‹ traces de buddhisme en norvegeChapitre 13 sur 15 · LES ASES · texte numérisé non relu

LES ASES

Si iinalemenl nous consultons l'histoire, nous aurons de nouveaux témoignages sur la naissance de Todinisme dans le sein du buddhisme.

Le père de l'histoire de la Norvège, Snorro-Sturlason, après avoir indiqué Tanaqvisl 'le Tanaïs ou le Don) comme frontière entre l'Europe et l'Asie, poursuit en ces termes :

« Le pays a Test de Tanaqvisl s'appelait Asaland (le pays des Ases) ou Asaheim (la patrie des Ases), et le bourg principal du pays était nommé Asgard (le bourg des Ases). 11 y avait dans ce bourg un chef du nom d'Odtn, et le bourg était un lieu de grandes offrandes ^ »

Et peu après il dit : « Du N. E. vers le S. 0., il passe une grande chaîne de montagnes qui sépare le grand Svithiod d'autres royaumes. Du côté méridional des montagnes on n'a pas une longue distance a parcourir pour arriver au pays des Turcs, où Odin avait de grandes possessions *. » La grande chaîne de montagnes qu'il mentionne est le Caucase, car il avait dit précédemment que Svithiod était situé au nord de la mer Noire. Et par le pays des Turcs il indique évidemment le

cune trace d*un tertre qui puisse les avoir couverts, circonstance que nous retrouvons en Norvège, dans Tîle nommée GesQordôe, mentionnée plus haut. M. Dometius, curé de la paroisse de Nœsne, voisine de Cattiel, vient de me faire savoir qu'un tailleur avait découvert dans cette île un grand nombre de tombeaux, dont quelques-uns ne consistent qu'en des cellules construites en pierres, sans aucune trace de tertre qui puisse les avoir recouverts.

* Ynglinga-Saga, chap. ii.

' Ibid.y chap. v.

6i TRACES

pays qui porte aujourd'hui le nom de Turkestàn, car il dit ensuite qu'Odin, en quittant sa patrie avec sa suite, alla d'abord vers l'ouest pour arriver à Gardarike (la Russie).

Ayant ainsi démontré que Snorro place la patrie des Ases dans le Turkestàn, nous allons voir que des écrivains chinois, grecs et latins parlent d'un peuple ou d une race d'Ases dans les mêmes régions. Un auteur chinois rapporte qu'au deuxième siècle avant Jésus-Christ il arriva aLo-Jang, capitale de la Chine, un Cbaman ^ du peuple des Ases qui habitaient les bords du fleuve Oxus, et qu'il traduisit les livres saints qu'il apporta, ce qui donna occasion h la conversion de beaucoup de monde au buddhisme*. Strabon' rapporte que, parmi les peuplades qui, venant d'au delà du Jaxartes, envahirent laBactriane et l'arrachèrent au pouvoir des successeurs grecs d'Alexandre, une des plus distinguées, c'étaient les "Atrioi. Trogus Pompeius fait mention du même événement en ces termes :

« Saranc» et Asiani Bactra occupavere » et dans un autre

endroit il nomme « reges Tocharorum Asiani^, expression

qui conduit M. Lassen à émettre l'opinion, que les Asii ou

Asiani n'étaient pas un peuple, mais plutôt une race distinguée,

de laquelle les rois des Tochares tiraient leur origine*. Cette

hypothèse acquiert de la vraisemblance si nous supposons

que c'est le même nom qui se lit sur les monnaies avec la

légende : BASIAEÛS BASIAEQN MEFAAOr AZOr. Un grand

nombre de ces monnaies a été découvert dans les topes, et

une masse beaucoup plus considérable que d'aucune aiitre

espèce a été trouvée autre part, particulièrement au nord et à

l'est de Pecbawer. Il est aussi a remarquer que les monnaies

d'Azes présentent une bien plus grande variété de types que

celles d'aucun autre des souverains dont les monnaies ont

* Chaman, ou mieux Çramana, « ascète qui dompte ses sens, » est un terme qui désigne un religieux buddhique.

* Zeitschr. f. d. K. d. MorgenL, III, p. 421-125.

* Strabo, 1. XI, 8, 2 (p. 511).

* Trog.Pomp..XLI, XLIÏ.

* Indisch. Alterthumskunde, II, p. 360.

été trouvées dans les tôpes, à raison de quoi M. Wilson suppose qu'elles ne doivent pas être attribuées à un roi seul, mais à Âzes et k plusieurs de ses successeurs, qui ont régné au premier siècle avant Jésus-Christ et plus tard*. L'hypothèse (le M. Lassen est aussi soutenue par Jornandes qui dit : « Goihi proceres suos anses i. e. semideos vocavere. » Or le mot ans de la langue gothique est identique avec as de la langue ancienne de la Norvège*.

C'est probablement la même dynastie dont les annales chinoises font mention, quand elles rapportent qu'au premier siècle après Jésus^Christ le prince de Kuei-Chuang conquit tout le pays des Ams%u*s autour du Kabul, Kandahar et Kopben'. Les mêmes annales parlent, dans un autre endroit, d'un peuple ou d'une dynastie à'Amsi en Soghdiane au premier siècle avant Jésus-Christ*.

J'espère maintenant avoir produit des arguments satisfaisants pour prouver que l'Âsaland de Snorro 'est identique avec le pays des Ases, dont nous venons de parler. Nous devons actuellement démontrer que le buddhisme était répandu dans ces contrées au moins deux siècles avant Jésus- Christ, et qu'il continuait à y être professé plusieurs siècles après cette époque.

