DEUXIÈME CANTIQUE
(VIII) Voici un joli mois de niai
Qui se présente à votre porte.
Si peu de chose lui donnerez, Nous le recevrons d'un bon cœur.
C'n'est pas pour nous que nous prions, C'est pour la Vierge Notre-Dame, C'est pour gagner le Paradis Si Dieu nous en faisait la grâce.
Voir ù uotre Livre 11 uuo variante, texte ut musique, de celte chanson.
A Puilly el Charbeaux, le jour du premier mai, ou dansait la mariée. Cet usage s'est perdu depuis une dizaine d'années environ. Une Ailette vêtue de blanc faisait le tour du village, entrant dans chaque maison pour demander de quoi habiller la Sainte-Vierge et son autel.
Dans le pays de Saint-Etienne-à-Arnes (1), le premier mai, les toutes petites filles allaient dans le village, de maison en maison, faire une quête pour « acheter un cierge à la Vierge. » L'une de ces Ailettes, vêtue d'une robe de mousseline blanche, la tête parée d'une couronne de fleurs blanches au milieu desquelles s'entrelaçaient des rubans blancs, faisait la Trimouzette. Avant de se mettre en route ces Ailettes formaient un cercle dans lequel, seule, dansait la Trimouzette. Puis on partait et, dans chaque maison, on chantait, sinon en entier, du moins un ou plusieurs couplets de la chanson que voici :
En revenant de dans vos champs (bis) Nous ont trouvé les blés si grands, La blanche épine fleurissant, Et l'alouette au ciel chantant.
Devant Dieu, c'est le mai, mois de mai, C'est le joli mois de mai.
Quand votre mari s'en va dehors {bis) Que Dieu le prenne en son accord, Et en l'accord de son fds, Nôtre-Seigneur Jésus-Christ.
Devant Dieu, c'est le mai, mois de mai, C'est le joli mois de mai.
(1) Voir, sur les fûtes de mai en général, un article très complet de M. P. Sébillot, dans la Revue des Traditions (mai 1888). Cet article est divisé en : Mai plantes. Quêtes de Mai. Rois et Reines de Mai, Facéties et Réjouissances. M. Sébillot y relève quelques curieuses coutumes communes à l'Angleterre et à la France; il uous indique aussi les similaires du pays de Gex, des Hautes-Alpes, de la Lorraine, du Poitou, de la Bretagne, du Berry, du Nord, du Jura, de la Gironde, du Périgord, du Forez, du Vauclusc, de la Provence, de la Picardie, du Hainaut, etc., etc. — Voir également la Revue des Traditions : année 1889.
Voir encore : A. Challamel : Mémoires du Peuple français: Monteil : Histoire des Français des divers états: Monnier et Vingtrinier : Coutumes du Forez, du Rugey: Richard : Traditions populaires de l'ancienne Lorraine: Laisnel de la Salle : Croyances du centre de la France; dans la Tradition, une férié d'articles du Dr G. Pitre; de Nore : Coutumes. Mœurs et Traditions des provinces de France: Sébillot : Coutumes de la Haute-Bretagne; Lecoeuk : Esquisses du Boccage normand: W.-S. Lach Szyrma : Le Mois de Mai en Angleterre, etc., etc., et aussi le très intéressant et très érudit ouvrage de AI. J. Tiersot : L'Histoire de la Chanson populaire.
Nous ne pensons pas qu'il y ait « dans ces arbres de mai, » dans ces arbres de la liberté, une tradition démocratique ou républicaine. Peut-être est-il plus sage de chercher dans « ces plantations » un sens mystique aujourd'hui perdu. — Cf. Gcbernatis : Mythologie, zoologique.
L'auteur italien y voit — pour ne rien abandonner de son système — la naissance ou plutôt le renouveau annuel du soleil. Le premier mai, écrit-il, fut jadis symbolisé en Toscane par un beau jeune homme, espèce d'Hermès ou de Bacchus, avec le thyrse. et figurant le réveil de la végétation. Dans son ouvrage : Baumkultus der Germanen, M. Manniiardt a épuisé ce sujet pour ce qui concerne les usages relatifs aux fêtes de mai. L'arbre de mai se trouve parfaitement décrit dans Polydore Virgile : De rerum inventoribus : Lugduni I08G. « ... Est consuetudinis. écrit-il, lit juventus promiscui sexus lœtabunda calendis mai exeat in agros et cantitans inde virides reportet arboricm ramos eosque ante domorum fores ponat el denique unus quisque eo die aliquid viridis ramusculi vel herbœ ferat, quod non fecisse pœna est, preesertim apud Halos un madefiat. Hœc vel a Romanis accepta videntur apud quos sic flora cunctorum fructuum dea mense maio lascive colebatur »
Ces arbres de mai sont très populaires en Italie où les amoureux posent aussi devant la porte de leurs belles des plantes symboliques.
Quand vous couchez votre bel enfant (bis) De la main de Dieu qu'il soit gagné (1), A son coucher, à son lever, Et à toute heure de la journée. Devant Dieu, c'est le mai, mois de mai, C'est le joli mois de mai.
Un petit brin de voire farine [bis]
Ce n'est pas pour boire ni pour manger;
C'est pour aider à avoir un cierge
Pour lumer la noble Vierge.
Devant. Dieu, c'est le niai, mois de mai,
C'est le joli mois de niai.
Madame, ne vous faites pas tant prier (bis)
Madame, ne vous faites pas tant demander :
Car notre Dame est bonne assez
Pour vous bien récompenser.
Devant Dieu, c'est le mai, mois de mai,
C'est le joli mois de mai.
Ici, la maîtresse du logis faisait son offrande à la Trimousette, et les petites filles chantaient ce couplet final :
Madame, nous vous remercions (bis) De votre bonne intention ; Nous prierons Dieu dans votre maison, Aussi quand nous en sortirons.
Devant Dieu, c'est le niai, mois de niai, ("est le joli mois de mai ("2).
Il était d'usage, dans plusieurs communes ardeunaises, qu'après l'office des Rameaux, chaque famille allât planter une hranche de pàquette sur la tombe de ses morts, ou dans les champs pour les rendre plus fertiles.
