CHAPITRE VIII
Les Rois, Fêtes de Mai, Fêtes diverses
a veille des Rois, le boulanger porte dans chaque famille le gâteau renfermant la fève traditionnelle : ce sont les élrennes que le fournisseur donne ainsi à ses clients (1).
Le soir du jour des Rois, dans chaque famille, on mange le gâteau, dont on fait quatre parts : celle du bon Dieu, celle de la Vierge, celle des parents et des domestiques, celle des étrangers.
Les deux premières parts e'taient données aux pauvres; le chef de la famille s'attribuait les autres et les distribuait à son gré.
Dans certaines communes, les parts étaient tirées au sort, et chaque personne, en les tirant, disait ces mots mystiques : Phœbe domine!
Etait roi qui trouvait la fève dans sa part, et quand il buvait (cet usage est d'ailleurs général dans toute la Frauce), l'assemblée devait crier : « Le roi boit! » Qui ne poussait pas ce cri avait aussitôt la figure barbouillée de jus de réglisse ou de lie de vin. Dans quelques communes, l'usage était de planter dans les cheveux
(1) Voir pour la « Fête des rois » nu article de M. Sébillot daus la 'Revue des Traditions populaires (année 1888). M. Sébillot cite certaines coutumes eu usage dans le Vaucluse, la Loire-Inférieure, le Nord, le Finistère, la Belgique, etc., etc. — Voir aussi Nozot dans la Revue des Sociétés savantes, t. IV, p. 125, Melusine. t. 11; Laisnel de la Salle: Croyances du centre de la France; Sébillot : Coutumes de la Haute-Bretagne; Desrousseaux : Les Mœurs de la Flandre française; Lecoeur : Esquisses du boccage Normand; Cohbky : l 'oyage dans le Finistère. — Revue des Traditions : (janvier 1887) deux articles de M. L. Bonnemèbe, dans la Revue d s Traditions : 1° Le Jour des Rois en Normandie; 2° Le Jour des Rois dans le Maine, etc., etc. On y retrouve ces mêmes formules d'incantation que nous citons plus haut. Voir aussi dans la môme Revue (année 1889) un intéressant article de M. Certeox : La Fête des Rois, relatif surtout à cette fête de l'ancienne Frauce, etc., etc.
Il est curieux de constater ces mêmes coutumes au Brésil. Nous lisons en effet dans le Folk- Lore Brésilien, par Santa-Anna Nehy :
« Le jour de s rois, dans plusieurs petites villes du Brésil, les jeunes gens se déguisent eu oergers et les jeunes filles en bergères. Ils s'en vont chantant joyeusement dans les rues, entrant daus les maisons dont les portes s'ouvrent devant eux à deux battants et où l'on remplit leurs plateaux d'aumônes en argent pour les pauvres.
ii A Bahia, et aussi en maints autres endroits, bergers et bergères rentrent daus les salons
du délinquant de grandes cornes en papier, de lui poser sur le nez une paire de besicles à verres énormes et, jusqu'à ce que la fête fût terminée, il devait rester ainsi attifé.
Les parts qui leur étaient réservées, les mendiants allaient de porte en porte les réclamer en chantant devant la porte :
Or, escoutés, seigneurs, bourgeois,
Nous prions Dieu et saint Eloi,
Le grand saint Hubert, notre Ardennois,
Qu'ils vous donnent bonne santé,
Bonne santé à volonté.
Quand nous serons tertous morts,
Et dans la terre boutés.
Point de parents ni d'amis
Ne nous viendront visiter.
L'un des mendiants — principalement à la campagne — entrait alors, recevait la part de gâteau qui l'attendait, prenait de la cheminée un tison enflammé et sortait en chantant :
Voilà la mort, qu'en ferons-nous?
En la jetant, elle fleurira A l'honneur des trois Rois.
