La graisse de chrétien vous préserve de bien des maux
36. — Si l'on vous arrache une dent, cachez-la dans la cheminée, car Dieu vous permettra d'y venir la prendre après votre mort.
37. — Pour vous guérir de la gale, lavez-vous avec de la rosée tombée pendant la nuit de la Saint-Jean.
38. — Le premier seau d'eau tiré d'un puits la nuit de la Saint-Jean, quand sonne minuit, coupe les fièvres les plus malignes.
39. — C'est la veille de la Saint-Jean-Baptiste, quand sonne midi, que les sorciers doivent couper l'herbe qu'ils emploieront pour leurs maléfices.
40. — Pour ne jamais souffrir des dents, il ne faut jamais se couper les ongles l'un des jours de la semaine commençant par un IL
41. — Si vous rencontrez un « annequin » (feu follet), ne sifflez jamais en retenant votre vent (?), car il appellerait aussitôt ses compagnons et vous auriez à vos trousses une légion d'annequins, dont vous ne pourriez vous débarrasser.
42. — Dès qu'une personne est morte, il faut s'empresser de vider tous les pots et tous les vases qui, dans la maison mortuaire, seraient pleins d'eau, car l'àme du défunt pourrait s'y réfugier et y rester emprisonnée. Quelquefois même, on aperçoit, sous forme de petite flamme bleue, cette àme quand elle se plonge dans l'eau.
43. — Au fond des fleuves, des rivières, des étangs, se cachent des génies malfaisants appelés « Martin-Crochet » qui, sous forme d'hameçons, happent et entraînent les enfants désobéissants qui s'obstinent à les regarder.
44. — Dans les soirées qui précèdent les nouvelles lunes et lorsque le croissant de cet astre présente une corne, s'il est possible de suspendre par la pensée, sur l'image qu'elle réflèle, un seau plein d'eau, c'est signe de beau temps; dans le cas contraire, c'est signe de pluie.
LA SORCELLERIE
45. — Quand, sur la table, une personne pose un pain sens dessus dessous, on doit s'empresser de le retourner de crainte que le diable, venant à passer, ne le retourne lui-même.
46. — Quand deux personnes habitant la même maison se marient le même jour, il est certain que Tune des deux unions sera malheureuse.
47. — Lorsque des brins de bois sec jetés dans un brasier crépitent et que les étincelles tombent en voltigeant du côté de la taque, c'est signe de grand malheur; si c'est dans le sens contraire à la taque qu'elles tombent, un messager vous portera bientôt de riches cadeaux, ou vous annoncera une nouvelle qui vous comblera de joie.
48. — Si une personne meurt avant d'avoir pu accomplir un pèlerinage qu'elle avait promis de faire, ses parents ou ses amis doivent se substituer à elle pour tenir cet engagement. Autrement, chaque nuit, le mort viendrait leur tirer les pieds. Mais avant d'entreprendre le pèlerinage, il arrive parfois que les parents, sur la fosse du mort, fichent un bâton en terre en disant : « Ton chemin est fait, le nôtre reste à faire. »
49. — Voulez-vous connaître quel sera le prix du blé pendant l'année? Jetez dans un brasier, la veille de l'Epiphanie, quelques grains de blé : plus il en éclatera, plus il en rebondira, plus les céréales abonderont et moins elles seront chères (1).
50. — Deux brins de paille en croix, que le hasard vous aura fait rencontrer le matin, signifient, si vous êtes en procès, que l'affaire n'aura pas pour vous la solution heureuse que vous attendiez.
51. — Veut-on trouver un noyé dont le cadavre est encore au fond de l'eau? Il faut placer, dans une jatte de bois, une chandelle allumée, dire quelques prières et abandonner au courant de l'eau cette jatte qui s'arrêtera juste au-dessus de l'endroit où s'est arrêté ce noyé.