A Saint-Etienne-à-Arnes, le vendredi-saint, autrefois — et aujourd'hui même encore, paraît-il, — on « noyait l'coup'ron, » c'est-à-dire que sur la rivière, ou sur l'eau d'un étang ou d'un gué, on plaçait des planchettes auxquelles était fixée une petite chandelle allumée, et alors les jeunes gens criaient : « }" noie ! Y noie l'coup'ron ! Y noie! » Voici l'explication de cette ancienne coutume. Le couperon était une lampe fumeuse dont jadis on se servait pour éclairer les veillées. Elle se composait d'une petite assiette en fer, d'une autre plus petite assiette en terre que contenait l'autre et dans laquelle on mettait l'huile et la mèche. La première était
(1) Voir au Livre II : La Sorcellerie pans les Audennes, l'explication du mot « sagné. »
(2) « Dans toute la Provence, le premier mai, on choisit de jolies petites lilles qu'on habille de blanc et que l'on pare (l'une couronne et de guirlandes de roses. On l'appelle le « mayo. » On lui rlève dans les rues une sorte d'estrade jonchée de lleurs. ou bien on le promène par la ville. Les mayos sont toujours en grand nombre dans chaque localité et leurs compagnes ne manquent pas de réclamer une Offrande à tout passant. » — De Noue : Coutumes, Mythes et Traditions des provinces de France, Paris, 1846.
agencée d'un crochet pour la fixer au mur de la cheminée, tout proche du feu. Or, comme les veillées se terminaient toujours lavant-veille de Pâques, on noyait le couperon le vendredi-saint. Cette coutume signifiait : « Voilà l'hiver qui s'en va et avec lui les veillées. »
Dans le pays de Carignan — et aussi à Vrigne-aux-Bois, — jadis, à l'occasion des fêtes de Pâques, l'instituteur, aidé de quelques élèves, fabriquait dans un moule spécial des hosties, grandes et petites, qu'il faisait bénir parle curé de sa commune. Le samedi-saint, il allait de maison en maison, donnant pour chaque maison d'abord une grande hostie et ensuite autant de petites hosties qu'il y avait de membres dans la famille : les petites hosties devaient être mangées; quant à la grande, elle était immédiatement collée à la porte d'une armoire et y restait toute l'année. En échange, le « marli » (1) — ainsi s'appelait alors l'instituteur — recevait ou des œufs ou même de l'argent. Aujourd'hui, cet usage s'est un peu perdu dans ce qu'il avait surtout de brutal : ce sont les enfants de chœur qui portent de l'eau bénite et reçoivent en échange un petit présent.
A Coucy, de temps immémorial, cette distribution se fait le dimanche : une femme indigente, désignée par le maire d'accord avec le curé, va, munie d'une branche de buis et d'un vase d'eau bénite, de maison en maison, et asperge le foyer de la cheminée principale. Celte femme reçoit en échange quelques gros sous, ou du pain ou de la viande.
Même usage à Blanzy, Gomont, Saint-Germainmont, et dans quelques autres villages ardennais. En outre, la coutume de passer de maison en maison, le jour ou la veille de Pâques, pour recueillir des œufs, était, et même est encore habituelle à certaines communes ardennaises. A Saint-Etienne-à-Arnes on mange, le lundi de Pâques, les « soupes dorées » : ce sont des œufs battus comme pour faire une omelette et dans lesquels on trempe des tranches de pain (2).
Dans le pays de Blanzy — et surtout à Blanzy, — quand arrive la semaine sainte, le curé choisit dix enfants du village dont la mission sera, pendant cette période, d'annoncer les offices et les ténèbres. Ils parcourent le village dont ils font trois fois le tour en agitant des « broyons » (crécelles), s'arrêtent à tous les carrefours, à toutes les croix posées sur le chemin ou aux embranchements des routes et appellent les paysans qui travaillent aux champs, en chantant : 0 Crux ave !
(li Marli, marlier, contraction de marguiller ; l'instituteur, à celte époque, s'occupant presque autant de l'église que de l'école.
(2) Ces œufs, soit qu'on les mangeât, soit qu'on les vendît, étaient, le soir venu, un prétexte à bombances faites au cabaret. « A Rimogne, autrefois, — nous écrit M. Watin, instituteur à La Richolle, — les ouvriers étaient divisés en brigades de douze, quinze, vingt hommes, et chaque brigade avait son auberge spéciale. Chaque homme de la brigade y allait boire quand l'idée ou le besoin lui en prenait et à la fin du mois tous venaient faire, loyalement, les « comptes de brigade. » En récompense des nombreuses dépenses que, dans une auberge, pouvait faire, annuellement, une brigade, l'aubergiste, quand venait le mardi de la semaine de Pâques, donnait des œufs de Pâques et, pour chaque homme, une livre de « grosse » (viande cuite dans son jus). La brigade, alors, faisait un repas en commun, ou même plusieurs brigades ensemble, caria même auberge pouvait avoir plusieurs brigades. Dans quelques-uns de ces établissements, il se donnait quelque:ois, parmi, au moins cent livres de « grosse; » mais les bénéfices réalisés par les aubergistes étaient souvent fort considérables : aussi, autrefois, grâce à ces brigades formant une riche clientèle, plusieurs d'entre eux tirent-ils fortune. »
Le vendredi-saint ils font six fois et le samedi-saint neuf fois le tour de l'église, toujours en agitant leurs broyons. Le samedi soir, ces enfants prennent chacun un panier et vont quêter de maison en maison. Ils portent consciencieusement au presbytère le produit de leur quête et le curé fait la distribution.
La fête du 1er mai se célébrait joyeusement dans les Ardennes, comme dans la France entière. Dans la nuit qui précédait ce jour, la coutume était autrefois de porter une branche d'arbre sur le toit de la maison où demeurait sa belle : les maisons étaient alors recouvertes en chaume. Cette branche avait une signification : le frêne signifiait « Je t'aime ; » la sault « Je te vaux; » le boule « Je te roule (?) ; » le sureau « Je te suis; » le peuplier « Je le renie » (1).
Pour se moquer d'une jeune fille, on adossait un balai à la porte de sa maison ; voulait-on lui reprocher d'être une coureuse, on attachait un vieux pantalon au manche de ce balai.
Ailleurs on plantait le mai devant la porte de sa maîtresse et tout garçon, dans la matinée du 1er mai, devait tenir à la main une petite branche : malheur à qui était pris sans vert, il payait une amende.
En plantant le mai, les jeunes gens chantaient ("2) :
({) Ces plantes paraissent avoir été choisies à cause des assonnances : frêne, je t'aime; boule, je te roule, etc.; car, dans la Mythologie des plantes, de Gubernatis, nous avons cherché, mais sans les trouver, les relations qui pouvaient exister entre le sureau, le peuplier, le frêne, le bouleau et la signification que leur donne l'imagination populaire. Bien mieux, dans cet ouvrage si curieux et si savant, le frêne, qui, dans les Ardennes, signifie « je t'aime, » a souvent une signification sinistre, surtout en Allemagne et en Kabylie.
En Bretagne — nous dit M. Sébili.ot : Coutumes de la Haute-Bretagne, — on plante aussi des mai devant la porte des jeunes filles ; si l'on n'en met pas, c'est que personne n'aime la jeune fille ou que sa vertu est soupçonnée. Le bouquet se compose de fleurs emblématiques qui signifient :
le chèvrefeuille, ma douce amie ; le thym, p ; l'aubépine, la virginité ; et lorsque les fleurs sont
épanouies, cela signifie que, le jour de ses noces, la demoiselle n'aura pas le droit de porter une couronne de fleurs d'oranger.
Dans certaines contrées de la France, lorsqu'un enfant est né chétif, à peine viable, on a soin de mettre dans son berceau des branches de bouleau desséchées au four. En Laponie, on plante un bouleau devant la hutte où la mère vient de donner naissance à un enfant.
