des descriptions détaillées des objets découverts avec des dessins d'un grand nombre de monnaies qu'on y a trouvées. On en voit aussi dans le Journ. AsiaL, IIIe sér., t. IL

- Ariana antiqua,]). 552. Ces monnaies ont été connues bien loin, hors des frontières de l'Inde; c'est ce que nous voyons parla mention qu'en fait un auteur chinois, cité par M. Lassen : « Dans le pays de Ripin (partie du Turkesiàn actuel), dit-il, on frappait des monnaies en or, portant sur un côté un cavalier, et sur l'autre une tète d'homme. » (Lassen, Jnd. Âlthcrth., II, p. 575 |

se rencontrent pas seulement dans les topes, mais on en a trouvé des milliers en cuivre dans l'Afghanistan, au Pendjab, et même aux environs de Bénarès. M. Wilson , dans son Ariana antiqua, pl. IX, fait connaître plusieurs variétés de ces monnaies, dont j'ai choisi le n° 19 pour le présenter au lecteur. Voy. dans la planche le n° % et, au-dessous, la figure d'une monnaie d'or découverte dans un haug en Norvège, paroisse de Vig, diocèse de Bergen, fig. 3. Une autre trèssemblable a été trouvée a la ferme de Midt-Mjelde, paroisse de Haus, diocèse de Bergen1. Au premier coup d'oeil, on trouvera sans doute qu'il est vraisemblable que la monnaie de l'Asie soit le prototype des deux autres ; mais cette vraisemblance se changera en certitude quand on les aura examinées de plus près. Beaucoup de monnaies de X Ariana antiqua présentent sur la face un buste ou une tête sans autre ornement qu'un bandeau qui entoure la tête, et dont les bouts pendent par derrière comme sur notre monnaie n° 3. Ce type se rencontre sur la face des monnaies des rois de la Bactriane, tant grecs que barbares, jusqu'au premier siècle de notre ère. Quelquefois la tête est ornée de quelques rangées de perles, comme sur la monnaie trouvée a Midt-Mjelde. Tout autour des deux côtés de notre monnaie, fig. 3, on remarque une série de petites lignes dont la forme est semblable aux raies qui entourent la tête sur plusieurs monnaies de Y Ariana.

Si nous jetons les yeux sur le revers, nous voyons le cavalier orné de rubans flottants par derrière sur la monnaie du Nord comme sur la monnaie de l'Orient, et étendant dans Tune et dans l'autre la main droite sur le cou du cheval. Sur d'autres monnaies orientales de la même série, le cavalier porte une lance a la main, ce qui est également le cas dans une des monnaies trouvées en Norvège, avec la seule différence que, sur les premières, la lance est en repos, tandis qu'elle est élevée sur la nôtre.

1 Toutes les deux sont garnies d'un cadre et d'un anneau en or, pour servir de pendants à des colliers. On trouva, avec une de ces monnaies, un fragment de chaîne d'argent.

Autour des ligures, un voit quelques caractères barbares qui représentent la légende grecque1.

c2° La figure du revers de quelques monnaies qui parurent peu de temps après celles-ci se voit déjà sur les monnaies du roi Kadphisis , qui était contemporain desAses. (Lassen, bld. Alt., II, p. 586.) Le revers, dont il est ici question, présente le dieu Giya debout a côté de sa monture ordinaire, le taureau2, et, sur la face de quelques-unes des monnaies qu1 portent ce revers, on voit une croix mystique dont nous parlerons plus loin. D'après YAriana antiqua, pl. XIV, fig. 15, j'ai représenté le dessin d'une monnaie de ce genre, fig. 4. C'est ce revers que je considère comme le prototype des braetéates qu'on a quelquefois trouvées dans des haugs de la Scandinavie, et dont j'ai donné un dessin, figure 5. On y voit une tête d'bomme sur le dos d'un animal dont il est difficile de reconnaître l'espèce. Devant la tête, on voit la même croix que sur la face des monnaies susdites.

Plusieurs auteurs ont traité de ces bracléates et en ont donné des explications différentes3. Ce qui me conduit a y voir le dieu Çiva avec son taureau, c'est d'abord les cornes de l'animal, qui ne peuvent être attribuées qu a un individu de gros bétail, et ensuite la croix mystique, qui tire son origine des buddhistes, ce que je démontrerai plus loin4. Sur quelques-unes de ces bractéates on voit un oiseau devantlatête de l'homme. Cet oiseau peut être emprunté aux monnaies des

1 Quand on lit dans M. Wilson [Ariana antiq., p. 522) : « In some(coinsi they (the Greek letters} offer no 'legible legend beeing evidently most ignorantly and unsuceessfully imitated, » on pourrait être tenté de considérer les monnaies trouvées en Norvège comme originaires de l'Orient ; mais les caractères diffèrent trop des échantillons que donne M. Wilson, pour accepter une pareille opinion.

2 Sur l'alliance du çivaïsme avec le buddhisme, voyez Ylntrodact. au buddhisme, p. 508 et suiv.

5 Skandinaviske Litteratiirselskabs Skrifter, VI, p. 221 et suiv.; Vrda, II, p. 75 et suiv., p. 190 et suiv.

h II y a quelques exemplaires de ces bractéates où un homme est debout à côté de l'animal, comme sur les monnaies indiennes. (Lindfors, om Guld- Bracteater, p. 12.)

DE BUDDHISME EN NORVÈGE ù7>

rois de la dynastie des Guptas, qui régnaient dans le nordouest de l'Inde, mais dont la période n'est pas bien connue. Ce qu'on en peut dire, c'est que les lettres, dans les légendes de leurs monnaies, ont une forme plus ancienne que celles du septième siècle. Sur plusieurs de ces monnaies on voit un étendard surmonté d'un oiseau qui est au niveau de la tête de l'homme et a côté. M. Wilson pense que c'est Garuda, l'oiseau de Vischnu. La combinaison de cet oiseau avec l'image de Çiva n'étonnera pas chez un peuple demi-barbare. Quelques oiseaux paraissent en outre avoir eu une certaine signification religieuse chez les buddhistes. L'historien de Hiouèn Thsang fait mention d'un couvent, dans le royaume de Kipin (partie du Turkestan), où il y avait une image de Buddha, surmontée d'un perroquet1. Dans deux topes et dans un tumulus, en Afghanistan, on a trouvé des becs d'oiseau2. Quelques-uns des ornements trouvés dans les topes ont aussi une forme d'oiseau 3 . On a également trouvé des ornements en forme d'oiseau dans quelques haugs de la Scandinavie*.

Si, au contraire, il était possible de supposer que les cornes de l'animal fussent des oreilles, je serais très-enclin a considérer le type des bractéates comme une dégénération du revers des monnaies dont nous avons parlé , ce qui nous ferait rendre plus facilement raison de la présence de l'oiseau, car le cavalier de celles-là porte originairement un faucon sur la main, qui est étendue sur le cou du cheval. 11 est, en ce cas, a observer que, dans l'Inde, le type au cavalier a souffert une plus grande dégénération qu'aucun autre type. M. Wilson donne, pl. XIX et XX de l' Ariana antiqua , une longue série de l'altération successive de ce type.

1 Hiouèn Thsang, p. 72-73.

2 Ariana antiqua, p. H5, où l'auteur remarque : « This was not an accidentai deposit. »

W., pl. 111 et IV.

/4 Antiqmrisk Tidsshift for 1846-1848, p. 144.

Page 1