COMMENT FUT FONDÉ LE VILLAGE D'ORFEUIL
On raconte dans les Ardennes qu'en 1784 une quantité considérable de neige couvrit la terre, puis à un hiver rigoureux succéda, presque subitement, un printemps très chaud. Le dégel fut alors si grand qu'il inonda en entier, notamment, tout le village de Semide. C'est alors que pour éviter, à l'avenir, un si terrible désastre,
que les habitants de Semide se décidèrent à porter leurs pénates sur un autre point des Ardennes. Mais où aller? Après avoir bien songé, bien réfléchi, bien vu, bien examiné, ils choisirent un plateau à quatre kilomètres de Semide et dont l'altitude est, environ, de deux cent trois mètres. Mais pour construire, pour s'établir en cet endroit, il fallait l'autorisation de M. d'Orfeuille, alors gouverneur de Champagne. Pour le rendre favorable à leur projet, ils demandèrent de donner le nom d'Orfeuil au village qu'ils se proposaient de fonder et, le gouverneur s'étant ainsi laissé persuader, le royaume de France comptait, dans le courant de cette même année 1784, un hameau de plus.
LA FONTAINE PÉRINGUE
Vers l'an 1600, un « brigand anglais » nommé « Péringue, » s'étant échappé de sa prison, vint se réfugier dans les bois situés entre Neufmanil et les Hautes- Rivières, au lieu dit : la Croix-Relié. De là, chaque jour, il allait tantôt dans un village, tantôt dans un autre, pillant, volant, incendiant, sans que personne n'osât l'inquiéter. Son repaire, transformé en camp, renfermait un hideux mélange de bandits, de prostituées, que les religieux de Braux et de Laval-Dieu essayèrent, mais en vain, de ramener à de meilleurs sentiments.
Péringue avait mis le comble à ses forfaits en incendiant Gespunsart. On envoya contre lui et ses acolytes des troupes nombreuses, solides, qui, après avoir essuyé trois défaites, purent enfin capturer ce bandit. Tous ses compagnons, poursuivis, traqués, furent massacrés ou brûlés dans les genêts où ils s'étaient réfugiés. Mais la légende affirme que Péringue réussit à s'échapper. Portant dans ses mains ses entrailles qui sortaient de son ventre qu'avait ouvert une affreuse blessure, il arriva jusqu'auprès d'une fontaine et là, il expira. Cette fontaine, située au sud-est de Gespunsart, porte le nom de Fontaine Péringue.
En outre, les traces du camp de Péringue n'ont pas encore entièrement disparu, car, en allant de Neufmanil aux Hautes-Rivières, on voit une partie du retranchement qui l'entourait, et l'un des chemins qui y aboutissent s'appelle très signifieativemcnt : le chemin le l'artillerie.
Nous avons mentionné cette légende dans noire chapitre sur les Vèterinaqes ardennais; nous croyons cependant devoir la reproduire ici, autant pour grouper nos « petits souvenirs légendaires, » que parce que cette version diffère un peu de celle à laquelle nous renvoyons nos lecteurs. Ici, notamment, Péringue est « un brigand anglais, » tandis que, dans la première, Péringue est « un brigand belge. »