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LES LAVEUSES DU BOIS-PLANTÉ

Il existait, autrefois, entre Bannogne et Seraincourt, une petite forêt aux arbres de laquelle était toujours suspendu du linge mis à sécher. La nuit venue on entendait même le battoir des lessiveuses et des conversations de femmes se disputant. Et si vous vous avisiez d'entrer dans la forêt j le linge qui pendait aux branches disparaissait instantanément et tout bruit cessait. Mais où donc dans cette

LA SORCELLERIE

forêt se pouvait faire cette lessive, puisqu'il n'y avait là ni fontaine, ni ruisseau. Quelles étaient ces lessiveuses que personne n'a jamais aperçues ? Toujours est-il que, dans le pays, on dit d'une femme qui lave son linge pendant la nuit et qu'on entend ainsi sans la voir : C'est une laveuse du Bois-Planté.

Les fées laveuses sont communes en France. Elles lavent, ordinairement, au clair de lune, sur le bord d'une rivière, puis, aux premiers feux du jour, elles s'enfuient après avoir étendu leur linge sur les buissons et les rochers d'alentour. Mais jamais on ne les voit procéder à cette besogne ; ou ne devine leur présence que par le mouvement du linge qui semble s'étendre, se retourner, se secouer et se détirer tout seul. Lorsque les souffles de l'air et la chaleur du jour l'ont séché, elles viennent, mais toujours invisibles, le ramasser. Ou le voit alors s'en aller par brassées et s'envoler comme s'il avait des ailes.

En Suisse et dans la vallée du Rhône, les fées laveuses s'appellent toulas, gallières à noz (lavandières de nuit). Ce sont de belles filles, mais méchantes. À demi-nues, on les voit, au clair de lune, lessiver près des fontaines solitaires. Si, passant près d'elles, elles vous prient de les aider à tordre le linge mouillé, preuez bien garde ! Pour peu que, par distraction, vous tourniez a rebours, elles vous tordront le cou. — Cerrésole : Légendes vaudoises ; Monnier et Vixgtrinier : Coutumes du Forez et du Bugey ; Lais.nel de la Salle : Croyances et Légendes du centre de la France, t. I, liv. