ODIN
Quelques auteurs ont émis ropiuion que le nom d'Odin est identique avec celui de Buddha; d'autres ont rejeté cette hypothèse; mais les arguments pour et contre ont été trop faibles pour délerminer une conviclion. J'espère que mon mémoire, qui njct en relief t^nt de points de ressemblance entre les institutions des buddhistes de TAsie et celles des adorateurs d'Odin en Scandinavie, pourra rendre plus admissible la supposition que le nom d'Odin est une modification de celui de Buddha. Les buddhistes parlent de plusieurs Buddhas; mais celui auquel ils prennent le plus d'intérêt, c'est le dernier, dont le nom primitif était Siddharta, prince royal de naissance, nommé Çakyamuni (le religieux.de la famille Çakya), puisqu'il était issu de la famille distinguée des Çakyas, €t Gautamii, comme appartenant a la grande race Goiama. Il préfera a la royauté la vie errante des religieux mendiants pour prêcher la morale et réformer les doctrines fausses des brahmanes. Après de longues méditations il devint Buddha (connaissance, intelligence), rassembla beaucoup de disciples et continua sa tâche avec succès jusqu'à sa mort en l'année 543 avant notre ère^ Ses disciples propagèrent avec zèle sa doctrine, et déjà au premier synode de leurs plus illustres docteurs, en Tannée 433 avant notre ère* on prit la rësolutioa d'envoyer des missionnaires hors- de l'Inde, dans les pays
^ Cette année est indiquée dans les Annales des Cingalais, que les auteurs les plus dignes de foi préfèrent aux Annales des Chinois et des Tibétains', qui le font vivre plus de mille ans avant notre ère.
• Lassen,. /wcf. Alterth., II, p. 65.
circon voisins, et cette résolution fut prise de nouveau au second synode, qui eut lieu en l'année 246 avant notre ère*. Nous avons vu que leurs efforts furent couronnés de succès, et que le buddhisme était déjà établi, dans la Transoxane et dans la haute Asie au deuxième siècle avant notre ère. On peut supposer que les missions ne se bornaient pas là, mais qu'elles furent poussées plus loin par la Perse vers le Caucase et de Ta chezles ancêtres des Scandinaves, pendant leur séjour dans les contrées méridionales de la Russie actuelle', et, les relations une fois établies, il est vraisemblable qu'elles furent continuées, et que des docteurs buddhistes visitèrent ensuite la Scandinavie. 11 est à présumer que les plus illustres de ces missionnaires ont été appelés, sinon Buddha, au moins de quelque épithète dérivée de la même racine sanscrite, budli, connaître, comprendre, par exemple ôodfcm*, 6od/ii (savant, intelligent) ou bodhdn^ bodhant, participe présent du verbe; et de cette appellation les Scandinaves peuvent avoir formé Odin et les Allemands Wodan. La transition delà lettre ben t; s'opère déjà dans la langue sanscrite elle-même; et dans le bengali et l'hindoustani qui en dérivent la différence entre ces deux consonnes a disparu. 1/ omission de la première lettre dans le nom d'Odin est conforme aux règles de la langue ancienne de la Norvège, où v disparaît souvent devant les voyelles labiales (o et u). L'appellation allemande Wodan, s'accorde mieux avec le nominatif masculin du participe présent bodhân, et cet accord devient encore plus frappant en considérant que, dans une glose de l'ouvrage de Jonas de Bob-
* f^ssen, Ind. Aller th.. Il, p. 229.
* M. le professeur R. Keyser a démontré que les ancêtres des Scandinaves/ au troisième siècle avant notre ère, avaient leur demeure dans les contrées orientales et méridionales de la Russie actuelle. Voyez son mémoire : Om Nordmœndenes Herkomstog Folke-Slaegtskab ^ihus le recueil : Samlingertil det norske Folks Sprog og Historié (Collection de mémoires sur la langue et l'histoire du peuple noi'vcgien), t. VI.
* La forme bodhin entre au moins dans Tuppellalion de l'arbre sacré, qui est quelquefois nommé bodhin-wahanoa ; Ritter, dir Stupas, p. i(H ; Forbes, I,p. 213.
bio, ce mot est écrit Vuotant\ répondant ainsi a la forme des cas forts du participe présent de budh, bodhant. L'hypothèse de ridentité du nom d'Odin avec Buddha ou avec quelque mot dérivé de la même racine est aussi prouvée par le nom du mercredi, qui, en Scandinavie, porte le nom de Onsdag, contracté pour Odin's-Dag, « jour d'Odin, » comme en sanscrit : bndhavâra, le tour de Buddha, et en hindoustani, budh'bâr.
On objectera peut-être a celte identification que, dans les annales de la Norvège, Odin se présente comme guerrier, et non comme prédicateur, et que la vie guerrière des adorateurs d'Odin s'accorde peu avec la doctrine douce et pacifique des buddhistes. Mais nous avons vu Tépée jointe si souvent k la religion, qu'une telle alliance dans les premiers temps du buddhisme ne doit pas étonner; et, d'un autre côté, il faut se souvenir que la religion buddhique a sa doctrine ésotérique aussi bien qu'exotérique, et que, selon les annales chinoises, les peuples du Nord ont seulement accepté la dernière, c'est a-dire la morale et la mythologie, comme étant plus convenable à leur vie nomade et leurs inclinations belliqueuses". La circonstance enfin que, non-seulement Odin lui-même, mais aussi quelques-uns des autres A ses ont été élevés au rang des dieux, justifie la supposition que je fais, qu'ils ont joui d'une vénération religieuse pendant leur vie. Odin a probablement, comme Buddha, été placé au fur et k mesure, d'abord parmi les dieux inférieurs, ensuite parmi les dieux supérieurs,
* (irimm, Deutsch. Mythologie, 2te Ausg., p. 120. On a proposé plusieurs conjectures sur la dérivation du nom d'Odin ou Wodan ; par exemple, du gothiq. wods, norvég. ôdr, enragé, ou, comme le fait M. Grimm, du vieux allem. watan, norvég. vada, aller promener.
* Foe koue ki, p. 42. Le biographe de Hiouèn-Thsang parle aussi plus d'une fois de buddhistes belliqueux; par exemple, p. 278, oiî, après avoir dit que les habitants de Khoten professent un grand respect pour la loi de Buddha, il ajoute : « Le roi est brave, prudent, belliqueua' et plein de déférence et d'affection pour les hommes vertueux. » Et à la p. 382 il est dil du roi de llo-T;m (Khoten) : a Le roi est très-belliqueux et témoigne un profond respect pour la loi de Buddha. d
jusqu'à ce qu'il ait été reconnu pour leur chef. Ce qui prouve évidemment qu'il fut un temps où Odin n'avait pas encore atteint le rang suprême, c'est ce que dit et remarque Adam de Brème, a savoir que dans le temple, a Upsal, l'image de Thor occupait la place d'honneur entre Odin et Frey * .
* Grimm» Deutsche Mythologie, 2te Ausg., p. 146.
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