Pour comprendre le sens mystique de ce dernier couplet, il faut rappeler qu'autrefois, dans les Àrdennes, il était d'usage, la veille du jour des Rois, d'allumer des torches et de parcourir les champs et les jardins en psalmodiant :
Taupes et mulots Sortez de l'enclos :
Beurre et lait Tout à plantée (foison).
illuminés, car ils sont attendu?, mais avant d'entrer ils chantent une chanson dont voici le premier couplet :
« Hé ! là-bas, noble? fçens, Ecoutez et vous entendrez !
Car des parages de l'Orient Sont arrivés trois rois .
Gaspard, Melcbior, Baltliazar, Sont accourus de l'Orient Pour adorer l'enfant-Dieu !
Jésus-Christ, tout puissant. »
Ces coutumes des rois sont d'ailleurs ti peu près les mêmes dans toute la France. Voici, par exemple, ce qui se passe dans la Beauce :
Au commencement du souper, on nomme un président, presque toujours la personne la plus âgée et la plus respectée parmi les convives. Avant d'entamer le gâteau traditionnel, le plus jeune garçon de la famille monte sur la table. Puis le président coupe une première tranche du gâteau et demande à l'enfant : « Pour qui ce morceau ? » L'enfant répond : « Pour le bon Dieu. » Cette part, en effet, est mise de côté pour être donnée au premier pauvre qui viendra la demander. D'habitude, ils ne se font pas espérer, car presque toujours ils sont trois ou quatre au dehors, hommes et femmes, épiant à travers les fentes de la porte et attendant l'occasion d'exprimer leur demande.
Quand le moment est venu, un d'eux chante sur un ton dolent un couplet souhaitant la « bonne année à la compagnie » et se terminant par la demande « de la part du bon Dieu. » Tous reprennent alors un refrain. L'enfant apporte ensuite la tranche de gâteau réservée, en disant : « Voilà la part à Dieu. »
Dans le Finistère, quand on partage le gâteau, on garde précieusement la patt des absents : une superstition locale veut que l'état dans lequel se conserve ce morceau indique précisément l'état de santé de l'absent.
Puis on abandonnait les torches sur le sol. Par cette pratique semi-gauloise, on croyait purifier la terre et la rendre plus fertile. Aussi les mendiants, une fois sortis, en jetant sur le sol le tison qu'ils avaient pris dans la cheminée, croyaient-ils qu'ils feraient refleurir la « morte » (la terre) « à l'honneur des trois rois » (1). Pour peu que la part de gcâteau n'eût pas été réservée, les quêteurs disaient :
Les trois rois mages se sont arrêtés Devant la porte des mal peignés.
A Gespunsart, les bergers avaient seuls le droit d'entrer dans les maisons pour y chercher leur part de gâteau (2).
C'était le jour des Rois que se faisait — et que se fait même de nos jours — le fameux « antibois, » par la jeune fille désireuse — mais ne le désirent-elles pas toutes — de connaître son amoureux.
Avant de se coucher, elle disposait sous l'oreiller de son lit un miroir sur lequel elle posait, en forme de croix, une paire de bas avec un démêloir au point d'intersection, ou bien elle posait sur une chaise ses habits d'une certaine façon, et se mettant dans le lit, en y montant du pied gauche, elle devait réciter tout d'un trait cette bizarre incantation :
Je touche à l'antibois,
Salut trois rois,
Salut Gaspard, Melchior et Balthasar!
Faites-moi voir en dormant L'époux que j'aurai mon vivant !
Cette formule n'était pas invariable, car au moment de monter dans le lit, toujours du pied gauche, après avoir récité cinq Pater et cinq Ave, elle pouvait dire aussi :
« J'ai récité ces cinq Pater et ces cinq Ave en l'honneur des trois grands rois ;
(1) Ces promenades nocturnes aux flambeaux — qui furent communes et le sont peut-être encore, à bien des pays en France — ces chants traditionnels, sorte d'incantation pour obtenir des récoltes abondantes, pourraient remonter au paganisme et rappeler les fûtes de Gérés qui se célébraient la nuit. Tout porte à le croire. Les fêtes de Gérés avaient lieu aux premiers jours de l'année quand les semences confiées à la terre commencent à germer et d'autres au printemps. Parmi les jours qui leur étaient consacrés il y en avait un qui se nommait Dies lampadum (le jour des flambeaux) en mémoire de ceux que la déesse alluma aux flammes du mont Etna pour aller chercher Proserpine. Dans la nuit qui le précédait, hommes et femmes causaient ç,i et la dans les campagnes eu agitant des torches enflammées et en chantant des hymnes à Gérés pour obtenir d'elle la fertilité de la terre. Ges fêtes nocturnes aux flambeaux furent universelles pendant tout le moyen-âge et se renouvelaient le premier dimanche de Carême. Toutes ces manifestations avec leurs rites divers ne sont donc évidemment que les restes défigurés d'une cérémonie païenne où le feu a conservé son caractère sacré.