L'épine blanche, ou aubépine, est un des plus charmants arbustes de nos campagnes, surtout lorsqu'au printemps elle blanchit les haies reverdies et embaume l'air tiède de sa suave et délicate senteur. Dans presque toute la France, elle est l'objet de croyances traditionnelles. Est-ce depuis que ses branches ont couronné le front du Christ sur la croix qu'elle est devenue, un peu partout, un préservatif contre les malignes influences ? Déjà, dans le mariage romain, on lui reconnaissait cette vertu singulière. Un enfant marchait devant la mariée et chassait les maléfices avec une torche d'épine blanche.
Dans l'Aube, nous dit M. Fertiault, quand arrive mai, dès le petit matin, hommes et femmes vont chercher les jolies petites fleurs jaunes des genêts et, quand la provision est suffisante, reviennent au village. Moissonneurs et moissonneuses se divisent alors et vont de porte en porte semer leur récolte à poignée. Les semeurs tracent ainsi, avec une précision cruelle, un chemin jaune de telle maison à telle maison. Les tenants et les aboutissants de ces routes égrillardes ne laissent aucun doute : aussi faut-il voir les rires, les propos salés et aussi les mines déconfites ou rageuses quand s'éveille le village.
(2) Une variante de cette chanson, citée par la Revue des Traditions populaires (mai 1889), se termine, après le neuvième couplet, par ce dixième et dernier couplet :
Qui vous servira bien, On a la lire-lire, Qui vous servira bien, » Quand la viande s'ra cuile.
Dans la Revue des Traditions populaires, on trouvera un grand nombre de chansons de mai en usage dans les divers pays de France. Nous ne pouvons qu'y renvoyer nos lecteurs, car il serait trop long de les signaler toutes.
Le recueil des Poésies populaires de la France, manuscrit déposé à la Bibliothèque nationale, contient aussi quelques Mai ardennais et aussi certains chants de « Trimouzets. »
Voici le mois de mai,
On a la lire-lire,
Voici le mois de mai,
Que donn'rai-je à ma mie? (ter)
Nous lui plant'rons un mai !
On a la tire-lire, Nous lui plant'rons un mai Devant sa porte jolie, (ter)
Tout en plantant le mai,
On a la tire-lire,
Tout en plantant le mai,
Nous lui d'mand'rons la fille, (ter)
Nous demandions la jeune, On a la tire-lire, Nous demandions la jeune, C'est la plus jolie, (ter)
La vieille qui monte en haut, On a la tire-lire, La vieille qui monte en haut, Qui pleure et qui soupire, (ter)
Son père qui l'entend ,
On a la tire-lire,
Son père qui l'entend :
Que vous faut-il, ma fille ? (ter)
Ma sœur a des amants,
On a la tire-lire,
Ma sœur a des amants,
Et moi, je rcst'rai fille, (ter)
Consolez-vous, ma fdle, On a la tire-lire, Consolez-vous, ma fdle, Nous vous marierons riche (1er)
A un vendeur d'oignons,
On a la tire-lire,
A un vendeur d'oignons
Et" marchand de pommes cuites, (tei
S'en va parmi la ville,
On a la tire-lire,
S'en va parmi la ville
En criant aux pommes cuites, (ter)
A quatre pour tm sol,
On a la tire-lire,
A quatre pour un sol,
C'est de la bonne marchandise.
On chantait encore :
(X) Le premier jour de mai, Et Ion Ion la tire-lire, Le premier jour de mai, Que donn'rai-je à ma mie ? (ter)
Un mai je lui plant'rai, Et Ion Ion la tire-lire, Un mai je lui plant'rai, Le mai et la racine, (ter)
Quand le mai fut planté, Et Ion Ion la tire-lire, Quand le mai fut planté, 11 alla boire chopine. (ter)
Quand la chopine fut vide, Et Ion Ion la tire-lire, Quand la chopine fut vide, Il demanda le pot. (ter)
Quand le pot y fut vide, Et Ion Ion la tire-lire, Quand le pot y fut vide, Il demanda la pinte, (ter).
Quand la pinte fut vide, Et Ion Ion la tire-lire, Quand la pinte fut vide, 11 demanda la fille, (ter)
Laquelle voulez-vous?
Et Ion Ion la tire-lire, Laquelle voulez-vous, La grande ou la petite? (ter)
La grande est fiancée, El Ion Ion la lire-lire, La grande est fiancée, La petite est promise (ter)
A un plus beau que vous, Et Ion Ion la tire-lire, A un plus beau que vous, Mais il n'est pas si riche, (ter)
Il n'a que six cents francs, Et Ion Ion la tire-lire, Il n'a que six cents francs, Mais vous en avez mille. (1er)
On chantait aussi :
Voici le mois de mai :
Il ne faut plus dormir.
Faut aller voir sa mie A l'heure de minuit.
Lurette à fin luron !
Lurette à luron (in !
— Ma mie, y dormez-vous ?
— Je n'y dors pas : j'y veille, Ami, je pense à vous.
Lurette, etc.
J'ai l'épaule rompue D'avoir porté le mai ; Si ma mie était sage, Elle m'en remercierait.
Lurette, etc.
Ma mie est trop jeunette :
D'amour n'sait ce que c'est.
Ma mie, ma douce amie, Faites-moi un bouquet.
Lurelte, etc.
— Quel bouquet vous ferai s-j e ?
Les romarins sont secs.
— La blanche marguerite Ne perd pas sa couleur.
Lurette, etc.
Non plus qu'une fillette Près d'un franc serviteur.
Ma mie, ma douce amie, Pour un bouquet, mon cœur. Lurelte à fin luron !
Lurette à luron fin !
On chantait enfin :
Le mois de mai est arrivé, Un beau bouquet lui présente.
C'est le mi, c'est le mi-mai, C'est le joli mois de mai.
Dans le pays de Blanzy, d'Aire, de Gomont, de Saint-Germainmont et d'Asfeld, plus particulièrement, les garçons, le premier mai, entraient dans les maisons où se
trouvaient leurs belles et ornaient les cheminées — ou l'une des cheminées — de branches vertes. La veille du 15 mai, les garçons passaient ordinairement la nuit blanche et ils allaient réciproquement dans chaque village voisin essayer d'enlever ces branches que les jeunes filles défendaient de leur mieux : -c'était alors une fête dans tous les villages témoins de ces luttes très pacifiques et toutes galantes, il faut le reconnaître. Ces usages n'existent plus aujourd'hui.
Puis venait le jeu des œufs rouges dits « maioles. »
Les garçons ayant des maioles plein les mains, plein les poches, et enfilé dans chaque bras des gâteaux en forme de couronne, s'assemblaient par groupes, escaladaient les petites collines qui dominaient leurs villages, et du haut de ces monticules laissaient rouler les œufs et les gâteaux que les enfants, attendant les maioleurs dans la vallée, se disputaient à qui mieux mieux. Et il y avait encore plus de torgnoles reçues, peu dangereuses, il est vrai, que d'œufs cassés et de gâteaux rompus.
Les feux de la Saint-Jean étaient l'occasion de grandes réjouissances. Autrefois, chacun, muni de son fagot, allait processionnellement, clergé en tête, dresser le bûcher, puis peu à peu le clergé se désintéressa de ces fêtes et ce furent les jeunes gens qui, faisant le tour du village, traînant et poussant des voitures à bras, faisaient la provision de bois et de branchages nécessaires à ce feu de la Saint-Jean (1).