Le premier souverain puissant qui embrassa le buddhisme fut le roi de Tlnde Açoka, qui régnait dans le troisième siècle avant Jésus-Christ, et, en souvenir de cet événement, il fit ériger des piliers et de grands blocs de pierre avec des inscrip-

* Ariana ant., p. 320 et suiv. 11 faut, du reste, avouer que la lettre Ç du nom À^Y); répondrait plutôt à la lettre j qu'à s de Tindien : mais, dans ces contrées, l'emploi organique des lettres grecques peut bien avoir été négligé.

* Quand la voyelle a reçoit Taccent aigu (â)^ dans la langue norvégienne, elle se prononce comme au ou aOf et répond souvent à la syllabe aw, dans les langues congénères; par exemple : sanscrit, hansa; allem , gans; norv., gâs, oie. Le norv. as et le goth. ans dérivent sans doute du sanscrit, ançu^ rayon, lumière, splendeur, d*oû ansi ou asi a dû signifier splendide, épithète assez convenable d'une famille distinguée.

* Foe koue Ai, n. 9, p. 83.

* Ab. Rémusat. Nouv. Mélanges, t. I, p. 175.

lions mculionnant VaJoption de cette religion. Un de ces blocs a été découvert dans le Kabulistân ^ Ce monarque expédia même des envoyés chez les rois grecs de Syrie et d*Êgypte, pour obtenir la permission de faire prêcher le buddhisme dans leurs États.

Les annales chinoises rapportent qu'au deuxième siècle avant notre ère le général chinois Hukiuping, ^ui porta la guerre contre les Hiungnu's, rencontra chez le roi du pays d'Hiu-thia, k Touest^des montagnes dTarkend, une statue dorée a laquelle on fit des offrandes ^ et les commentateurs de rhistoriographe chinois Pan-ku déclarent que cette statue était celle de Buddha*. J'ai déjà ci-dessus cité, d'après les mêmes annales, quau deuxième siècle avant Jésus-Christ un religieux buddhique arriva des bords du fleuve Oxus \k la Chine, et y convertit beaucoup de monde.

Vers la fin du quatrième siècle , le pèlerin chinois Fa-Hian alla vers l'ouest avec quelques compagnons de son pays, l)our chercher les préceptes de la loi, comme s'exprime son historiographe, c'est-a-dire pour apprendre les préceptes de Buddha dans les pays où ils avaient été prêches dès le commencement. Dans son voyage il arriva à la ville de Khoten où il trouva le buddhisme professé avec zèle ; il y avait là un grand nombre de couvents spacieux et magnifiques, dont quelques-uns contenaient des milliers de religieux; on y possédait des images précieuses de Buddha, qu'on promenait dans des processions nombreuses, auxquelles le roi même prenait part*. En quittant Khoten, il poursuivit son voyage vers l'ouest et traversa les contrées où nous avons vu les Ases Jiabiter, et il rencontra partout des coreligionnaires.

Un autre pèlerin buddhique de la Chine, Hiouèn-Thsang, fit, au septième siècle, un voyage semblable, dans le même but

* Lasscn, Ind. Alterlh., II, p. 245 et suiv. » Ib., II, p. 54.

* Journal des Savants, 1854, mai, p. 280.

^ Foe koue ki. Histoire de la ville de Khoten..., traduite du chinois par M. Abel lléinusat Paris, 1820.

que Fa-Hian, c'est-k-dire pour étudier la doctrine de Buddha dans les contrées où il l'avait prêchée lui-même. 11 passa par toute la haute Asie jusqu'à Bamian, située dans une vallée parmi les montagnes au nord de Kabulistân, et il y trouva un grand foyer du buddhisme.

On peut se faire une idée du grand renom des buddhistes dans ces contrées en apprenant que les rois de lllassa en Tibet, au septième siècle, envoyèrent chercher des architectes de la vallée du Kabul pour construire des temples buddhi. ques '. Nous voyons donc, que le buddhisme régnait dans ces contrées avant la période où Odin doit avoir quitté sa patrie pour aller chez les ancêtres des Scandinaves, et les tôpes attestent la profession continuée du buddhisme pendant plusieurs siècles.

La vraie situation ^k^qM sera sans doute inconnue aussi longtemps qu'on ne saura pas au juste l'époque de l'émigration d'Odin. 11 me semble qu'il est probable que le nom d'Asgard est identique avec Asayarta, dans les inscriptions de Bisôutoùn (Ragistana), laquelle, dans l'énumération des provinces qui appartenaient a la monarchie de Darius, est nommée immédiatement avant Parthia. M. Lassen pense qu'on doit chercher Asargarta k l'ouest de Parthia. Si au contraire elle était située à l'est de ce pays, sa situation s'accorderait assez bien avec les contrées où nous avons rencontré les Ases... Asgàrd peut être le nom oriental, un peu altéré pour se conformer aux règles de la langue norvégienne. Les mots (jaril, fjiier, kart, kert se rencontrent dans plusieurs langues ariennes, avec la même signification que (jùrd dans la norvégienne, par exemple en persan, Dafabguerd, la ville de Darius.

* Sanang Sectscn, Geschichte der Osi^Mongolcn, von J. Sthiiiidt, Saiiil- Pétersbourg, 1829; Absclin. H, Tibelische Geschicitle, p. 41.

fiS THACES

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