CHAPITRE
Blasons et î)ictons ardennais
Ces blasons dont l'origine, pour quelques-uns, est très ancienne, tellement ancienne qu'aujourd'hui elle reste inexpliquée, ont été recueillis dans les localités mêmes. Ils proviennent ainsi de sources absolument sûres, et si quelques-uns d'entre eux semblent un brin irrévérencieux ou malsonnants, ceux qu'ils visent seront d'esprit assez large pour ne pas nous en tenir rigueur. Aussi bien nous faisons ici, non œuvre de malice mais œuvre documentaire ; et dans notre beau pays de Rabelais, nous resterons toujours les petits-fils des Gaulois, ne nous effarouchant pas d'une « gauloiserie » lorsqu'elle provoque ce rire envié, sain, épanoui de France qui, plus qu'ailleurs, sonne si large et si sonore !
Poires de Coulommes, Une seule étrangle un homme.
dit aussi dans le même sens :
Vin de Mouzon.
Sans doute parce que les poires de Gouloiiunes ne passèrent jamais pour être excellentes, pas plus cpie le « vin de .Mouzon » n'eût la réputation d'être exquis.
Pain de Sapogne.
Le pain de Sapogne a toujours passé pour être fort fort mauvais.
En 1148, saint Roger, arrivant de Bourges avec douze religieux qui l'accompagnaient, s'art'êtait dans le pays de Sapogne. Là, ils vécurent pauvres, ayant faim, ayant soif, à peine vêtus, en un mot soutirant toutes les misères imaginables, car le pays était inculte, inhospitalier. Vers l'an 117(1, Henri de France vint rendre visite à saint Roger et a ses compagnons, et voici l'adieu qu'il leur adressa : « Pour que, désormais, vous puissiez in'ofl'rir d'autre pain que celui des prophètes, je vous donne sur mon territoire d'Attigny autant de terre que cinq paires de bœufs peuvent en labourer en une année, le sol y est bon et vous y récolterez plus de froment que de seigle. •> A cette époque, déjà, le pain de Sapogne avait doue la réputation d'être détestable.
A Gomont, Les Bagueules (bavards) y sont.
A Balham, Il y en a autant.
A Blanzv, Il y en a aussi.
A Aire, Il n'y en a plus guère.
A Saint-Loup, 11 n'y en a plus du tout.
Justice d'Omont.
Lorsque l'oii parlait d'une personne inflexible, d'un caractère rigide, on avait coutume de dire: « Ruide comme la justice d'Omont. »
Les Houppeux de Chaumont.
En langue vulgaire ardennaisc, « happé » signifie « cuit, » mais avec le sens de « brûle, brûlé par la cuisson. » Pourrait aussi venir de « houpper, hopper, » appeler.
Les Siftleux de Justine.
Les Sacreux (jureurs) de Givron.
Les Croquants de Conde'-les- Autry.
Les Huguenots d'Aire.
Les Blandards de Blanzy.
Les Renieux de Draize.
Les « renieurs, » espèce de jureurs par la négative.
Les Glorieux de Wasigny.
Les Loups de Foulzy.
Le mot loup, dans les Ardeunes, a souvent le sens d'avaricieux.
Les Godeux de Séry.
« Godeux » (rieurs). Le godelier était une étagère à ranger les verres à boire, les godets d'où les « godeux, » qui godaillent.
Les Marhants d'Adon.
Peut-être les maraudeurs (des forêts) d'Adon. Les gens d'Adon furent, au temps jadis, mais l'on ne sait pourquoi, pas mal suspectés dans les Ardennes. On conte encore à Adon la légende de la maison dite : « Maison de la surprise. » Elle fut construite en une seule nuit par une trentaine de maraudeurs saus que l'éveil eût été donné aux propriétaires des bois abattus, coupés et échafaudés.
Nous lisons dans Hubert, Géographie des Ardennes :
« Le mot « marhant » est, suivant quelques étymologistes, d'origine celtique et signifie : « les houeurs sur te chemin » (les défricheurs), de « mart, » houe, et « hant, » chemin. Nous croyons à
une étyiiiologie moins savante. « Maraud, » et non « marnant, » ne viendrait-il pas, tout simplement, de « marauder, » et ne serait-il pas l'équivalent de « maraud ? » On dit encore, dans maints villages ardennais : « Aller à la maraude » pour « Aller il la maraude. »
Les Glorieux de Marquigny.
Les Curieux de Marquigny.
Les Promeneux d'Attigny.
Les Mattoniers de la Tailletle.
Les Mattoniers des Censés de Rocroi.
Les Mattoniers d'Alland'huy.
« Matton, » en langue vulgaire ardcnnaise, signifie : lait caillé pour faire le fromage. « Mattonnier, » mangeur do lait caillé.
On dit aussi plus vulgairement, en argot local : les Matrouillards, par exemple et dans le même sens :
Les Matrouillards de Charbogne.
C'est à Charbogne où, l'année de la fameuse comète (1811), l'ou mit « du lait de beurre en bouteille. » Et même, paraît-il, en cherchant bien, dit-011 pour plaisanter, on trouverait encore à Charbogne quelques-unes de ces fameuses bouteilles de « lait de beurre. » On en débouchait, jadis, dans les grandes circonstances, surtout aux jours de fête locale, pour arroser « le pâté aux l'éverolles. » On dit :
Les Mangeux de fevettc de Charbogne.
Dans la Charte de 916, nous trouvons le ruisseau de Foivres, qui traverse le territoire de Charbogne sous la dénomination latine de Fluviolus Fcvir/enetium. La fevette, ou petite fève, se cultive toujours à Charbogne beaucoup plus que dans n'importe quelle autre contrée des Ardennes.
Les Cahottes d'Alland'huy.
Non pas seulement à cause des jardiniers qui formaient la majorité des habitants d'Alland'huy, mais plutôt à cause de la prononciation vicieuse de tout mot dans lequel entre la lettre r, qu'à AUand'huy, jadis, on prononçait à la mode créole ou à la manière des Incroyables : <c bouhette » pour brouette ; « gawçon » pour garçon ; « fouançais » pour français ; « cahotte » pour carotte.
Les Gaudeaux de Rilly.