Et tant que la flamme pétillait, les crins-crins du village râclaient leurs airs les
(1) Saint Jean possédait, dit-on, une ferme et de nombreux domestiques, et sa patience était si grande que. jamais ces derniers ne parvenaient à le mettre en colère, lis imaginèrent, un jour, de faire un feu immense devant la porte du saint : C'était en juin.
Saint Jean sortit et, se frottant les mains, dit à ses domestiques :
— Voilà une bonne idée, mes enfants, car le feu est bon en tout temps.
Et c'est depuis cette époque qu'en plein mois de juin on fait les feux dits de Saint-Jean.
Dans certains pays, les vieilles femmes, un chapelet à la main, tournent quatorze fois autour de ce feu et les moissonneurs les imitent, disant sept Pater et sept Ave pour n'avoir pas mal aux reins en moissonnant. En Corse, et dans le midi de la France, c'est un arbre entier qu'on allume et, autour, dansent garçons et filles. — Voir Ch. Gaillon dans la Renie des Traditions (année 1887).
L'usage d'allumer des feux à diverses époques de l'année était assez répandu dans l'antiquité païenne. Un de ces feux s'allumait au solstice d'hiver, un autre au solstice d'été, moment de la pleine lune solsticiale que les anciens appelaient lampas. L'un et l'autre de ces feux passaient pour avoir des vertus puriflcatives.
L'Eglise, ne pouvant détruire l'usage de tous ces feux, dut se résigner à en sanctifier quelquesuns pour les détourner de leur objet ainsi qu'elle le fit pour d'autres coutumes et traditions païennes. 11 est à remarquer que les Pàlilies décrites par Ovide se célébraient avec des rites semblables à ceux observés aux feux de la Saint-Jean. Ce qu'on peut affirmer, c'est que le feu de la Saint-Jean fut longtemps — et en bien des endroits il l'est encore — regardé connue un feu sacré par les populations des campagnes, comme un feu qui purifiait et préservait. Les mille superstitions dont il était l'objet se sont modifiés en traversant le cours du temps, toutefois elles oui conservé assez de (rails de leur caractère primitif pour qu'on voit dans ces superstitions les vestiges de croyances antérieures au christianisme, pour faire reconnaître entre le feu de la Saint-Jean et l'ancien culte du soleil par les populations de la Gaule celtique et tic la Gaule romaine un rapport direct évident.
Certains rites caractéristiques en usage à celte fête dans certains lieux paraissent d'ailleurs
plus gais et la jeunesse dansait ; puis, pour terminer la fête, chacun de se prendre par la main et, en chantant, de danser au rond autour du foyer éteint.
Ne pas allumer les feux de la Saint-Jean, était exposer les champs aux plus grands desastres. Une fois qu'il pleuvait, on crut, nous ne savons plus dans quel village, ne pas devoir rendre au saint l'hommage accoutumé. Il en fut si dépité, dit la légende, et, rancunier comme un simple mortel, il fatigua tellement le bon Dieu de ses plaintes, qu'il obtint que la grêle ravageât les champs de ceux qui lui avaient fait un si sanglant affront.
A Revin, à travers les feux de la Saint-Jean, la jeunesse lançait, en faisant des signes de croix, des couronnes de fleurs qui, traversant les flammes trop rapidement pour être brûlées, ressortaient bénites du côté opposé.
L'ancienne coutume était aussi de jeter des chats au beau milieu des flammes (1). Voir, à ce propos, ce que nous disons au chapitre précédent.
confirmer cette opinion. Ainsi, à Perthuis,, dans le Poitou, pour célébrer la Saint-Jean, on promenait à travers champs une roue entourée d'un bourrelet de paille goudronnée qu'on allumait avec un cierge bénit, afin de rendre fertiles les sillons.
Le même usage avait lieu en Bohème ; on laissait glisser du sommet des collines une roue entourée de paille à laquelle on avait mis le feu, et cette roue passait flamboyante à travers la nuit, comme un symbole de la clarté du soleil. — Voir dans le Magasin pittoresque, année 1880, une étude sur les : Usages et coutumes de la Bohême et de la Belgique.
M. Albert Re ville — Le Mythe de Prornéthe'e : Bévue des Deux-Mondes, tome 40 — rapporte qu'en 1779 on faisait à Trêves rouler du haut d'une montagne jusque dans le fleuve une grande roue recouverte de paille et traversée par une barre de bois. Le feu y était mis au moment de la lancer et le disque enflammé se précipitait dans la rivière aux cris bruyants de la foule qu'attirait ce spectacle. Cette coutume répandue dans les régions germaniques s'est conservée jusqu'à nos jours sur les bords de la Moselle et en Souabe.
Cette roue flamboyante dans sa course n'est-elle pas l'image, grossière sans doute, mais vive et symbolique, du soleil dont la chaleur bienfaisante féconde la terre. — Voir Lecoelr : Le Boccage normand.
Jadis, nous apprend Monteil : Histoire des Français des divers e'tats. il était d'usage dans les Hautes-Alpes, quand arrivait la Saint-Jean, d'offrir au soleil levant un plat d'oeufs cuits qu'un homme élevait au-dessus de sa tête. Ces feux de la Saint-Jean sont d'ailleurs communs à tous les pays. — Lavater — de Spectris Lemurihus — dit qu'ils étaient allumés pour chasser les démons.
Voir Gaidoz : Le Dieu gaulois du soleil et le Symbolisme de la roue; Renault : Esquisses historiques sur les chants et les feux de Noël et de la Saint-Jean.
(1) En 1573, l'année qui suivit la Saint-Barthélémy, le roi Charles IX assista, suivant ta coutume, au feu de la Saint-Jean. Jusqu'alors, on s'était contenté de brûler des chats; mais, en cette année 1573, Lucas de Pomereu s'avisa, pour donner, est-il dit au rapport, plus grand plaisir à Sa Majesté', de joindre un renard vivant aux vingt-quatre victimes, et les Parisiens s'étaient fort réjouis de cette heureuse innovation.
Enfin Charles IX arriva, environné de toute sa cour, et le prévôt des marchands, s'avançant à sa rencontre, lui plaça entre les mains une torche faite de cire blanche et ornée d'une poignée de velours rouge. Le roi ayant mis le fou au bûcher, en un instant la flamme atteignit le sommet du mât, se répandit sur tous ses rameaux, et bientôt tout l'échafaudage s'écroula, en faisant jaillir dans les airs des milliers d'étincelles; chats et renard avaient vécu, non sans signaler leurs derniers moments par d'horribles hurlements.
La foule parisienne, à laquelle la bride était, alors lâchée, se précipita sur le bûcher encore fumant, pour en enlever les débris qui, portés en sachets ou suspendus au foyer domestique, devaient, d'après la croyance populaire, éloigner la foudre, prévenir les maladies contagieuses, combattre les sortilèges, et procurer aussi, dans l'année, de bons mariages aux jeunes filles.