(2) On faisait autrefois, dans les Ardennes, à cette occasion, des pains coniques appelés « miehots » composés de plusieurs sphères placées les unes sur les autres et successivement plus petites. Au sommet on plaçait un rameau de chêne ou de houx et les familles se les envoyaient réciproquement par les plus jeunes enfants. C'était un reste de coutume druidique et, quoique n'existant plus, les enfants réclament toujours leur rnichot aux parents qui rentrent des champs ou de voyage. — Portagnier : Histoire du Châtelet-sur-Retourne.
Voir sur les « gâteaux traditionnels en France » d'intéressantes études dans la Revue des Trad itions ( passim) .
Gaspard, Melçhior cl Balthasar, pour qu'ils me fassent voir en dormant celui que j'aurai en mon vivant. »
Puis, ayant fait un signe de croix de la main gauche, la jeune fille devait s'endormir sans dire une autre parole. Très souvent, ayant un amoureux en tête, il n'était pas rare que l'image du bien-aimé apparût en songe. Si la demoiselle voyait un berceau, c'était signe, sans qu'elle connût encore le père de l'enfant, qu'elle accoucherait dans l'année; si elle voyait des anges ou un cercueil, c'était signe de mort prochaine.
« À Chooz (Ardennes), le soir des Rois, au premier coup de minuit, les filles se lèvent avec précaution. Elles allument une chandelle qu'elles ont placée devant une glace. Un pied sur le lit, l'autre pied sur le plancher, elles récitent trois Ave Maria avec toute la ferveur dont elles sont capables. A peine la prière est-elle terminée que la glace soudain s'anime. Tantôt un beau jeune homme y passe souriant; la jeune fille se mariera et épousera le beau gars qu'elle a vu sourire. Ou c'est un cercueil qui apparaît sur le miroir ; la jeune fille ne se mariera pas et mourra au printemps de la vie. Si aucune image ne se montre, elle restera vieille fille (1). » Cf. Henri de Nimal dans la Revue des Traditions.
(1) Celte coutume de l'antibois est aussi très répandue dans la Meuse : voici eu effet ce que nous lisons daus le roman de M. J. de Concourt : Chérie.
u Minuit sonnant, Chérie (alors au château des Muguets, dans la Meuse) se levait, prenait une paire de bas de soie noire qu'elle pliait en croix sur un miroir: Ces bas noirs en croix et ce miroir, elle les plaçait sous son traversin, ainsi qu'une carte où elle avait écrit, avec une plume liée au quatrième doigt de la main gauche, le jour, l'heure, l'année de sa naissance et le nom de l'étoile du matin.
« Puis, déshabillée, un pied posé sur la barre du lit, elle jetait cette invocation dans la nuit :
Je mets le pied sur l'antibois ;
Je me couche au nom des trois rois.
Je prie Gaspard, Melçhior et Balthasar
De me faire voir
En mon dormant,
Le mari que j'aurai
En mon vivant.
« Alors elle se couchait sur le côté gauche.
« Hélas ! les superstitions du passé hantent les femmes de la plus haute société aussi bien que celles de la plus basse, et il est peu de jeunes filles du très grand monde qui, certains jours, n'interrogent l'avenir au moyen d'antiques sortilèges et de vieilles incantations magiques »
L'antibois dans les Vosges se fait la veille au soir de la Purification :
« La jeune fille veut-elle connaître l'époux qui lui est destiné, elle doit, la veille au soir de la Purification, en tournant le dos au feu, jeter une poignée de cendres sur les tisons ardents, de manière à les recouvrir aussi complètement que possible. Mieux les tisons seront cachés, plus le charme aura de chances de réussite. Pendant cette opération, la jeune fille dit :
Chandelier, Chandeleur
Je te eaedie à ... heures (indiquer l'heure exacte) Fais-moi voir en mon dormant Celui que j'aurai en mon vivant.
