TU N'ES PAS ENCORE AU BAC DE BAZEILLES
Ces paroles s'interprètent ainsi : « Tu n'as pas encore atteint le but que tu poursuis. » Ce dicton paraît dater de la guerre de Trente ans. Unis aux Espagnols, les Bourguignons empêchèrent l'ennemi d'entrer à Remilly. Le 30 juillet 1G39, les Bourguignons, qui tenaient garnison à lvoy — aujourd'hui Carignan, — sous la conduite du capitaine Josselet, ayant parmi eux « un traître de Vendresse, » allèrent assiéger Cheveuges. Mais la garnison de Donchery et de Mouzon, que renforcèrent les bourgeois de Remilly, les allèrent attendre sur les rives de la Meuse, devant le « bac de Bazeilles, » qu'ils ne purent passer et où ils bataillèrent. D'où le dicton : « Tu n'es pas encore au bac de Bazeilles. »
LE RAMICHON
C'est le nom que portent encore, à Vaux-Champagne, les débris du château où serait né, dit la légende locale, le fameux aventurier La Ramée. On sait que La Ramée, un Ardennais, qui se fit passer pour le fds légitime de Charles IX et d'Elisabeth d'Autriche, fut condamné à être pendu par sentence du Présidial de Reims, sentence que confirma un arrêt du Parlement de Paris, avec cette addition que le corps de La Ramée serait brûlé après l'exécution « pour ses cendres être jetées au vent. »
De ce château il ne reste aujourd'hui que le nom. Ce n'est plus qu'une simple maison d'exploitation agricole appartenant à M. Meunier-Nôizet ; c'est, du moins, lui qui eu est le détenteur. Ces débris de château faillirent, encore une fois, devenir légendaires au commencement de ce siècle. C'est, là que M. Lespagnol de Bezannes était venu se fixer pendant la Restauration et c'est là qu'il mourut. Ce personnage qui occupait, quand vint la Révolution, le poste éminent de Grand Bailli de Champagne, se montra tellement courroucé d'avoir perdu cette place et de n'être plus qu'un simple citoyen qu'il essaya, mais en vain, de terroriser le pays.
Quant au personnage de La Ramée, il est trop connu pour que nous insistions. 11 suffira, pour trouver sa biographie, d'ouvrir n'importe quel dictionnaire d'Histoire. En tout cas, la tradition ardenuaise n'a rien conservé de personnel sur ses faits et gestes : car on ne saurait guère appliquer à cet aventurier, bien qu'il en soit le héros, une suite incohérente de coups de force entrepris et exécutés le sabre au poing, seul contre des légions. Ces récits fantastiques, sans couleur traditionnelle locale, rappellent certains épisodes classiques de nos romans de chevalerie, où se mêlent de curieux anachronismes nous reportant aux soudards de nos armées irrégulières des seizième et dix-septième siècles et aussi à « nos vieilles culottes de peau » du premier Empire.
A propos de La Ramée, voir le conte lorrain, de Cosqlix : La Maison de la Forêt, dont un certain La Ramée est le héros. Dans ses Gloses, M. Cosquin nous dit que des contes similaires se retrouvent en Allemagne (collection Wolff, collection Grimm) et en Vénétie (collection Wolff). A signaler aussi un autre conte lorrain : Victor La Fleur.
THOMAS BECQUET A GRANDHAM
La légende ardennaise rapporte que l'archevêque de Cantorbéry Thomas Becquet, « ayant eu des démêlés » avec son roi Henri, vint se réfugier en France, où régnait alors Louis YII le Jeune, Puis, voyageant « pour se désennuyer » — ajoute
naïvement la légende, — il passa par les Ardennes et arriva jusqu'à Grandham. Ne voulant pas s'y arrêter, il décida de continuer son chemin et d'aller jusqu'à La Briqueterie. Mais la rivière ayant débordé, force lui fut de séjourner à Grandham, et c'est en souvenir de ce séjour que, plus tard, saint Thomas devint le patron de ce village. Ce dicton, à Grandham, s'est d'ailleurs conservé de père en fils :
Saut Thomas de Cantorbéry Sans la rivière serait passé à La Briqueterie.