Peut-être faut-il voir dans ce mot « gaudeaux » un complément de l'épithète « aux Oies » accolée au nom de Rilly : « Rilly-aux-Oies. » Le village, autrefois, s'appelait : « Rilly-sur-Aisne. » Le mâle de l'oie est le « gaudre » ou « gauda, » dans l'idiome vulgaire ardennais; d'où « gaudeux. » amateur d'oies.
Les Chiniards de Yireux-Molhain.
Du mol populaire chignicr : grogner, pleurnicher.
Les Croules de Hiergës.
Les Canistras de Givel.
Les Couleuvres de Montigny-sur-Meuse. Les Osais de Fumay.
Les Miamcs de Haybes.
Les Glorieux de Boùvéllemont.
Les Cochons de Regniowez.
Les Calottes de Beaulieu.
Les Pucerons de la Neuville-aux-Tourneurs.
Faire du bruit comme au Carame-Pernant de Saint-Lambert.
« Carame-Pernant » — prononciation vicieuse de Carême-Prenant — était une des rares statues qui ornaient le portail de l'ancienne église de Saint-Lambert : tronçon quasi informe qu'une coutume du pays avait mis en ce piteux état. Jadis, avant l'époque révolutionnaire, au premier Alléluia qui se chantait à la messe du samedi-saint, tous les assistants faisaient un vacarme horrible dans l'église, frappant à coups redoublés sur les bancs, qui avec son paroissien, qui avec ses mains, d'autres avec leurs sabots ou des marteaux apportés tout exprès. On chassait ainsi le diable en même temps que l'on annonçait la fin du temps de pénitence, aux cris de : « Carame-Pernant, sus à Carême! » Quant aux enfants, ils sortaient de l'église alors que commençait ce beau tapage et, s'armant de pierres, en assaillaient cette pauvre statue de « Carame-Pernant, » criant eux aussi de toute la force de leurs petites voix : « Sus à Carême ! sus à Carême !» — Il est bon, à ce propos, de faire observer qu'en dépit de cette tradition, Carême-Prenant a toujours signifié le commencement et non la fin du Carême.
Ambly-sur-Aisne, Fleury et Montlaurent, Se donnent de la peine, Pour le divin enfant.
Amagne n'a que du foin Pour reposer sa tête, Givry sa toile de fin lin ; Et la jeunesse de Montmarin, Pour lui faire une couchette.
Ce dicton de Noël était courant dans les Ardennes il y a environ une centaine d'années. Du village de Montmarin il ne reste plus aujourd'hui qu'une église. Voir les Petits souvenirs légendaires.
C'est comme à Landres, Où, la veille de la fête, le moulin de Saint-Georges ne peut tourner.
Ce moulin est en aval du village. Or, chaque fois, lorsqu'arrive la veille de la fête locale, le ruisseau est obstrué par les débris d'oies que, ce jour là, on a sacrifié pour en faire d'excellents pâtés. Mais si, à Landres, on se régale de « pâtés d'auilles, » on va à Falaise manger des pâtés de mouches, parce que la fête de Falaise se célèbre en octobre, alors que, justement, tombent les mouches engourdies par le froid.
Les Mahomet de Scmuy.
Pourquoi les Mahomet? Une très ancienne famille, de Bcloinet, existe encore à Semuy, d'où, par surcroit, elle est originaire. Faut-il voir un calembourg dans ce blason ? Faut-il y voir une mauvaise prononciation vicieuse et populaire du mot Belomet, qui se serait changé en Mahomet? Nous comprendrions plutôt : « les Mahomet de Buzancy » (voir notre légende sur Jean d'Anglure), car cette explication nous paraît bien invraisemblable.
Les Gannelons de Voncq.
On dit aussi : « Les Traîtres de Voncq. » Voncq, depuis les temps les plus anciens, fut incendié à diverses reprises. Ne faut-il pas voir dans ce blason une allusion aux traîtres qui, si souvent, furent une cause de ruine pour le village?
Les Arrasis {enragés) de Tourleron.
Ce blason s'applique moins aux habitants de Tourterou qu'à la « fierté » du peu de vin que
l'on récolte daiis cette région. A peine serait-il buvable — je n'en ai jamais goûté — tant il est fier, selou l'expression de Champagne, tant il est « enragé. » Cette année, spécialement (1889-18'JO), la récolte a été de si mauvaise qualité que le vin eu provenant s'est tout de suite appelé le « Crispi. » Dans le pays de Tourterou, on dit plutôt les « arragis » que les « arrasis. »
Les Fignolets de Saint-Lambert.
Les Harnicots de Lamelz.
Dans le langage populaire ardennais, le mot Harnicot signifie « Hanneton. » On dit aussi Bournicot et Nicabou.
Les Cloutiers de Jonval.
Des ancicunes clouteries de Jonval, célèbres eu leur temps.
Les Fous de Jonvaux.
Les Chichis de Neuville.
Chiche, en langage vulgaire, signifie « fruit sec », et plus spécialement « ponnne sèche. » Ce mot de chichis, d'après une autre étymologie, tient à la prononciation défectueuse des habitants de Neuville.
Les Friands de Vouziers.
Les Rondins de Terron.
Les Colimancas de Coulommes.
C'est-à-dire : les forains, les ambulants.
Les Ambitieux de Chuffilly.
Ces Messieurs de Chuffilly {variante.)
Les Glorieux de Chuffilly {variante).
On m'a dit, dans le pays de Chuffilly, que ce blason « les Glorieux » aurait pour origine le nom du ruisseau « la Loire » traversant cette contrée et que, par corruption, on appelle quelquefois « la Gloire. » On appelle aussi, daus le patois local, « gloyc » ou « glauye » les ruisselets assez nombreux en cette région. Mais nous ne donnons ici qu'a titre de simple tradition, de simple curiosité locale, cette étymologie aussi fantaisiste que contraire à toutes les règles grammaticales.
Ces Messieurs de Saintc-Yaubourg.
Les Noblots de Puiseux.
Les Anes des Vallées.
C'est-à-dire : les entêtés ; comme le sont, assez généralement, les habitants de cetle zone centrale ardennaise.
Les Cabres des Grandes-Armoises.
Les Cabres de Villérs.
Les Teigneux de Yillers.
Les Pouilleux du Chêne.
Le Chêne-le-Populeux, du mot latin populeus, « peuplier, » d'où, sans doute, s'est formé le « pouilleux, » ou encore : villa de quercu : quercus pediculosa. On dit aussi :
Les Verrats du Chesne.