« Si elle va se coucher aussitôt et parvient à s'endormir sans avoir prononcé une seule parole, elle peut être certaine de voir dans son premier sommeil l'homme qui partagera, un jour, sa bonne et sa mauvaise fortune.
« La môme révélation peut être obtenue sans tant de complications, à n'importe quel moment de l'année, mais avec un moindre degré de certitude, si la consultante prend soin de placer ses jupes en croix sous son oreiller quand elle se met au lit, ou de bien disposer de la même façon sous sa tête les jarretières d'une personne avec laquelle elle couchera pour la première fois. Daus ce dernier cas, elle doit dire avant de se laisser aller au sommeil :
Que Dieu me fasse voir en dormant Le plus fidèle de mes amants.
« L.-F. Sauvé, Folk-Lore des Hautes-Vosges. »
C'était quelquefois aussi le jour des Rois — mais plus spécialement pendant le mois de mai — que les « Trimorets » ou « Trimouzets » allaient, de porte en porte, demander une petite pièce blanche ou toute autre offrande. Ces Trimouzets étaient de petits enfants qui se déguisaient en évèque, en enfants de chœur, et dont M. Bruge-Lemaître, dans son curieux recueil inédit : Les Types disparus, nous a conservé le costume. C'est un petit évèque ayant mitre en tète et habits sacerdotaux sur lesquels est jeté un manteau rouge. A ses côtés marchent deux enfants de chœur
Autre antibois, encoiv dans lus Hautes-Vosges :
" La jeune fille qui veut savoir de quel côté viendra le galant auquel elle donnera sa main n'a qu'à monter sur un tas de fumier le jour de la Purification, avant le lever du soleil, et à jeter son sabot en l'air. De la direction vers laquelle la pointe de son sabot sera tournée quand elle le relèvera, accourra, un jour, le mari désiré. » — Sauvé, Folk-Lore des Hantés-Vosges.
Dans la nuit du 28 ou du 29 février, en Saône-et-Loire, quand l'horloge va sonner minuit, l'amoureuse se met à la fenêtre de sa chambre et sans trop songer à se garantir du froid, qu'il y ait lune ou non, la tète levée, les yeux plongés dans l'inconnu, elle prononce ces paroles :
Bonjour mars !
Comment te portes-tu, mars?
Montre-moi dans mon donnant Celai que j'aurai dans mon vivant.
Cette invocation terminée, la jeune fille se couche et cherche à dormir, car en songe lui apparaîtra son amoureux.
En Suisse, pour savoir qui l'on épousera, il faut, la veille de la Noël à minuit, descendre de sou lit en posant à terre le pied gauche le premier et, si la lune brille, aller dans le carrefour et dire :
Lune ! ô ma tant belle lune !
' Toi qui connais ma fortune, Oh! lais-mot voir en rêvant Qui j'aurai pour amant !
La personne qu'on verra en rêve sera celle qu'on épousera.
Le premier vendredi de .chaque mois, dans maintes pensions de Paris — mais cet usage s'est-il vraiment perdu ? — les jeunes filles disaient en mettant leur pied sur la table de nuit :
Je mets mon pied sur ce petit antibois,
Le premier vendredi du mois,
En priant le grand saint Eloi
De me taire voir en mon dormant
Celui que je dois épouser de mon vivant.
