‹ Traditions, coutumes, légendes et contes des ArdennesChapitre 53 sur 392 · Pour se débarrasser des rats, il faut dire · texte numérisé non relu

Pour se débarrasser des rats, il faut dire

« Eràt verbum, apud Dcum nostrum : Rats et rates, je vous conjure, par le grand Dieu, de sortir de ma maison, de toutes mes habitations, et de vous rendre (on désigne un endroit) pour y finir vos jours (1). »

Puis on prononce trois fois ces mots en latin macaronique :

« Decrclis, reversis el desembardssis virgo potens, clcmens, juslitiœ. »

On écrit ces mêmes mots sur trois morceaux de papier que l'on plie soigneusement et que l'on place, l'un sous la porte par laquelle passeront les rats et rates que l'on expulse, l'autre sur le chemin qui les doit conduire à l'endroit où on les envoie; cette conjuration doit se faire au lever da soleil.

On se débarrasse encore des rats en ramassant une dent de herse cassée, trouvée dans les champs, et en la jetant sur le toit de sa maison.

(1) Un cultivateur de Francheval, voulant, il y a quelques années, se débarrasser des rats qui infestaient sa maison et surtout sa cave, alla consulter une sorcière du pays qui joignait à toute sa science de nécromancienne réputée infaillible, le talent de danser très agréablement la Carmagnole, au rythme de laquelle, presque toujours, frappant de ses pieds la terre en cadence, elle accomplissait ses pratiques de sorcellerie. Elle convint avec son client qu'elle dirait une ueuvaine à la lumière de neuf cierges qu'elle fournirait. Et pendant cette période de neuf jours, elle ne manqua pas d'affirmer que les prières allaient moult bien et que la chandelle, elle aussi, hrûlait moult bien. La neuvaine terminée, elle dit au naïf qui l'avait consulté : « 11 faut maintenant jeter par dessus le ruisseau du village, une planche par laquelle les rats pourront s'enfuir; quand vous l'aurez placée, je crierai : Rats et rates, au nom de saint Niçoise, je vous ordonne de vous

rendre au bois de » Et la maison de notre homme n'en continua pas moins à être infestée

par les rats; mais à ceux qui le plaisantaient, il répondait, avec l'accent de la plus profonde conviction : « C'est vrai ! il y a toujours des rats dans la maison, mais ce ne sont plus les mêmes, allez! » — Communication de M. de Sionville.

lru Variante

Rats et rate-, souviens-toi Qui: c'est aujourd'hui la Saint-Nicaise.

Tu partiras de eliez moi, Sans attendre ton aise, Pour aller à ... en poste.

Tu t'en iras trois par trois.

2e Variante

Rats et rates, souviens-toi De la mort et martyre île sainte Gertrude. Tu partiras deux par deux et par un,

Pour aller a

3° Variante

llats et rates, je vous conjure, Au nom il ii grand Dieu vivant, Kl en relui de sjùnle Gertrude, D'aller il

4" Variante

Itats et rates, vous qui avez mangé le co;ur de saint Estricque, je vous conjure, en son nom, do vous en aller à

LA SORCELLERIE

73. — Pour guérir un enfant de la peur, il faut, un jour de la semaine, le faire assister à une messe basse, et qu'après la messe le curé lui pose son étole sur la tête en récitant l'évangile de saint Jean.

7i. — Pour préserver du loup les brebis égarées, il faut dire :

Saint Pierre et saint Jean se promenant dans ces vallons, Y rencontrent louve et louvelons.

— Louve et louvetons, que fais-tu dans ces vallons ?

— J'y cherche si j'y trouverai des bètes égarées.

— Que leur ferais-tu? — Je les égorgerais, je leur sucerais le sang.

— Je te conjure de les garder jusqu'au soleil levé.