Les Dolents de Vandy.
Lorsque la récolte, surtout celle du raisin, n'avait pas été abondante. Mais, à vrai dire, ce blason pourrait s'appliquer un peu à tous les pays de France. Voir à nos souvenirs légendaires : La Vigne de Vandy.
Les Avant-Baloce de Condé.
Ce mot avant-baloce signifie, dans les Àrdennes, « qui ne doute de rien, » et ce blason ne serait alors pas plus spécialement applicable à Condé-les-Vouziers qu'à tel ou tel autre village ardennais. Il faut cependant ajouter que « la baloce, » c'est-à-dire <« la prune, » est plus particulièrement cultivée dans la contrée dite : le Pied des Monts, dont Condé-les-Vouziers forme la limite orientale. On dit aussi :
Condé la Baloce.
Vrizy qui les hosse.
Terron qui les ramasse.
Vandy qui les mange.
Cherchez qui les cliie Pour les Friands de Vouziers.
Les Russes de Givry.
11 y a là, sans doute, un vice de prononciation. Peut-être, en effet, faut-il dire les « rudes de Givry, » la rudesse du langage étant le signe caractéristique des habitants de cette région ardennaise. On dit encore :
Les Rusés de Givry.
Les Gros Ousties (ou oustics).
Blason commun à la généralité des habitants de l'Ardenne. En souvenir de l'aventurier hollandais Growestin qui, vers le milieu du XV0 siècle, avec une suite de dix ou douze mille soudards, fit une incursion en Champagne, pillant par ci, dévastant par là, rançonnant un peu partout. Pour toute vengeance, bien petite à vrai dire, nos Champenois d'autrefois — les Ardennais d'aujourd'hui — n'eurent d'autres ressources que de le représenter sous un aspect grotesque, personnifiant ainsi ce « héros (?) » dans les rustres, les lourdaux et les incapables. Avec le même sens, on dit :
Grossier bête comme un arlang
en mémoire d'un certain Everling qui, lui aussi, j.idis, comme Growestin, ravagea le pays de Champagne.
Aussi misérable qu'un pénitent blanc.
La personne qui s'entend appliquer ce qualificatif est réputée aussi misérable, aussi digne de commisération que possible. Pénitent blanc égale pauvre hère. En souvenir des « processions blanches » qui eurent lieu sous Henri 111, en Champagne et notamment à Reims, alors que, dans toute la région, l'assistance publique dut prendre à sa charge ces pénitents, suivis de leurs fanatiques, venant « demander à Dieu qu'il leur fut permis d'exterminer l'horrible hérésie. »
Les Marinetles de Louvergny.
Les Ramoniers de Bosséval.
Les Guernouilleurs de Rethel. Les Rethelois passent pour aimer passionnément les grenouilles.
A Anchamps, pauvres gens, Le pot au feu et rien dedans.
Les Chabots de Yoncq.
Les mauvais Prêteurs de Sévigny.
Les Loucheurs de Sévigny.
Nous lisons dans la Monographie de Sévigny-la-Forét, par M. Renault, instituteur : « Une chose que remarquent tous les étrangers de passage à Sévigny, c'est la vicieuse disposition des yeux commune à presque tous les habitants de cette commune et de laquelle résulte un strabisme très accentué et, pour ainsi dire, localisé. » On dit aussi :
Les Sukaus de Se'vigny-la-Forêt.
Les Enfants de Joigny,
Plus malins que père et mère.
Un marinier de Joigny est, au temps jadis, appelé devant le juge. En voulant sauver un homme qui se noyait dans la Meuse, il lui a, d'un coup de gaffe, crevé un œil; d'où, demande en dommages-intérêts. Le pauvre marinier ne savait comment se défendre, lorsque son fils cria au juge : « Monsieur le juge, allez vous noyer, papa vous repêchera, et si par bonheur il ne vous crève pas un œil avec sa gaffe, condamnez-le, parce qu'alors, la première fois, il avait été maladroit. » Le juge interloqué ne sut que répondre, puis acquitta le marinier. Évidemment que sans la présence d'esprit de son fils, dit la légende, il ne s'en serait pas sorti à si bon compte. Et de là est venu le dicton : « Les enfants de Joigny sont plus malins que père et mère. »
Y soe de Braux,
Mi qu'a nés
Mi qu'a soe Mi qu'a n'eto co Et mi qu'a voio co bin ête.
Braux, jadis, mais il y a de cela longtemps, bien longtemps, passait pour le village le plus fortuné, le plus délicieux, le plus enviable des Ardennes. Tout bon Ardennais voulait plus ou moins être, ou arriver de Braux.
Les Galile'ens de Charleville.
C'était il y a plus de deux cents ans, alors que Charleville venait d'être fondée. Des comédiens ambulants ayant monté leurs tréteaux sur la place Ducale, s'apprêtaient à jouer je ne sais quelle tragédie, ou je no sais quel mystère. Mais interdiction leur est faite de donner le spectacle annoncé. « Rien de mieux, répondent les comédiens, nous jouerons l'Arrivée en Galilée et le Publie dupé. » Arrive le moment de la représentation. Le public se pressait aux pieds et autour des tréteaux servant de scène, la recette était excellente. Trois des comédiens font leur entrée : l'un représente Jésus-Christ, l'autre Saint-Pierre, le troisième un apôtre quelconque. « — Eh bien, Pierre, dit Jésus, nous voilà donc arrivés en Galilée? — Oui, maître, répond saint Pierre, et bien fatigués, je vous assure. — Pourquoi, alors, n'irions nous pas nous reposer, fit le troisième interlocuteur. » Et les voilà quittant la scène, faisant une sortie quasi triomphale. Le public attendait et songeait : ce n'est là qu'un prologue, la comédie va bientôt commencer.. Mais nos compères avaient détalé avec la recette et couraient sur la grand'route. C'est ainsi qu'ils quittèrent le pays de Galilée et jouèrent le public dupé, et c'est aussi en mémoire de cette aventure que les Carolopolitains furent parfois, en manière de plaisanterie, appelés les Galiléens.
Les Bourguignons de Revin.
Les Pâlots de Revin.
Les Cailloux de Stonne.
Aller à Marne.
Revenir de Marne.