" 11 y a encore quelques villes dans le royaume — disait Saint-Foix en 1706 — où le maire et les échevins font mettre dans un panier une ou deux douzaines de chats, et les brûlent dans le feu de joie de la veille de la Saint-Jean. Cette barbare coutume, dont j'ignore l'origine, subsistait même dans Paris, et n'y a été abolie qu'au commencement du règne de Louis XIV. »
L'auteur des Essais historiques s'indigne avec raison contre l'injustice et la cruauté du divertissement de la Saint-Jean : « Le premier homme, dit-il, qui crut qu'il pouvait être barbare envers les animaux, ne tarda pas à étendre son orgueil et à croire qu'il pouvait l'être envers son frère plus faible que lui; ainsi le despotisme sur les hommes tire son origine de celui qu'ils commencèrent à s'attribuer sur les animaux. »
Nous ne pouvons nous étendre sur les fêtes locales particulières, dont les détails n'ont rien de bien frappant, ces fêtes, dans chaque village, consistant plus spécialement en chants, en danses, et en pas mal de stations au cabaret pour y fêter le saint sous le patronage duquel le village s'était placé, sans compter les sérénades données au maire ou aux personnes plus ou moins marquantes de la localité. Dans certains villages on mange, à cette occasion, des gâteaux traditionnels, des gâteaux du crû : par exemple « les rouillettes » à Saint-Etienne-à-Arnes, et ailleurs les « tournillots; » espèces de gâteaux ronds percés au milieu, en forme de couronne.
En outre, et pour mentionner quelques fêtes particulières, il nous suftira de citer la fête de Saint-Nicolas pour les enfants qui, cependant, dans les environs de Civet, préféraient fêter Saint-Grégoire, allant ce jour-là, affublés de rubans et armés d'un sabre de bois, dans toutes les maisons pour y demander du feu; la fête de Saint-Eloi (1), de Sainte-Barbe, plus particulièrement célébrées par les métallurgistes, les ardoisiers, les pompiers; les fêtes des Vendanges, dans la partie plus spécialement champenoise des Ardennes, très importantes au commencement du siècle, mais aujourd'hui disparues.
A cette époque, quand approchait la maturité des raisins, les campagnards embauchaient des « mussis, » hommes qui s'embusquaient dans les vignes pour les protéger des grapilleurs. Puis, la vendange terminée, le curé et l'instituteur, qui avaient droit à une part de vin, renvoyaient recueillir par leurs émissaires munis d'un « sapin, » espèce de cuve de bois, dans lequel, suivant sa générosité, chacun versait ce qu'il voulait donner de vin.
(1) Saint Eloi est encore très populaire dans les Antennes, et nos forgerons, nos orfèvres ne manquent jamais de célébrer sa fête le 1er décembre. On le fête d'ailleurs dans toute la France à pareille époque, mais en Bretagne, nous apprend M. Luzel {Légendes chrétiennes de la Basse-Bretagne), on l'invoque en outre comme protecteur des chevaux. Le jour de sa fête, surtout la nuit qui le précède, on voit sur les routes de longues files de chevaux se dirigeant vers les nombreuses chapelles qui lui sont consacrées dans le pays. On les asperge, on les lave avec l'eau de la fontaine du saint; on leur en fait boire aussi, puis ou suspend aux murs de la chapelle, à l'intérieur, des crins arrachés à leurs queues, souvent même des queues entières. La légende de saint Eloi qui se disait « le maître des maîtres, le maître sur tous » et puni de son orgueil par Jésus-Christ, est l'une des plus jolies, des plus délicates que nous puissions trouver. M. Luzel, dans l'ouvrage cité, en donne une forte intéressante version (p. 93-103). Voir aussi dans Loys Bkuykhes : Contes de la Grande-Bretagne (p. 329), « comment Eloi fut puni du péché d'orgueil. » Nous retrouvons aussi cette légende dans les Contes agenais, de Bladé : « Le Voyage de Notre-Seigneur, » suivi de notes fort érudites de .M. Kœlher, le savant bibliothécaire de Weimar; dans les Contes de Grim : « Le Joyeux Frère, le Jeune Nain brûlé. » — A citer encore, entre autres, un Conte norwégien : « Le Maître Forgeron ; » deux contes russes dans le Becueil de Ralston : « Le Forgeron et le Démon » (p. 63).
La légende de Saint-Eloi, dil .M. Loys Bruyères, n'est que la reproduction, sous une forme chrétienne, d'une ancienne tradition Scandinave. L'ange gardien — (dans le conte irlandais rapporté par .M. L. Bruyères, ce n'est pas Jésus-Christ, mais un ange qui vient chez saint Eloi) n'est autre que le forgeron Yœlundr, de l'Edda, et quant à l'épisode de la jambe du cheval, cassée puis resoudée, elle ne se trouve pas, à la vérité', dans les fragments de poème sur Yœlundr, niais dans un grand nombre d'histoires apparentées à cette légende.
.M. Quicherat croit entrevoir dans le culte dont saint Eloi est généralement l'objet de la part des forgerons et des maréchaux-ferrant's, l'indice plus ou moins vague, d'ailleurs, du culte qui s'attachait, à l'origine, à quelque divinité gallo-romaine du celtique et. dont le sens a été détourné au profit du christianisme, connue cela se voit très fréquemment, tant pour les anciennes légendes et traditions populaires que pour les monuments de l'antiquité gauloise ou romaine. — Cf. Revue des Sociétés savantes, citée par Luzel eu note de la légende de Saint-Eloi, dans ses : Légendes chrétiennes de la Basse-Bretagne.
Comme eu Bretagne surtout, comme dans les Ardennes plus rarement, on invoque saint Eloi
A Mouzon, le jour de la fête patronale, on jouait plus spécialement aux quilles, et si nous mentionnons ce jeu, fort connu cependant, c'est que nous trouvons ce détail inédit dans la liasse H 490, provenant du fonds de l'abbaye de Mouzon, et déposé aux archives :
« En l'abbaye de Notre-Dame de Mouzon, il y a un office de prévôt estably pour créer et continuer en l'absence de M. l'abbé... Appartiennent audit prévost les jeux de quilles qu'il admodie ès-jours de feste des villages, et les valets de la feste luy doibvent venir demander la permission de faire la grande danse et ont de coutume en venant demander ladite permission de luy apporter quelque présent. »
A Rumigny, le mardi de la fête, grande procession que l'on appelle la procession des cocus. Garçons et fdles, tous parés de rubans jaunes ou de fleurs jaunes à la boutonnière, font, musique en tête, le tour du village et chantent (mais plus particulièrement les jeunes gens) :
Cocu, cocu mon père, Si mon père est cocu, C'est la faute à ma mère Qui l'a voulu.
Autrefois, il y a longtemps, bien longtemps, peut-être au commencement du
pour, avoir de bons chevaux, et même, s'ils sont malades, pour obtenir leur guérison, pour " barrer » leur maladie. Et d'après M. Sauvé : Folk-Lore des Hautes-Vosges, si les maréchauxferrants l'ont choisi pour patron, c'est qu'il les préserve des ruades et les garde de tout accident lorsqu'ils ont à ferrer des chevaux vicieux. On peut sans crainte ferrer tout cheval, quelque difficile qu'il soit, si l'on a la précaution d'en faire le tour en disant :
« Je te conjure, au nom de Dieu, et te commande d'avoir à te laisser ferrer pour homme porter ni plus ni moins que Jésus fut porté en Egypte par la Sainte-Vierge. »
Il faut, ensuite, dire en l'honneur du saint un Pater et un Ave.