52. — Suivant que le malin, sortant de chez vous, vous rencontrez une personne belle ou laide, la journée sera ensoleillée ou pluvieuse.
53. — Si les récoltes sont mauvaises et si, par surcroît, il pleut le dimanche qui précède la moisson, il faut, pour conjurer le sort, que le laboureur sorte de l'église « en grommelant et en donnant la moisson à tous les diables, » juste au moment où le curé s'apprête à consacrer le vin.
(lj « La veille de l'Epiphanie, dans les Ardennes, on fait sauter le blé. Après avoir fait chauffer la pelle à feu, on y place quatre grains eu forme de croix, en disant au premier : pour le bou Dieu; au deuxième : pour la Sainte-Vierge; au troisième : pour le Petit Jésus; au quatrième : pour le Saint-Esprit. On jette ensuite un cinquième grain, en disant : pour janvier. S'il est en place, c'est que le grain ne variera pas ce mois là; s'il saute vers la personne qui tient la pelle, diminution d'autant plus grande que le grain aura sauté plus fort ; s'il saute vers le foyer, c'est signe d'augmentation. — Sébillot, dans la Revue des Traditions, janvier 1888, d'après Nozot.
Si. — Pour se guérir du mal de dents, il faut prendre un clou tout neuf et l'introduire dans la partie cariée, jusqu'à ce que la pointe du clou soit rougie par le sang; vous courez alors vivement enfoncer le clou, d'un seul coup de marteau, dans le tronc d'un très jeune arbre et vous êtes guéri (1).
55. — Pour aller sûrement en Paradis, fussiez-vous l'homme le plus criminel de la terre, il vous suffira d'avaler, mais sans interruption, un litre de la cendre de votre foyer. On va encore en Paradis, si l'on parvient à mettre en peloton « un lil de la Vierge » sans avoir rompu cette trame aérienne.
5G. — Si voulez que la foudre ne tombe jamais sur votre maison, il faut, la veille de la Noël, mettre dans votre cheminée une bûche assez grosse pour qu'elle ne soit entièrement brûlée qu'api ès les fêtes. Vous cachez alors sous votre toit, ou sous votre traversin, un des restes charbonnés de cette bûche et vous serez ainsi à l'abri du tonnerre.
57. — Ne demandez jamais de feu à votre voisine le premier jour de l'an, car ce serait vous qui, à sa place, souffririez de tous les maux qui lui seraient arrivés dans le courant de l'année (2).
58. — Pour faire cesser le hoquet, il faut, sans respirer, dire et redire cette formule :
J'ai lé souglot (hoquet) Barbare,
Plaît à Gù (Dieu), Je ne l'ai plus.
59. — Pour provoquer un saignement de nez, il faut mettre dans l'une de ses narines une petite herbe dite « mille-feuilles » et frapper cette narine très légèrement en répétant :
Saint Pierre, Tirez-moi de la bière.
Saint Jean, Tirez-moi du sang.
(lj 11 est curieux de trouver cet usage dans la Perse, du moins daus la Perse ancienne. Voici ce qu'écrivait Adam Obaiucs : Voyage en l'erse, 1638. « A Carvin, on voyait auprès du logis des ambassadeurs un gros et vieux arbre... Ceux qui sont travaillés du mal de dents y touchent un clou qu'ils fichent dans l'arbre à la hauteur de la bouche et croient, parce moyen, éprouver uu soulagement. . . »
(2) Voici ce qu'à ce propos on raconte dans le nord des Ardennes, notamment dans le pays de Rimogne : « Quand Jésus-Christ, le jour où il devait être crucifié, marchait au sacrifice, il rencontra une femme qui lavait. « — Dounez-inoi, lui demanda-t-il, un peu d'eau pour nie « rafraîchir, je meurs de soif. » La lessiveuse lui refusa ce peu d'eau et même le maltraita. Et, Jésus-Christ l'ayant maudit, c'est depuis ce jour qu'il arrive malheur aux lessiveuses qui lavent le linge li' jour du vendredi-saint. Continuant sa route douloureuse, Jésus-Christ rencontra une femme qui cuisait du paiu. « — Donnez-moi un peu de pain, lui dit-il, je meurs de faim. » La femme lui en donna, de très bon cœur, une tranche épaisse, et c'est depuis.ee jour que le pain cuit le vendredi-saint, non seulement ne moisit jamais, mais même se conserve cinq ans. dix ans, vingt ans. Daus maintes maisons ardennaises, jadis, ou conservait, suspendu au plafond, un petit pain cuit le vendredi saint. » (Voir V aphorisme 83.)