Nous avons, à notre chapitre des Pèlerinages ardennais, parlé de Marne. Nous ne pouvons qu'y renvoyer le lecteur, en ajoutant ces détails complémentaires.
La chapelle de Marne, située à quelques centaines de mètres de Buzancy, sur la lisière du bois de la Folie, est le dernier vestige d'un prieuré dont le titulaire percevait une partie des dimes de Fossé et qui, depuis longtemps, était converti en simple bénéfice. La tradition voudrait que Gharlcmagne, passant par là, y eût bâti une église en souvenir d'une victoire. 11 semble qu'à ce point se soit livré un combat, car, à plusieurs reprises, on y a retrouvé des sépultures gallo-franques contenant des fragments d'armes et des ornements en terre.
Voici quelle serait l'origine de ce dicton : « Revenir de Marne. »
« Assez souvent, en été, des personnes des paroisses les plus voisines, et en particulier des jeunes gens de l'un et l'autre sexe, vont, les dimanches et t'êtes, visiter la chapelle. En sortant de la chapelle, on va se promener au bois qui est, comme je l'ai dit, tout proche. 11 est à craindre que toute décence ne soit pas observée dans ces courses ; le respect pour la chapelle n'est pas toujours mieux observé. . . Je sais que, même ce pèlerinage n'existant pas, il y aurait sans doute des promenades, etc. ; mais, pour cacher à des parents attentifs des démarches imprudentes, on dit qu'on a été à Maine. Aujourd'hui, ces promenades se font encore ; les jeunes filles entrent dans la chapelle et essayent de saisir la corde de la cloche ; celle qui réussit et fait sonner l'airain sera mariée dans l'année. » Extrait de la Revue de Champagne. — Réponse de M. Livrezanne, curé de Buzancy, à une demande de renseignement émanée de l'évéché de Metz (20 mai 1807).
Comme les femmes de Givry qui. . . . mettent une rallonge.
Lorsqu'une corde est trop courte, on a recours — ou du moins on avait autrefois recours — à l'une des femmes de Givry, pour qu'elle y mette (mais l'expression populaire est plus expressive, plus scatologique) une rallonge.
Les Gens de dessus les bois.
La zone centrale du département est habitée par des populations que « ceux de la rivière d'Aisne » ont coutume d'appeler « les gens de dessus les bois, » c'est-à-dire des plateaux situés au-dessus d'une zone boisée, mais dont les défrichages successifs ont considérablement réduit l'étendue. Par contre, ainsi que nous l'avons dit, « ceux de dessus le bois » appellent les habitants des bords de l'Aisne, non sans quelque affectation d'indifférence, « ceux de la rivière d'Aisne. »
Luisant comme le cul de Saint-Hubert.
Dicton très usité dans le pays d'Attigny. Il y aurait eu jadis, dans un village des Ardennes (à Noyers, près Sedan, ou peut-être Alincourt, près Juniville), une statue de Saint-Hubert portant un beau miroir plaqué à la partie sus-indiquée des bas-reins.
Brûleurs de noir A bien de façon de s'entendre,
Brûleurs de noir, Amis, voulez-vous le savoir?
Venez, nous allons vous apprendre, Comment en tout, doivent s'y prendre Brûleurs de noir.
C'est à Charleville, qu'autrefois, on venait de toute la Champagne chercher du charbon de terre.
Les Passe-Goulettes de Champigneulle.
Les Punaises de Barbai se.
Sans doute ;'i cause de l'assonnance rythmique.
D'une pucelle Votre bras est le défenseur, Et, dès que l'amour nous appelle, Nous servons de même, avec cœur
Une pucelle.
C'est le blazon de Mézières. Souvenir du siège qu'en 1321 Bayard, enfermé dans la place, soutint contre les Impériaux. En mémoire de cette « virginité » de leur ville, les arquebusiers macérions admirent toujours dans leur compagnie quelques jeunes filles « arquebusières. »
C'est comme à Arreux Où la cabre a pris le leu.
Cette légende du loup que la chèvre enferme dans l'église se retrouve un peu partout en France. Dans les Ardennes elle se conte à Arreux; d'où le dicton. En Bretagne, on dit :
C'est comme à Trigavou
Où la chienne a point le loup.
On dit à Papleux-en-Tiérache :
Et v'ia comme à Papleux Le cabre a pris le leu.
Voir Sébillot : Contes des Paysans et des Pêcheurs; Rolland : Faune populaire de la France.
Les Boyaux rouges de Cbarle ville.
Les Bo3raux blancs de Mézières.
Les Coucous de Mézières.
Voir sur ces appellations dont il n'est guère possible aujourd'hui de préciser ni l'étymologic ni l'origine, la fin de notre chapitre IV : Mœurs et Coutumes diverses.
Nous sommes de Liart, De Liart nous sommes.
Nous sommes du pauvre Liart, Mon bon Monsieur.
Le territoire de Liart n'est guère fertile et n'avait jadis pour toute fortune — car les terres aujourd'hui mieux travaillées produisent davantage — que sa récolte de fruits, ce qui a donné lieu à ces deux dictons : — D'où étes-vous? Nous sommes de Liart. de Liart nous sommes, quand l'année avait été riche en fruits; et, tout simplement : Du pauvre Liart, mon bon Monsieur, lorsque la récolte avait été maigre.
Les Putois de Day.
Les Vicbaux de Tournavaux.
Les Yichaux de Dcville.
Le Vichau est un petit animal carnassier, genre putois et fouine, qui se tapit plus spécialement dans les écuries. 11 y gobe les œufs fraîchement pondus et suce le sang des jeunes poulets. Ceux de Deville et de Tournavaux auraient-ils les mêmes goûts friands?
Les Gueules-noires des Ardennes.
Ce hlazon s'explique suffisamment lui-même. Il désigne tous les ouvriers qui travaillent le fer; l'industrie métallurgique étant la principale des industries ardennaises.
Ceux du pays de la bète.