La Saint-Eloi, la Saint-Nicolas, la Sainte-Barbe, la Sainte-Catherine, se célèbrent chaque année dans les Ardennes, mais sans que la célébration de ces fêtes soit accompagnée, comme dans maints pays de France et d'Europe, d'usages particuliers. Les enfants reçoivent des jouets, plus ou moins nombreux, plus ou moins riches, les corporations ouvrières s'assemblent dans un banquet et c'est tout. Nous sommes loin, on le voit, de ces coutumes souvent poétiques qui entourent parfois ces fêtes dans d'autres régions, surtout la fête de Saint-Nicolas, mais sur lesquelles il serait trop long, ici, de s'appesantir.
Dans les Vosges, les jeunes gens désireux de se marier ne doivent pas manquer de dire en se levant, quand arrive la Saint-Nicolas :
Saint Nicolas Qui mariez lea filles avec les pas, Ne m'oubliez pas.
Les femmes stériles invoquent aussi saint Nicolas pour avoir des enfants, les femmes enceintes pour en obtenir de beaux, les filles pour trouver des maris. Et chez nos voisins des Vosges, il n'est pas de mère qui n'obtienne de son enfant tout ce qu'elle voudra en lui chantant :
Saint Nicolas, rewaude las étants Que n'sont mi méchants, • Et las pents gahhous Sot pris cli bùhon.
Saint Nicolas, veille sur les enfants. — Qui ne sont pas méchants. — Et les mauvais garnements. — Sout pris par la buse. — Cf. Sauvé : Folk-Lore des Hautes-Vosges. Voir dans notre Livre .111 : Chansons, la Complainte de Saint-Xieolas.
seizième siècle, la commune de Gary célébrait sa fête patronale, le jour de l'Assomption, c'est-à-dire au mois d'août , en pleine moisson. Or il arriva qu'à Neufmaison, commune voisine de Clavy, les fidèles, ayant eu à se plaindre de saint Mathieu dont la statue était placée dans l'église et qu'ils vénéraient d'une façon toute particulière arrachèrent, une nuit, cette statue de son socle et, la jetèrent dans le Thin. Miraculeusement elle surnagea et fut portée par le courant jusqu'à Clavy où elle fut recueillie avec toute la vénération qui lui était due et installée processionnellement dans l'église. Puis on décida que la fête patronale ne se célébrerait plus en août, mais bien le 21 septembre qui était précisément le jour consacré à saint Mathieu.
Mais à Neufmaison, le premier mouvement de colère étant passé, on se repentit fort d'avoir si cavalièrement jeté à l'eau la statue de saint Mathieu, on craignit même une vengeance éclatante de ce bienheureux; aussi envoya-t-on à Clavy une délégation avec prière de demander la statue et ordre formel de ne pas revenir sans elle.
Refus énergique et procès porté devant l'officialite qui rendit le jugement suivant : « La commune de Clavy devra rendre à la commune de Neufmaison, repentante, la statue de saint Mathieu, mais conservera à l'avenir le droit de célébrer sa fête le 21 septembre en mémoire de cette singulière aventure. »
En outre, il fut encore décidé par l'officialite que chaque année, le 20 septembre au soir, celui qui s'était, dans le cours de l'année, le plus récemment marié, se rendrait à Neufmaison et demanderait, comme s'il l'eût vraiment ignoré, « quel jour se célébrait la fête du saint? » — « C'est demain, » lui était-il répondu, et l'ambassadeur revenait à Clavy, disant avec un étonnement feint : « Vous savez! C'est demain la fête de saint Mathieu, nous n'avons pas de temps à perdre ! »
Cependant cette servitude fut bien vite éludée. On pensa, en effet, à Clavy, qu'il suffisait pour être fixé d'entendre la cloche de Neufmaison annonçant l'office du saint : Aussi le dernier marié dans l'année ne faisait-il que la moitié du chemin séparant les deux communes, s'arrétant à l'entrée de la vallée de Rossart où lui arrivait facilement le son des cloches.
Et à peine l'avait-il entendu qu'en toute hâte il revenait à Clavy et disait aux habitants qui, selon l'usage, attendaient son retour : « Nous pouvons célébrer la fête. » Mais depuis deux cents ans au moins, cette singulière coutume n'existe plus.
A Gespunsart, jadis, la jeunesse attendait avec impatience le 1er avril pour jouer un bon tour à quelque lourdeau du village. Ce jour-là, les jeunes gens allaient chasser une bête fantastique qu'ils appelaient Hirloppe. Ils partaient de grand matin, accompagnés de leur victime chargée d'un sac, puis ils le portaient à un carrefour en disant :
— Attends un peu ici, nous allons faire une battue et la bête entrera dans ton sac.
Puis ils partaient, criant :
— Hirloppe ! Hirloppe ! vins dans le sac, la bête t'attend !
Et, au bout d'une demi-heure, ils revenaient, disant au benêt :
— Eh bien, la Hirloppe est dans ton sac.
Et, le déliant, ils en sortaient un chat galeux ou un chien souffreteux, disant :
— La voilà, c'est une bête très rare, que tu vendras très chère.
Et le pauvre diable, quelquefois, allait de maison en maison présenter sa bête rare, recueillant plus de quolibets que de pièces de monnaie. (
A Cons- la -Grand ville, voici comment se préparait et se célébrait la fête patronale.
Chaque année, le dimanche précédant le Mardi-Gras, les jeunes gens se réunissaient à celle des auberges qui avait été spécialement choisie par la jeunesse : et ce choix ne se faisait pas arbitrairement, car le. propriétaire de l'auberge désignée achetait ce droit exclusif de recevoir chez lui, pendant toute Tannée, les garçons du village, moyennant un assez grand nombre de pots de bière qu'il offrait généreusement. C'était, en quelque sorte, une adjudication. Une fois réunis, les jeunes gens mettaient en vente la canne légendaire dite « canne royaule » (royale) : elle restait au plus fort enchérisseur, qui était alors proclamé « sergent de la jeunesse. »
Le dimanche de la Mi-Carême, nouvelle réunion. On nommait le « maite (maître) garçon » et les « premiers garçons. » Tous trois étaient chargés, avec le sergent, des préparatifs de la fête. Ces honneurs, ces privilèges, qui duraient une année, coûtaient, quelquefois, une assez forte somme d'argent. Enfin, arrivait la fête. La veille de ce jour, la jeunesse, précédée du sergent portant haut la fameuse canne royaule toute enrubannée, se rendait chez la demoiselle qu'avait choisie le maite garçon. Tous lui juraient obéissance et la reconnaissaient pour « maite (maîtresse) lille. » Cette prestation de serment était accompagnée de rires, de chants et particulièrement de nombreux chocs de verres. Le lendemain, dans l'après-midi, c'est-àdire le jour de la fête, les jeunes gens, musique en tête, et toujours précédés du sergent portant sa fameuse canne, allaient cherchée la maite fille, parée d'un énorme bouquet et dont le corsage disparaissait sous des flots de rubans.