On dit encore :

« — Loup et louve, que cherches-tu ? — Je cherche les bêtes égarées. — Et de ces bêtes, qu'en feras-tu? — Percer la peau et sucer le sang. — Je te défends de percer la peau ni de sucer le sang. — ■ Serre gueule, serre gueule, serre gueule! »

75. — Pour se débarrasser d'une personne qui vous persécute, d'un ennemi que l'on redoute, il faut se procurer un cheveu de cette personne et le cacher dans un foie de bœuf que l'on suspend à sa cheminée. Quand le foie est pourri, l'ennemi est mort.

5e Variante

Rat, roi (les rats, De la Saint-Nic.aisè Te souviendras.

Va-t-en, va-t-en, Sans attendre ton ai-e !

Dirige-toi sur

Et ne reviens plus !

Ou devait écrire cette formule sur autant de feuilles de papier qu'il y avait d'endroits ravagés par les rats, uoinmer la personne qui les chassait, désigner l'endroit où on les envoyait, ordonner le défilé par nombre impair, trois, ciuq ou sept. Si. pour aller au lieu où ou les expédiait, il fallait passer un cours d'eau, il était uécessaire d'y jeter uue planche en guise de pont. Enfin, on devait réciter cinq Pater et ciuq Ave. Au bout de neuf jours, les rats avaient quitté la maison.

Pour chasser les souris, on écrivait sur quatre morceaux de papier cette formule : Vbi ceciderunl qui opérant iniquitates, expulsi sunt, née potuerunt stave. On les plaçait aux quatre coins de la pièce ravagée, puis on y jetait de l'eau bénite en disant : Asperges me, Domine, etc.

Il y avait dans le diocèse de Reims un formulaire qu'on disait approuvé par le cardinal de Mailly et qu'on récitait pour défendre la vigne contre les insectes qui lui nuisaient. 11 est eu latin et trop long pour être rapporté ici.

Eu Normandie, même incantation. On chaule :

Taupes et mulots,

Sortez d'mon clos, Ou je vous casse les os, Les petits et les gros.

Barhassionné 1 Si tu viens dans mon clos, J'Lc broierai la barbe jusqu'aux os.

Adieu les rois, .

Jusqu'à douze mois !

Pipe au pommier ! Pire au poirier !

Gerbe au boissiau !

Treize au treiziau !

Adieu Noël, adieu les Hois, Jusqu'à douze mois !

Voir Tai'.bé : Romancero de Champagne ; Rolland : Faune populaire de la France, t. I, p. 25, pour les diverses formes d'incantation.

70. — Pour faire « germer » les dents d'un tout petit enfant qui souffre, il faut prendre une taupe, lui couper, pendant qu'elle est encore vivante, les ongles des pattes de devant et enfermer ces ongles dans un sachet que l'on laisse suspendu nuit et jour au cou de l'eufant : plus le sachet sent mauvais, plus la guérison est prompte.

77. — Pour guérir la goutte laitière des vaches (enflure du pis qui fait tarir le lait), il faut prendre un peu de lait de cette vache et l'aller répandre à l'endroit où deux chemins se croisent.

78. — Pour guérir la colique des chevaux, il faut, et par force au hesoin, introduire dans la gorge de l'animal de l'avoine bénite le jour de la Saint-Eloi.

70. — N'enterrez jamais une personne de votre famille le vendredi, car, six semaines après, un membre de la famille mourrait infailliblement.

80. — Si pendant la messe, le dimanche, un cierge s'éteint, l'une des personnes présentes à l'office divin doit mourir dans le courant de la semaine : un homme si le cierge est du côté de l'Evangile, une femme s'il est du côté de l'Epître.

81. Les œufs pondus le vendredi-saint, mangés à jeun le jour de Pâques, préservent de la fièvre.

82. — Repiquer du persil, c'est exposer à faire mourir dans l'année un membre de sa famille. [Voir à l'aphorisme 197, une formule nouvelle exprimant la même idée.)

83. — Une personne dont l'allure vous paraît suspecte vous fait-elle visite et voulez-vous savoir si cette personne est un sorcier ou un franc-maçon? prenez votre balai et reposez-le de suite dans un coin le manche en bas : le visiteur, s'il est franc-maçon ou sorcier, aura bien vite trouvé un prétexte pour s'enfuir au plus vite.

Page 1