Désignait quelquefois, jadis, les gens de Thilay. M. Renault, instituteur à Deville, nous écrit au sujet de ce blazon : « 11 y a plus de cent ans vivait à Thilay un homme dont aujourd'hui le nom est absolument oublié. 11 était atteint d'une maladie presqu'incurable. 11 consulte un sorcier du pays qui lui dit : « Je connais un remède qui vous guérira complètement. Tâchez de vous « procurer un peu de cervelle, de fiel ou de rate d'un enfant, faites-en une pâte que vous avalerez « et votre mal disparaîtra. » Pour avoir ce singulier remède, notre homme assassine un petit vacher et fait courir le bruit qu'il a été attaqué, déchiré et quasi dévoré par deux loups blancs (?). Pourtant, peu à peu, le jour se fait sur cette mort que l'on jugea tout d'abord, et non sans raison, fort mystérieuse. Et le scandale fut grand, non seulement dans les Ardennes, mais même dans la France entière, car à cette époque qui ne connaissait pourtant encore, ni le télégraphe, ni les chemins de fer, lorsqu'on demandait à un Ardennais « de passage à Versailles, à Toulouse, à Grenoble (??) : « De quel pays ête—vous ? » et qu'il répondait : « Je suis de Thilay dans les Ardennes, » on ne manquait pas de riposter : « De Thilay? Ah! oui, du pays de la bête! »
Rethel, petite ville, Mazarin, grand coquin.
Les mangeurs de godichons de Rethel.
Autrefois Rethel fut renommé pour ses godichons (ou gaudichons) : petits gâteaux d'un sou. On raconte que l'impératrice Joséphine passant à Rethel, avec le prince Eugène, fit arrêter sa voiture devant l'étal d'un boulanger et demanda des godichons. Elle les mangea et les trouva excellents. Aujourd'hui on ne sait peut-être plus à Rethel ce que c'est qu'un godichon. Dans les Blasons de France, MM. Gaidoz et Sébillot, ont recueilli ce blason, mais sans indiquer la signification. En fait de gourmandises ou de produits culinaires, Rethel est maintenant célèbre par ses boudins blancs.
Tourteron Sur un mont Entre deux vallons.
Tourteron est, en effet, situé sur un monticule étroit, entre deux vallons très resserrés : d'où le dicton.
Les Arminaux de Remilly, Giraumont, Harcy, Servion, Rouvroy, Yaux-Villaine.
Dans le patois — ou du moins l'ancien patois — ardennais, on appelait « Arminaux » les habitants des communes situées sur les coteaux ou sur les montagnes. Jamais ceux de la plaine ne reçurent ce surnom qui, d'après M. J. Hubert, Géographie des Ardennes, serait d'origine celtique : « menez, » montagne; « armenez, » la montagne. — « Arminaux, » les montagnards, ceux des lieux élevés et parfois aussi les malins, les sorciers. On dit d'un enfant qu'on élève sur sa tête, ou que l'on porte sur ses épaules, qu'on le « porte en arminette. »
Ceux des Quatre-Vallées.
On donne le nom de « Quatre-Vallées » aux communes de Vaux-Montreuil, du Chesnois, de Wignicourt et d'Auboncourt-en-ltivières. Ces communes étaient autrefois distinctes. Elles ont été groupées," ainsi que plusieurs autres du canton, à la suite d'une mesure administrative de 1828. On disait aussi : « Les Anes des Vallées, » même étymologie que pour les blasons de Termes, Saint- Julien, Erancheval.
Les Vallagiers de Novion.
On appelle « Vallage » le pays du canton de Novion et « Vallagiers » ses habitants.
Gpmme les enfants de Carignan
Qui sont plus méchants que les autres.
On rapporte que saint Gery, « chassé de son pays, » arriva à Carignan où il fut insulté et poursuivi par les enfants de ce village. Indigné, il les maudit de génération en génération. Et voilà pourquoi, dans les Ardennes, les enfants de Carignan sont « plus méchants que les autres. » On montre encore à Carignan les ruines de la maison où habitaient saint Gery et sa mère, tout proche d'un puits dans lequel il péchait le poisson servant à leur nourriture.
Les Gravelles de Gespunsarl.
Les Bigas de Gespunsart.
Les Grayas de Neufmanil.
Je ne connais pas I'étymologie du mot biga. Quant au sobriquet craya, il est très ancien. Il paraît qu'autrefois les habitants de Neufmanil étaient d'humeur farouche et inhospitalière. Ils jetaient aux étrangers assez osés pour s'aventurer dans leur village, des « poussières, » gravelle (ou résidus de houille brûlée), en un mot des « crayas. » C'est, en effet, par ce mot que l'on désigne les déchets delà houille provenant du feu de la forge.
Les Aguïons de Sommauthe.
« Aguïon » signifie, en patois local, petit aiguillon. Pourquoi ce sobriquet aux habitants de Sommauthe ? En tout cas, ce blason nous parait être d'origine douteuse : aussi ne le reproduisonsnous qu'avec la plus extrême réserve.
Les Loches d'Oches.
Les Terreux d'Arnicourt.
Les Cul-de- Vache de Fontenoy.
Les Cul-de-Moulin de Saint-Pierremont.
Le sobriquet Cul-de-Vache fut donné par les habitants de Saint-Pierremont aux habitants de Fontenoy qui ripostèrent par le sobriquet de Cul-de-Moulin appliqué à leurs voisins. Pourquoi? Est-ce parce qu'au chef-lieu communal il existait un moulin à eau ?
Les Filles-Madame de Rethel.
On appelait ainsi encore au commencement du siècle, mais seulement à titre de souvenir local, les jeunes filles pauvres qui n'attendaient qu'une dot pour entrer en mariage, à moins qu'un amoureux n'en prit une pour ses beaux yeux : ce qui n'eût pas été et même n'est pas aujourd'hui chose rare, les filles étant fort avenantes dans le pays de Rethel. Cette appellation n'est plus aujourd'hui en usage. Henriette de Clèves, femme de Louis de Gonzague, avait constitué une rente de 3,600 livres pour doter annuellement soixante pauvres filles nées dans son territoire de Rethel. Quinze d'entre elles étaient prises dans la prévôté de Rethel, quinze autres dans la prévôté du Châtelet, mais Rethel, ville, n'en pouvait fournir que trois. Le choix de ces « Filles-Madame » était fait tous les ans, au jour de « Pâques-Fleuries, » à sept heures du soir, dans la chambre du château de Rethel, par un Conseil composé du bailli, de son lieutenant, des avocats, du greffier, du gouverneur et du maire.