Sur la place, alors, le bal s'ouvrait par un premier quadrille ; mais le maite garçon avec la maite fille, le sergent et les deux premiers garçons avaient seuls le droit de danser:
Prenaient part au deuxième quadrille les jeunes gens qui s'étaieut montrés les plus généreux lors de la collecte faite pour les frais des réjouissances; puis, successivement, toute la jeunesse entrait en danse.
Enfin, le maite garçon invitait les étrangers à se mêler au bal. Voici la formule de cette invitation en patois du pays :
« Oyez ! Il est défadu, par orde ed monsieu F -maire, ed dassi su la place royaule ed la Graville, mordieu d'taurria ! canne à main, pipe à s' gueule, éperons à pat/es, bâtons piqus, sabre à cul. Dassé, mille dieux ! oué ! pougne ta cavale, ess'dass ! Approchi les étragi : c'est permis d'dassi, mais non pou les mordieu de cochons d'Ellemont. »
« Ecoutez! Il est défendu, par ordre de monsieur le maire, de danser sur la place royale de la Grandvillc. . . : la canne à la main, la pipe à la bouche, éperons aux bottes, bâton pointu . . . Dansez . . . oui ! prends ta danseuse et danse. Approchez les étrangers : c'est permis de danser, mais non pour. . . d'Aiglemont (I). »
Commencée le dimanche, la fête se terminait le mardi : ce jour-là, un pauvre diable du village servait de bouffon. Costumé aussi étrangement que possible, il était ridiculisé, bafoué, en butte à toutes les plaisanteries et aussi à tous les horions de la foule.
(1) Petit village voisin de la Grandvillc : les jeunes gens de ces deux villages, paraît-il, n'avaient pas, en ce temps-là, d'excellentes relations.
Il faut ajouter que ce singulier personnage, surnommé « saint Bosqnin » pour la circonstance, recevait une gratification proportionnée à la dose de patience et aux coups, plus ou moins solidement appliqués, dont on lui avait caressé l'échiné.
Autrefois — il y a environ quatre-vingts ans, — existait à Illy, près Sedan, une coutume singulière. 11 était d'usage que, la veille de la fête locale, le chef de la jeunesse allât demander au maire la permission de danser. Il remplissait ses poches de tripes, les laissait un peu déhorder et, suivi de tous les chiens qu'alléchait cette odeur, il se rendait chez ce magistrat municipal, entrait dans la maison, toujours accompagné de ses chiens, faisait une belle révérence et :
— Bonjour, monsieur le commandant ! — (S'adressanl aux chiots) Couchic ! bougres !
— Que voulez-vous ?
— Je viens vous demander la permissionnat de... — Couchié ! bougres! — . . .danser sur la place.
— Allez-vous-en au diable, vous et vos bétcs — reprenait le maire, impatienté (ou feignant de l'être, puisque la scène était réglée d'avance), — allezvous-en, lolo !
Et le chef de la jeunesse s'empressait de détaler annoncer aux garçons et aux filles qu'il avait obtenu pour tous la permission de danser. C'est en souvenir de cette coutume bizarre, dont aujourd'hui il ne reste plus trace, que le village d'Illy a été surnommé Lolo.
Dans la commune de Chamois, après le repas traditionnel qui se donnait dans les familles à l'occasion de la fêle patronale, on chantait, en se levant de table :
Rendons grâce au Père,
Rendons grâce au Fils,
Et à sa bonne Mère,
Et au bon Saint-Esprit.
Alléluia, Alléluia,
Kyrie, Christe, Kyrie eleison,
Kyrie, Christe, Kyrie eleison.
.Remercions notre h.ôte.
Qui nous a donné De si lionnes choses Que nous avons mangées.
Alléluia, etc.
Une bonne chose
Que nous demandons :
(l'est île boire après les grâces
Pour gagner pardon.
Alléluia, etc.
A Neufmanil, quand arrive le matin de la fête locale, garçons et fdles parcourent les rues du village, entrent dans toutes les maisons et y perçoivent, en échange d'une sérénade, des noisettes ou des noix, redevance à laquelle les maries de l'année ajoutent le traditionnel litre d'eau-de-vie qui leur donne le droit de prendre la musique le lendemain de la fêle, c'est-à-dire « d'être du bal des hommes » et de faire payer à qui veut danser une minime cotisation, ou plus communément un pot de bière.
Le mardi de la fêle, quête des gâteaux que les personnes des deux sexes mangent entre elles, c'est-à-dire avec leur jeunesse respective.
Le mercredi, subvention pécuniaire souscrite, cette fois, par les jeunes fdles. Elle sert à payer les frais de musique de la journée.
Le jeudi, « fête du mouton. » Les garçons de chaque jeunesse achètent un mouton, le parent de leur mieux et, vers les dix heures du matin, parcourent les rues du village. Le pauvre animal, tout orné de rubans, marche entre deux jeunes gens qui, pour la circonstance, se sont déguisés en bouchers. Malgré ses cris plaintifs, voire même ses cabrioles, il est obligé de toujours rester en tète de la colonne et la mort seule termine son supplice. En effet, à peine le défilé a-t-il pris fin qu'un boucher, véritable cette fois, vient l'immoler, le partager en quartiers que l'aubergiste fait cuire, et le soir, garçons et filles terminent la fête par un plantureux repas dont le pauvre mouton a presque fait tous les frais. — D'après une communication de M. Paillas.
A la Toussaint, jadis, le « tir à l'oie » était en grand honneur dans maintes communes ardennaises. Ce jour-là, les jeux publics alternaient avec les cérémonies religieuses, et voici ce qu'à ce propos nous écrit M. Bruge-Lemaître :
« J'ai assisté plusieurs fois dans ma jeunesse à ce divertissement, et les souvenirs en sont restés si profondément gravés dans ma mémoire, qu'il me semble encore « y être, » bien que plus d'un demi-siècle, hélas ! m'en sépare déjà.
« C'était à Attigny. Lorsque finissaient les vêpres, commençaient les préparatifs du tir à l'oie. Ils n'étaient pas longs, puisqu'il ne s'agissait que d'attacher une corde à l'une des grandes poutres de la halle, et d'en laisser descendre un bout jusqu'à hauteur d'homme, pour y suspendre une oie vivante par le cou.
« Tous les fidèles qui avaient assisté aux vêpres,- hommes, femmes et enfants, se montraient tellement empressés de venir voir tirer l'oie, que même ils ue prenaient pas le temps de s'en retourner au logis pour y déposer leurs livres, — énormes psautiers qu'ils se résignaient à conserv-er sous le bras. Ils formaient un cercle compacte qu'on avait toutes les peines du monde à tenir dans des dimensions convenables, tant tous se montraient ardents à voir de plus près.
