LE JEU DES FERS
C'était un jeu d'hommes et il ne se jouait qu'en été. Les joueurs se divisaient en deux camps égaux, adverses, et ils avaient tous un même nombre de fers, variant de un à trois suivant le nombre des joueurs. Les fers des deux camps se distinguaient facilement : les uns étaient plus plats, les autres plus épais. Ils avaient tous la forme d'un fer à cbeval et pouvaient peser de trois à quatre livres chacun. Ils étaient très épais du côté de l'arête intérieure, et allaient s'amincissant du côté de l'arête extérieure : ce qui permettait à ces fers de faire une entaille dans le sol quand on les lançait et les empêchait de glisser ou de rouler sur la surface de la terre.
On plantait deux fortes fiches en fer; elles étaient distantes l'une de l'autre d'environ dix mètres et s'élevaient au-dessus du sol de huit à dix centimètres.
Voici comment se formaient les deux camps de joueurs. Deux joueurs quelconques lançaient chacun un fer d'une fiche à l'autre. Celui qui arrivait le plus près de la fiche prise pour but appelait le premier un des joueurs à lui, l'autre en faisait autant, et ainsi de suite alternativement jusqu'à épuisement de tous les joueurs qui devaient toujours être en nombre pair.
Le joueur qui avait commencé le choix et ses partenaires se plaçaient ensuite près de l'une des deux fiches et lançaient chacun un fer aussi près que possible de l'autre fiche; les joueurs du camp adverse en faisaient autant. Si les joueurs avaient chacun deux ou trois fers, ils recommençaient deux ou trois fois la même opération et dans le même ordre.
Les fers qu'on était parvenu à mettre en quelque façon sur la fiche donnaient chacun deux points; les fers qu'on n'avait pas réussi à mettre dans cette position ne donnaient qu'un point. Mais les points ne pouvaient s'ajouter les uns aux autres qu'autant que les fers les plus rapprochés du but ou à cheval sur la fiche appartenaient tous aux joueurs d'un même camp : on ne comptait pas des deux côtés àla fois. Deux fers achevalés sur la fiche s'annulaient, s'ils appartenaient à des joueurs qui n'étaient pas du même camp; de même pour les autres fers plus ou moins rapprochés de la fiche, quand ils étaient l'un sur l'autre exactement ou à égale distance du but. Un fer d'un camp annulait tous ceux de l'autre camp qui se trouvaient derrière lui, et faisait valoir tous ceux de son camp qui se trouvaient placés avant lui. L'art des joueurs d'un camp constituait donc à déloger les fers des joueurs de l'autre camp et à se mettre plus prêt de la fiche.
Les points comptés, on ramassait les fers et on recommençait comme au premier tour; mais la fiche qui avait servi de point de départ devenait le but, et on alternait de la sorte jusqu'à la fin de la partie. On fixait d'avance le nombre des tours nécessaires pour faire une partie; c'était ordinairement cinq. Le camp qui arrivait le premier à compter cinq tflurs gagnait la partie. Les perdants payaient la consommation des gagnants.