Dans maintes villes de l'Allemagne et. aussi en Alsace, l'antibois se fait le 29 novembre, la . veille de Saint-André'. — o Aujourd'hui Saint-André. — Dorment tous les r/ens. — Tous les r/ens vivants. — Entre le ciel et la terre. — A l'exception de l'homme qui devra m'épouser. » Cette coutume se nomme « la vision de saint André. » Avant de se coucher, la jeune fille pétrit un homme en pain ou gâteau, et monte au lit en même temps qu'elle le mange et dit : « Je vais entrer au lifw — Saint André, je te prie. — Laisse-moi voir mon bien-aime'. — Qu'il soit jeune ou vieux. — Laisse-moi le voir. » — Souvent aussi la jeune fille ni' se contente pas de voir, elle voudrait aussi savoir. Pour apprendre si sou mari sera riche ou pauvre, elle met à cédé' de son lit deux verres, l'un rempli d'eau, l'autre rempli de vin. Si le fiancé boit le vin. il est riche; s'il boit de l'eau, il est pauvre. Dans les pays où il n'y a pas de vin. elles s'arrangent eu disant : « Si je dois l'épouser riche. — Qu'il tienne un rameau vert. — Si je dois l'épouser pauvre. — Qu'il apporte son pain. »
Datant des époques les plus reculées, dit .Mni° Edwige Heinëre, Revue des Traditions, livraison de janvier 1889, ces coutumes chrétiennes se sont confondues avec les superstitions païennes, comme nous le montre celle ancienne prière latine : « <> sanefe Andréa, effice, ut bonum, prium acquiram virum; hodie mihi ostende qualis sil qui me in uxorem dueere débet. » La première moitié' de la phrase es! chrétienne, la deuxième l'ait allusion aux anciennes superstitions germaniques. L'Avent — le julfert — était, l'époque où l'on adressait toutes sortes de questions au destin. Cette espèce d'ordalie avait lieu non seulement au sujet du mariage mais aussi à celui de la mort. Ou dressait, le soir, un petit las de farine ou de cendres, et si, le matin, on le trouvait écroulé, on était sur de mourir avant, la lin de l'année. Eue fillette de douze ans à laquelle nm' servante avait conseillé de rester seule auprès du fourneau el de réciter Nuire Père à l'envers pour voir apparaître son fiancé, aperçai vers les tninnil un fantôme enveloppé d'un linge blanc. « Nul autre que la mort, lui dit la servante, ne sera votre fiancé. » Et la jeune tille ne se maria pas, mais elle mourut... à soixante-dix ans, ayant eu ainsi la mort pour unique liaucé.
tenant, l'un une crosse, l'autre une grande croix d'or d'où pendent des rubans multicolores.
À Gespunsart, les Trimouzets chantaient en faisant leur quête :
(V) Marie est une merveille Plus brillante que le jour.
Sa beauté est sans pai'eille, Sans pareil est son amour.
. A l'honneur (le Notre-Dame
Il nous faut chanter toujours :
Marie, à toi noire flamme, Marie, à toi nos amours.
(VI) 0 mère de mon Dieu,
Vous quittez ce bas lieu, Pour jouir dans le ciel Du repos éternel; Ouvrez-nous donc un jour Le céleste séjour.
Nous sommes à genoux, Reine, priez pour nous.
Dans le pays de Rethel, le premier mai, une fdlette, aussi mignonne qu'on pût la trouver, était habillée de blanc. On lui posait sur la tête une couronne de fleurs et de rubans entrelacés et, accompagnée de ses petites amies, elle allait de maison en maison demander de la farine pour faire un gâteau. Si au lieu de farine on lui donnait de l'argent, les sommes recueillies servaient à l'entretien de l'autel de la Vierge.
La Trimouzette chantait, en quêtant :
Trimouzette! belle femme de céans, Nous revenons d'avas les champs.
Nous ont trouvé les blés si grands!
La blanche épine en florissant, Son fils Jésus, belle femme de céans.
Si nous venons devant votre porte, C'est pas pour boire ni pour manger :
C'est pour aider à avoir un cierge Pour y limier la Sainte-Vierge Son fils Jésus, belle femme de céans!
Un petit grain de voire farine.
Ne nous laites pas tant demander :
Noire Dame est bonne assez,
Pour vous bien récompenser,
Son iils Jésus, belle femme de céans.
Voici les deux cantiques que chaulait la Trimouzette à Tétaigne :