« Mais bientôt une trouée se faisait vers un endroit d'où naturellement partaient des hourras et des cris frénétiques. C'étaient les garçons préposés au jeu, qui se précipitaient en bras de chemise et nu-tête par une température souvent hivernale en cette saison. Ils étaient armés de grands sabres de cavalerie, et mesuraient préalablement du regard le chemin qu'ils auraient à parcourir quand, désignés par le sort, ils marcheraient les yeux bandes, dans l'espoir de frapper la
pauvre bête qui se débattait eu vain au bout de la corde par où commençait son supplice.
« On bandait donc fortement les yeux à celui que le sort avait désigné pour la première passe, puis, aveuglé ainsi, on le faisait tourner trois tours sur place et on l'abandonnait à lui-même, pour qu'il cherchât sa direction, laquelle était presque toujours fausse.
« C'est alors que, frappant à tort et à travers, par une foule de revers et de moulinets plus ou moins réussis, il s'avançait en titubant vers l'endroit où il croyait pouvoir frapper efficacement la bête emplumée. Et tous les gamins de crier : « Adroite!... à gauche !... en avant-!... balte!... frappe!... tue!... » conseils gratuits qui étaient souvent donnés au rebours du bon sens, et qui avaient pour résultats de faire en sorte que le joueur dépassait l'oiseau suspendu, sans l'avoir touché .
« C'est alors qu'un de ses partenaires, saisissant l'oiseau aux abois, le lançait, par l'effet d'un adroit balancement, au visage du sabreur ahuri, qui se trouvait ainsi averti de sa maladresse.
<( S'arracher le bandeau qui lui couvrait les yeux et le passer au second qui avait été désigné par le sort était l'affaire d'un instant. Et le supplice de l'oiseau suspendu recommençait : la pauvre bête se débattant, blessée, mutilée, écharpée, jusqu'à ce que mort s'ensuivît.
« Souvent trois ou quatre victimes passaient ainsi de la corde à la marmite, et celui ou ceux qui avaient eu assez de chance pour y réussir avaient la « gueule franche » au banquet : ils ne payaient rien.
« Mais si la joie était vive, elle n'était jamais de longue durée : les cloches de la paroisse annonçaient bientôt par leurs lugubres tintements que la fête des morts allait commencer, et qu'aussitôt après avoir ri de si bon cœur, il fallait songer à répandre des larmes sur ceux qui n'étaient plus. C'est alors que des chants sur un mode lamentable se faisaient entendre dans l'église qu'éclairaient à peine quelques chandelles fumeuses.
« Mais ce n'était là qu'une sorte de prélude, car à ces chauts devait succéder, jusqu'à dix heures du soir, une sonnerie plus funèbre encore; elle était destinée à inviter les fidèles à continuer de prier chacun en son logis.
« Et de peur qu'ils n'obtempérassent pas à celte tacite injonction, le bedeau, armé d'une crécelle assourdissante, exécutait, vers les minuit, une ronde macabre par les rues et carrefours de la ville, s'arrètant même devant les maisons non éclairées, pour en épouvanter les habitants, avec la fameuse injonction :
« Réveil qui dort !
« Priez Dieu pour les morts ! »
Dans presque toutes les familles ardennaises, de nos jours, on ne manque pas de mettre dans la cheminée la bûche de Noël, mais autrefois elle était l'objet d'un culte superstitieux qui s'est aujourd'hui perdu. Ses restes carbonisés, mis sous l'oreiller ou sous le toit, préservaient la maison de l'orage, et sur elle, avant qu'elle ne brûlât, venait, invisible, s'asseoir la Vierge emmaillotant l'enfant Jésus.
A Nouzon, il y a vingt ans environ, on portait dans le milieu de la cuisine, la veille de Noël, la bûche traditionnelle, et l'aïeule, une « pàquctle » (branche de
buis) en main, arrosait d'eau bénite cette bûche aussitôt que sonnait le premier
coup de midi, et psalmodiait :
A l'avènement de Noël, Chacun se doit bien réjouir, Car c'est un testament nouvel.
Et chantant, eux aussi, et suivant l'aïeule, les enfants et la famille faisaient trois fois le tour du morceau de bois, choisi aussi beau que possible.
A Saint-Etienne-à-Arnes, les « bourdes » de Noël étaient très en faveur. On appelait bourdes des gâteaux longs, fendus par les deux bouts, et sur lesquels on faisait des « ronds » avec des dés à coudre. Ces gâteaux étaient cuits au four, et les parrains et marraines devaient donner une bourde, le jour de Noël, à chacun de leurs filleuls et à chacune de leurs filleules, depuis l'âge de cinq ans jusqu'à celui de douze ans. Aujourd'hui, personne ne fait plus de bourdes à Saint-Etienne.
Mais ce qui caractérisa le plus, jadis, ces fêles ardeunaises de la Noël, ce furent les « bergeoteries, » plus spécialement localisées, croyons-nous, dans les pays de Rethel et de Vouziers.
Un berger du village, designé pour organiser une bergeoterie, invitait tous les bergers des environs, parmi lesquels il en choisissait deux devant jouer le rôle des deux autres rois mages. Et ces trois pasteurs, pour se déguiser en monarque, s'habillaient aussi fantastiquement, mais aussi richement qu'ils le pouvaient, et se rendaient à la messe suivis de leur cortège.
Au moment de l'offrande, ces trois rois, qui s'étaient jusqu'alors, pour ainsi dire, tenus à la porte de l'église, s'avançaient vers l'autel, les yeux levés sur la voûte et comme fixant une étoile qui, marchant devant eux, leur aurait servi de guide. Arrivés devant le berceau de l'enfant Jésus, ils se prosternaient et offraient des présents à la petite poupée simulant le nouveau-né. Puis ce défilé, dont les moindres pas étaient absolument réglés, se faisait au chant des cantiques qu'accompagnait une musique invisible. Dès que les trois rois mages avaient terminé leur acte d'adoration, hommes et femmes, déguisés en bergers et en bergères, défilaient devant le berceau, les uns et les autres tenant une houlette enrubannée ou un agneau en laisse, et, la messe achevée, on se réunissait chez celui des rois qui avait organisé la bergeoterie. Alors commençait un réveillon ne prenant fin qu'à peine à l'aurore. Il n'avait, le plus souvent, rien de bien édifiant ni de bien religieux.
A Lépron-les- Vallées, la bergère improvisée, vêtue de blanc et portant un agneau dans ses bras, se tenait debout au milieu du chœur. Et, de temps à autre, elle pinçait l'agneau pour le faire bêler.
Depuis près de quatre-vingts ans, nous écrit M. Charles Tuot, il n'y a plus de bergeoteries à Villers-le-Tilleul. A cette époque, le chef des bergers de la région habitait Sapogne-Feuchères et se nommait Jean Serin, dit « le roi de la bergeoterie. »
Une fois le réveillon terminé, car on débutait par un réveillon, tous les bergers qui s'étaient réunis chez Serin se mettaient « en tenue de berger aux champs » (havre-sac, houlette, chien) et se rendaient processionnellemcnt à la messe de minuit. Bien guêtre, revêtu d'un juste-au-corps jaune, le « roi de la bergeoterie » marchait en tête : venait après lui Jean Coutin, « le premier berger » de Villers-le-Tilleul, qui