On mettait dans un pot autant de billets que de filles pauvres : puis les « lauréates » tiraient au sort. Les soixante billets gagnants portaient : « Dieu vous a élue. » Les autres : « Dieu vous console. » (Voir à ce sujet la fin de notre chapitre IV pour une coutume similaire à Le Thour).
A quelle époque cette fondation a-t-elle été abolie? C'est ce que personne n'a pu me dire, même à Rethel, d'une manière absolument précise.
Les Anes de Termes.
L'Académie de Saint-Julien.
Ces deux blasons ont une même origine, bien que les villages de Termes et de Saint-Julien soient l'un et l'autre, pour ainsi dire, à l'extrémité des Ardennes. Jadis, à Termes, dans l'écurie de chaque maison se trouvait un àne qui, le moment de la vendange venu, flanqué de deux paniers, l'un à droite, l'autre à gauche, portant la récolte, grimpait ou descendait les côtes et les collines que ne pouvaient gravir les voitures. Mais depuis longtemps déjà, les vignes ont disparu de ce pays de Termes et, avec elles, ce nombre exagéré d'ànes. Aussi ce blason ne peut-il se reporter qu'à une époque assez ancienne.
Saint-Julien, aux portes de Mézières, est un petit village situé en pleines terres maraîchères. Les paysans, maraîchers, venaient, chaque semaine, un peu moins aujourd'hui, porter à Charlevillc et à Mézières leurs fruits et leurs légumes, charriés dans de petites voitures que traînaient un àne. Et ces voitures, surtout ceux qui les traînaient, étaient toujours groupés par leurs maîtres aux mêmes endroits : d'où cette appellation satyrique infligée à ces bons quadrupèdes attendant patiemment, de compagnie, le retour à Saint-Julien. On dit aussi :
Les Anes de Sivry.
Les Bic-et-Bouc de Saint-Pierre-sur-Venee. Les Viaux [veaux] de Boulzicourt.
Les Gueulards de Warnécourt.
Un dicton dit :
On ne peut passer à Evigny sans être crotté. A Warnécourt sans être moqué.
A Fagnon sans être volé.
C'est Perthes, Pauvres, la Besace et la Charité.
Se dit communément d'une personne dont les affaires périclitent. Perthes, Pauvres, la Besace sont, on le sait, communes des Ardennes. La Charité était un ancien prieuré, proche Montmarin. Voir, sur Montmarin, les Petits Souvenirs légendaires.
Le diable sa fdle marie, Au bois de Torcy.
Se dit quelquefois dans les Ardennes, lorsqu'il pleut en même temps que luit le soleil.
Les Foyans (taupes) de Donchery.
Les Bourriques de Haulmé.
Les Anes de Sivry-les-Buzancy.
Les Loups de Landres.
Les Bourriques de Ham-sur-Meuse.
Les Loups de Villers.
Les Auyes ou Auyettes [petites oies) de Vrigne-Meuse.
J'sons de S'nuc, J'sons de S'nun.
Même remarque que pour le blason de Liart. Lorsque la récolte est bonne, les Senucois portent haut et disent : « J'sons de S'nuc. » Est-elle mauvaise, ils renient leur village et disent : « J'sons de S'nun. «
Les Capucins de Pouru-Saint-Remy.
Blason d'origine douteuse.
Les Fous de Château.
Les gens de Château furent toujours réputés pour avoir la « fossette, » c'est-à-dire la nuque creuse. — Voir nos Petits Souvenirs légendaires : « La Légende de saint Berthauld, » et nos Coules : « Les Habitants de Chàteau-Porcien. »
D'où vient ce blason ? Je lis dans une Histoire de Chàteau-Porcien. anonyme, il est vrai, mais, sans doute, écrite par une personne connaissant bien le pays :
(( Les anecdotes qu'on raconte sur Château doivent avoir pour auteurs les malins (?) d'une ville voisine (Rethel, peut-être) dont les habitants sont doués d'une curiosité qui tient de la folie : ce qui leur fait cultiver, avec une assurance imperturbable, le champ de la médisance, et trop souvent celui de la calomnie. »
Et plus loin, dans la même Histoire :
« En 1450, il se manifesta, à Château, une épidémie d'une telle intensité, que les malades, devenant furieux, couraient par les rues et se précipitaient, absolument nus, dans les puits ou dans la rivière. La crainte d'être atteints par la contagion arrêtait le zèle de ceux qui auraient pu porter quelques soins à ces malheureux furibonds, fous furieux. »
Est-ce depuis cette époque que l'on a dit — et que l'on dit même encore — " les Fous de Château. » ou faut-il voir dans ce blason, peu justifié, une rivalité de ville voisine?...
Les Talvates de Bouconville.
Les Glorieux de Mont -de -Jeux.
Les Bitinas d'Imécourt.
Les Gros-Monstres d'Au fiance.
Cette expression : « Grand monstre, » est assez commune dans les Ardennes. « Oh! le monstre! » « Oh! le grand monstre! » se dit de quelqu'un qui fait une action d'éclat, mais, plus encore, lorsqu'on le veut plaisanter pour une action absolument ordinaire. Ce sont des expressions qui ne signifient pas grand'chose, et comme, en définitive, chaque région a la sienne qui lui est propre, pourquoi ce blason est-il plus spécial à Autlance ? c'est ce qui ne s'explique guère, étant donné, nous le répétons, que pareille exclamation se dit d'un bout de pays à l'autre. On dit aussi, assez communément et dans le même sens : « Oh! le verrat! «
Les Coulous de Rubécourt.
Les Cabres de Villers-Cernay.
Sans doute parce qu'on élève beaucoup de chèvres à Villers-Cernay.
Les Lolo dTlly.
Nous avons expliqué, au chapitre VIII de notre Livre I, l'origine de ce blason.
Les Laids-Ours de Séchault.
L'une de ces expressions populaires ardennaises : Oh ! le verrat ! oh ! le monstre ! oh ! le laid ours ! On dit aussi, mais sans y attacher un sens injurieux ou fâcheux : Oh ! le maquereau! C'est même un petit terme d'amitié, comme dans toute la Gascogne et surtout dans le département des Landes : Oh ! le « hill de pute ! » (oh ! le fils de p. . . .)
Ceux du Clocher pointu.
Désignait jadis les gens de Givry. Le clocher de ce village, réduit aujourd'hui à de plus modestes proportions, était, autrefois, l'un îles plus pointus de la contrée.
