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LA LÉGENDE DE SAINT BERTAULD

On raconte que saint Bertauld, apôtre du Porcien, se rendant de Château à Chaumont-Porcien, fut insulté avant son départ par les gens de Château qui ne lui ménagèrent ni les injures ni les railleries. Saint Bertauld leur dit : « Gens de Château, gens inhospitaliers, toujours il y a eu des fous parmi vous et toujours il y en aura. » Puis il se mit en route. Mais il n'avait rien mangé depuis longtemps et, à peine entré sur le territoire de Remaucourt, au lieu dit aujourd'hui Sainl-Bertauld, il tombait inanimé, tant la faim l'avait affaibli. Son compagnon, saint Amand, alla lui chercher du secours ; mais saint Bertauld, ayant pris quelque nourriture, refusa d'entrer à la ferme de Flaye (elle porte encore ce nom), où les fermiers l'engageaient vivement à se reposer. « Je ne vous en suis pas moins reconnaissant de votre offre

LÉGENDES HISTORIQUES ET RELIGIEUSES

hospitalière, leur dit-il, mais Dieu m'ordonne de continuer ma route; cependant, au nom de sa toute puissance, je vous promets que vos terres seront toujours fertiles jusqu'à la consommation des siècles. » Et, se remettant en chemin, il alla hàtir sa cellule sur la montagne de Chaumont.

On disait, en effet, communément dans les Ardennes, et même on dit encore aujourd'hui, « les Fous de Château. » (Voir Livre V, Contes divers : les Gens de Chdteav.) Saint Bertauld, fils de Théodule, roi d'Écosse, venait directement de cette région du nord, lorsqu'il arriva dans le Porcien. 11 était accompagné de son ami fidèle, Amand — quelques-uns disent Aumont — qui, lui aussi, fut canonisé. Quittant l'Ecosse, un lion qui les précédait leur servit de guide jusqu'en France, à Chaumont, alors désert affreux qu'il choisit pour sa résidence.

SAINTE OLIVERIE ET SAINTE LIBERETTE

La légende rapporte qu'Oliverie et Liherette, deux sœurs nées à Hauteville, d'une illustre famille, quittaient chaque soir la maison paternelle et se rendaient dans le bois de Chaumont pour aller entendre les exhortations que leur adressait saint Bertauld. Avant de partir, elles avaient soin de placer leurs fuseaux dans leur chamhre, comme pour se mettre au travail et, quand elles revenaient, elles trouvaient plus de fil fdé que si elles ne s'étaient pas absentées. La légende ajoute que pour les aider à passer le ruisseau de Chappe, un saule s'inclinait, leur servant ainsi de pont. Un soir qu'il pleuvait, les deux sœurs, se rendant au bois, arrachèrent chacune un échalas dans les vignes pour mieux traverser le ruisseau, mais lorsqu'elles arrivèrent sur ses bords, le saule, comme d'habitude, ne s'abaissa point. L'une des deux sœurs alla replanter l'échalas où elle l'avait pris et l'autre passa le ruisseau, mais depuis cet instant, elles ne se revirent jamais et vécurent séparément, proches l'une de l'autre cependant, dans les bois de Chaumont.

Nous lisons dans la Géographie des Ardennes, de Jean Hubert :

« Ces deux saintes fdles, Olive et Liberelte, étaient natives du village des Hautes-Villes, à deux lieues de Chaumont. Elles regardaient saint Bertauld comme leur père spirituel et, pour être plus à portée de recevoir ses leçons, elles se bâtirent chacune une petite cellule séparée dans le bois, à un quart de lieue de Chaumont. Auprès de ces deux cellules, il y avait deux fontaines qui portent encore aujourd'hui le nom des deux saintes. Les habitants du pays viennent toujours, par dévotion, puiser à ces fontaines de l'eau salutaire, croit-on, pour les fébricitants. »

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