LA SORCELLERIE
60. — Ne coulez jamais votre lessive le vendredi-saint, ce serait attirer sur vous, sinon la mort, du moins une série de grosses calamités. [Voir l'aphorisme 84.)
61. — Pour se guérir du mal de dents, il faut, le 1er mars, se lever de très grand matin, sortir et, une fois dehors, marcher à reculons dans la rue, la chemise relevée pour que les fesses soient à découvert, et dire trois fuis à haute voix : « Brave Mars, je te salue ! » Cette invocation vous préserve aussi des crevasses aux doigts pendant toute l'année.
62. — Si vous « êtes en procès » et qu'allant au tribunal vous rencontrez un homme en route, vous êtes sûr d'avoir gain de cause ; également, si vous accompagnez votre fils qui va tirer au sort, il sera sûr d'avoir un bon numéro Rencontrezvous une femme ou une personne en deuil, c'est mauvais signe : vous perdrez votre procès, et votre fils amènera un mauvais numéro. Rencontrer un quadrupède, chien, chat, cheval, bœuf... présage une mauvaise chance.
63. — Quand une femme accouche, il faut, pour l'empêcher de souffrir, lui passer autour du cou un collier fait de tout petits morceaux de cierge pascal.
64. — La veille de la Toussaint, levez-vous à minuit et voyez d'où vient le vent, car c'est de ce côté qu'il soufflera, au moins pendant les trois quarts de l'année.
65. — Pour préserver sa maison de la foudre, quand gronde l'orage, il faut que tous les membres présents de la famille se réunissent dans la pièce la plus spacieuse de la maison et y fassent brûler de petits fagots de branches bénites le jour des Rameaux.
66. — Pour éteindre un incendie, il suffit de jeter au milieu des flammes un œuf pondu le vendredi-saint.
67. — Au tirage au sort, si quelqu'un'Vous frappe au moment où vous allez mettre votre main dans l'urne, vous amènerez fatalement un mauvais numéro.
68. — Pour être guéri de la colique, il faut placer sa main droite sur l'abdomen et dire : « Marie qui êtes Marie, ou colique, passion qui êtes entre mon foie et mon cœur, entre ma rate et mon poumon, arrête au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit. » 11 faut, en outre, réciter trois Paler et trois Ave.
60. — Les jeunes filles veulent-elles savoir avec qui, un jour, elles doivent se marier? Il faut, alors que, la veille de l'Epiphanie, en se déshabillant pour se coucher, elles mettent leurs habits en croix sur une chemise et disent en montant au lit :
Je fais l'antibois Et je verrai dans la nuit, Celui qui m'épousera.
Leur futur mari ne manquera pas d'apparaître en songe. (Les formules varient suivant les localités, voir notre chap. IX.)
70. — La veille de la Noël, ne manquez pas de mettre une large bûche dans la cheminée de votre cuisine, car sur cette bûche viendra s'asseoir la Vierge pour emmailloter l'enfant Jésus, et cette visite vous portera bonheur.
71. — Le jour des Rois, si vous voulez que tout ce que vous entreprendrez réussisse, ne manquez pas de jeter le soir, dans le feu, trois grains de blé : un pour Dieu, un pour la Vierge, un pour Jésus.