Pauvrés comme ceux qui vont à la Carichc/adc.
Qui vont, mendiant, leur pain, implorant la charité. Du mot espagnol : caridad. En souvenir de l'ancienne occupation espagnole dans la partie de la Champagne qui forme, aujourd'hui, le département des Ardenues.
Les Canards de Sailly.
Les Canards de Létaune.
Les Oyaux d'Aussonce.
Les Pouilleux de Raillicourt.
Les Quiriauts de Barby.
Quiriauts, ou cuirauts, oiseaux de la famille des échassiers assez communs dans le pays.
Les Corbillas de Neuville.
Les Thious de Ju ni ville.
Les Moqueux (moqueurs) deSorbon.
L'u ancien dicton dit :
Lorsqu'on passe à Sorbon sans être moqué, On va à Paris, à pied, sans être hodé (fatigué).
Les Culs-noirs de Logny-Bogny.
Aujourd'hui, lorsque « ceux » de Marlemont appellent culs-noirs « ceux » de Logny-Bogny, ils s'attirent cette réplique : « Nous avons plus d'eau pour laver notre cul, que vous pour laver votre gueule. » L'eau n'est pas très abondante, eu effet, à Marlemont qui se trouve sur un plateau.
Les Brautins de Braux.
Les Chitreux de Sy.
Les Berluas de la Berbère.
Les Sachos de Sachy.
Les Verdrières de Verrières.
Les Tcbinchats d'Ancbamps.
Les Puantins de Puilly.
Les Primatiaux de Primai.
Les Naviaux de Navaux (écart de Tbilay).
Les Charbotrès de Charbeaux.
Les Rimognats de Bimogne.
Les Maugriots de Mogues.
Les Boucautis de Raucourt.
Les Linots de Linay.
Les Falairas de Falaize.
Les Baulounis de Baàlons.
Ces appellations, bien qu'elles offrent une équivoque, ne sout pas à vrai dire, des blasons, dans le sens exact, techuique du mot : elles dérivent, en effet, directement du nom de la commune.
Les Bourricots de Franche vaux.
C'est ici Fran chevaux, Pays aux belles femmes Et aux laids chevaux.
Jadis, comme à Saint-Julien, comme à Termes, on élevait à Fraucheval beaucoup d'ànes, que l'on faisait servir à tous les travaux possibles et imaginables. C'est ainsi que les habitants de Fraucheval, par exemple, allaient à Sedan « passer leurs pièces » portant leur travail à dos d'ane. Ces utiles quadrupèdes servaient aussi au transport des récoltes. Aujourd'hui les ânes sont remplacés par des chevaux, sans doute excellents pour ce qu'on en veut faire, mais qui, si l'on en croit le deuxième blason, ne seraient pas de grande race. Les deux épithètes accolées aux femmes et aux chevaux ne sont là que par opposition de mots, car si les chevaux sont vraiment laids, les femmes de Francheval, tout en étant fort gracieuses et fort avenantes, en sont pas plus spécialement belles que dans telle ou telle autre région des Ardennes.
Les Panses jaunes de Sainl-Etienne-à-Arnes. Les Panses brûlées de Vrigne-au-Bois.
Les Pucerons de Fleigneux.
Les Couillons d'Amagne.
Bêtes comme toutes les vaches d'Amagne.
Les Couillons de Floing.
Les Cabus du Fond-de-Givonne.
Les Baïamonds de Vireux.
Les Chiens d'Aubrives.
Les Boucarts de Foisches.
Les Grosses oreilles de Flaignes-les-Oliviers. Les Boux de Havys.
Les Tourreins de choux de Blombay.
Les Chiens de Girondelle.
Les Espagnols de Châtelet-sur-Sormonne.
Les Begayeux d'Étalles.
Les Crapauds de Naux (écart de Thilay).
Ceux de Toges en France.
Blason ironique complété par ce dicton :
Toges en France.
A cinquante lieues de Paris.
Entouré d'haies et de buissons.
Peuplé d'escrocs et de fripons.
Dicton absolument fantaisiste, d'ailleurs, et qui s'applique aussi au hameau de Ilamcuzy (commune de Viel-Saint-Remy), que les habitants du lieu prononcent : Meuzy.
Meuzy en France.
A trente-six lieues de Paris.
Entouré d'haïes et de bûchons (buissons). Peuplé d'canailles et de fripons.
Les Bêî-Bêî (ou bè-bê) de Semidc.
Autrefois, affirme la légende, les habitants ne commençaient jamais une phrase sans la faire précéder de ces mots : « Eh bô ! bé, » qu'ils intercalaient, encore, dans leurs conversations, pour relier les phrases entr'elles, ou se donner le temps de la réflexion. On dit aussi, et pour le même motif :
Les Bè-Bê de Saulces.
Entre Termes et Mouron L'Aire perd son nom.
Aisne l'appelle-t-on.
Comme à Barricourt, où tes poules meurent de faim. Dans ce village, le sol est très pierreux et les terres quasi infertiles ; d'où le dicton.
Les Brans de Nohan.
Dans cette expression ardcnnaise, le mot bran, détourné de son ancienne signification bien connue, veut dire : crottes de chat.
Les Chevaux crevés de Tbilay.
Les Grabouyas de Joigny-sur-Meuse.
Les Culs troués de Maranwez.
Les Cocus des Hautes-Rivières.
Les Halobets de Hannogne-saint-Martin.
Les.Hùtus de Dom-le-Ménil.
Blason d'origine douteuse; aussi ne le donnons-nous que sous la plus expresse réserve.
Les Ougnias (ou ounias) de Chagny.
Du mot patois « ougny » (je ne réponds pas de l'ortographe, mais seulement de la prononciation). Les habitants de la région envoient souvent « ceux » de Chagny « monter sur le bouc, » (voir notre chapitre sur le mariage), comme on envoie « ceux » de Jonval pêcher la lune dans le gué se trouvant au milieu du village, et qui sert d'abreuvoir aux bestiaux.
Les Marchands de feutre de Wé.
Les Turquels d'Escombres.
Les Tararas de Savigny-sur- Aisne.
Les Marmottes d'Osncs.
Les Corbeaux d'Auvillcrs-les-Forges.
Les Pucerons de Fligny.
Les Chapeaux de Messincourt.
Les Taons de Tarzy.
