LES AMANTS DE LA FORÊT DE CHINY
Au temps jadis, les bois qui séparent aujourd'hui Mouzon, Rémilly, Wadelincourt et Thelonne de la Belgique, ne formaient qu'une immense et même forêt appelée : la forêt de Cbiny. Or, il arriva que le sire de Chiny ayant séduit et eulevé la tille de son roi, les deux amants se cachèrent au plus épais de cette forêt, dans un chàteau-fort que les arbres, serrés les uns contre les autres, rendaient invisible et défendaient comme un rempart infranchissable. Traqués dans leur retraite, ils ne purent être découverts, et, pendant plusieurs années, pleins de leur amour, ils vécurent heureux. Peut-être même n'eussent-ils jamais été surpris, s'ils n'avaient eu, l'un et l'autre, la passion de la chasse.
Un jour que, poursuivant un sanglier, ils s'étaient imprudemment aventurés hors de la forêt, ils furent reconnus et saisis par les gens du roi qui les menèrent au Souverain, eux et leurs deux enfants.
Le roi était toujours très irrité. Aussi, quand il aperçut les fugitifs, son' courroux fut-il terrible. Il voulait les faire pendre. Heureusement que la reine intervint et put, en faveur de sa fdle qu'elle aimait encore comme une mère, malgré sa faute, apaiser cette colère qui, tant elle était grande, semblait ne pouvoir jamais être apaisée.
— Qu'ils se marient donc, dit enfin le roi, désarmé autant par les larmes de la reine que par les supplications des deux amants, et qu'ils aient pour dot le cbàteau qui leur a servi de refuge et la forêt qui les a protégés.
Ils se marièrent et, ajoute la légende, eurent encore beaucoup d'enfants.
En vertu du droit de primogéniture, l'aîné des enfants, qui était né avant que son père et sa mère n'eussent été pardonnes, hérita de ces immenses forêts; mais ayant été mutilé par ses frères jaloux et qui ne voulaient pas lui voir de postérité, il frustra leur espoir en distribuant ces bois aux communes d'alentour qui, de temps immémorial — à la suite de cette cession — ont eu, et ont aujourd'hui encore, un droit de propriété sur les deux tiers de cette forêt, le troisième tiers ayant été cédé à l'État, qui le vendit à une compagnie l'exploitant à son profit.
C'est dans cette forêt de Chiny que se cacha longtemps la veuve de Godefroid le Cossu — l'oncle de Godefroid de Bouillon, — l'amie préférée du pape Grégoire VII. Cette Mathilde est surtout célèbre par la ler/ende de l'anneau. Dans un ruisseau qui traversait la forêt — ou peut-être même une fontaine, — elle laissa tomber son anneau nuptial. Grand fut son émoi. Vite alors de faire une prière à la Vierge, et tout aussitôt apparaissait l'anneau à la surface de l'eau. « La reconnaissance de la pieuse princesse se manifesta par des témoignages splendides : l'abbaye obtint un notable accroissement de domaines, le nom de Val-d'Or (Orval) lui resta et son écu armorié porte une bague sortant à moitié de l'onde. » Bien qu'elle se trouve, géographiquement, en Belgique, l'abbaye d'Orval — ou du moins ses ruines, — autant par ses souvenirs que par sa position, car elle est à quelques pas de la frontière, fut toujours considérée comme ardennaise.