‹ Traditions, coutumes, légendes et contes des ArdennesChapitre 299 sur 392 · LE PAYSAN DE SEUIL ET SON SEIGNEUR · texte numérisé non relu

LE PAYSAN DE SEUIL ET SON SEIGNEUR

Au siècle dernier, un cultivateur de Seuil coupa ses foins dans le courant de juin, bien que le baron de Thugny, seigneur de Seuil, n'eût pas encore proclamé le « ban de la fenaison. » L'ayant appris, il fit, tout aussitôt, mander le paysan rebelle.

— Qu'est-ce à dire, ne suis-je donc plus ton maître, et t'imaginais-tu avoir déjà le droit de couper tes foins ?

■ — Monseigneur, répondit le paysan avec assurance, je suis maître sur mes terres comme vous l'êtes sur les vôtres.

— Non ! et je vais te le faire voir.

■ — Mes foins étaient bons à couper : fallait-il les perdre en quantité et en qualité ?

— Holà ! dit alors le seigneur à ses hommes, qu'on me conduise ce beau parleur en prison.

Notre paysan fut donc conduit au cachot de Rethel, où il resta enfermé deux jours et deux nuits après lesquels le seigneur de Thugny le fit encore comparaître devant lui.

— Eh bien ! interrogea-t-il, as-tu réfléchi ?

— Oui, monseigneur, j'ai réfléchi.

— Et l'année prochaine recommencerais-tu, sans mon ordre, à couper tes foins?

— L'année prochaine, riposta fermement le paysan, je recommencerai, sans vos ordres, à couper mes foins s'ils sont bons à couper : j'entends rester maître chez moi.

— Allons ! allons ! mon ami, reprit mélancoliquement le seigneur en frappant sur l'épaule de son vassal, je vois que les temps changent ! Après tout, fais ce que tu voudras : peut-être, un jour, finiras-tu par avoir raison.

Cette légende m'a été dite dans les environs de Rethel.

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