Les Chios d'Artaise-le-Vivier.
" Chios, » nom que porte une variété de prunes fort abondantes dans ce pays de Vivier.
Les Happe-la-lune de Marby.
Aurait pour origine coite histoire bien connue de l'âne qui se désaltère dans un étang au moment même où la lune qu'il reflétait est obscurcie par un nuage. On accuse l'âne d'avoir avalé la lune, on s'attroupe, on se prépare à éventrer F innocente bête, lorsque, fort heureusement, le nuage, continuant sa course, la lune réapparaît plus resplendissante. Peut-être aussi à cause d'une peinture grotesque de la lune qui se trouvait dans l'église de Marby. Y est-elle toujours. Probablement, mais n'étant jamais allé à Marby, nous ne pouvons le dire d'une manière précise. D'après une tradition, le surnom de Happe-la-lunc. donné aux habitants de Marby, .aurait pour origine l'une des devises des de Montmorency. Ces seigneurs possédèrent jadis, en effet, près de Marby, une propriété qui portait leur nom et qui, plus tard, serait devenu le village de Laval-Morency.
Les Couans-couans de Watant.
Blason donné aux habitants de La Neuville-à-Maire. Dans cette commune se trouvent des oies et des canards en fort grande quantité; et comme ils étaient souvent conduits dans une prairie appelée le « Champ de Watant, » de là est venu le sobriquet.
Les Boues et les Cabres des Grandes-Armoises.
Les Tauriaux de Chilly.
Les habitants de Chilly émaillaient assez souvent leur conversation de ce mot « tauriaux; » ils le mettaient machinalement à toutes sauces, comme pour couper leur phrase, ou lui donner un sens plus énergique. C'était une manière de juron ; d'où le sobriquet.
Les Cabres d'Eteignères.
Les chèvres sont très nombreuses dans ce pays d'Éteignères. Voir notre légende : La Chèvre d'or.
Les Culs rasés de Maubert-Fentaine.
Jadis, Maubert, bâti comme dans le fond (le cal) d'une vallée, était place forte. Or, ces remparts ayant été rasés, ou s'explique ce blason.
Les Baraquins de Monthermé.
Les Baraquots de Marlemont.
Jadis, les maisons de .Marlemont, si ce mot n'est pas trop ambitieux, étaient de véritables huttes, de véritables baraques couvertes en chaume. L'instituteur de Marlemont nous envoie celte deuxième étymologie : « Les habitants de Marlemont sont connus dans le pays sous le nom de Baraquots. Cela tiendrait, paraît-il, à ce que jadis il y avait devant chaque maison du village de petites loges à porcs, de véritables « baraques. » Marlemont fut toujours — et même encore aujourd'hui — renommé pour l'élevage des porcelels. »
M. de Foutenelle, médecin distingué qui vivait au commencement du siècle, a laissé un manuscrit fort intéressant intitulé : Recueil historique, agricole, médical, commencé eu l'an VII et se terminant en 1828. Ses notes historiques sur le canton de Ruinigny sont de 1813; celles relatives aux cantons de Signy-le-Petit et Rocroy, de 1814 à 1810.
A la page 412, parlant de Marlemont, il écrit :
« Lors de la révolte des Liégeois contre; l'empereur Othon, ceux qui purent se sauver après la bataille de Bouvines vinrent rejoindre leurs compatriotes occupés à bâtir la ville de Mézières ; une partie ayant été détachée alla, en liGO, bâtir Maubert et Marlemont : de là tant d'analogie entre les figures et. les caractères des habitants de ces deux communes avec les Liégeois. Marlemont fui brûlé en 1587 par h' comte de Saiut-Pol et les Calvinistes de Sedan. C'est à la suite de ces désastres qu'ils furent obligés d'élever à la hâte de nouvelles demeures peu luxueuses ; niais, à cause de leur origine, ils eurent longtemps le mépris de leurs voisins: c'est pour cela, peut-être, qu'on leur donna le surnom de Baraquots. »
Dans les environs île Marlemont, on dit d'une personne qui parle lentement eu appuyant sur la dernière syllabe : elle perle en baraqueau. Ou dit aussi :
Les Braillards de Marlemont.
Deuxième blason pour Marlemont. Les habitants de Marlemont, presqu'isolès, autrefois s'entend, des communes environnantes, taut étaient rares et surtout en piteux état les chemins donnant accès à ce village, étaient regardés par leurs voisins comme gens peu civilisés. De là d'assez fréquentes batailles dans cette région, principalement lorsque « ceux » de Marlemont rencontraient « ceux » de Signy et de Liart qui ne leur ménageaient pas l'appellation de « sauvages. »
On dit enfin :
Les Printemps de Marlemont.
Comme nous le savons, les routes conduisant à Marlemont, ou sortant de Marlemont, étaient assez rares jadis et en assez piteux état. Or, les habitants de ce village déshérité apprirent qu'il y avait à Warcq une mouche surnaturelle qui pouvait, à son gré et en dépit de toutes les lois astronomiques, chasser l'hiver et faire arriver le printemps même en plein janvier... Ils se dirent alors : « Outre que nos chemins ne sont pas nombreux, la mauvaise saison les rend impraticables, allons chercher la fameuse mouche et avec elle viendra la belle saison. ><
Voilà donc « ceux » de Marlemont partis pour Warcq. Ils prennent la mouche, renferment soigneusement dans une jolie petite boîte qu'ils avaient confectionnée, soignée, capitonnée à l'avance, et rentrent au village. Mais, en route, voulant voir si la mouche était toujours dans sa prison, ils ouvrent maladroitement la boîte et la mouche, alors de s'envoler. Grand désespoir ! Que diront surtout les camarades lorsqu'ils verront revenir la délégation avec la boîte vide ? Heureusement qu'inspirés par la gravité des circonstances ils eurent, à l'instant même, uue idée géniale. Vite ils coupèrent dans les taillis, aux arbrisseaux, qui une vergette, qui une branche, et, les agitant dans l'air, firent une battue devant la mouche, eu môme temps qu'ils criaient : « A Marlemont le printemps ! A Marlemont le printemps ! » Ils la poussèrent aiusi jusqu'au village.
C'est depuis cette mémorable aveuture que « ceux » de .Marlemont ont conservé le nom de la fameuse mouche, ou du moius de cette belle saison qui venait à sa volonté.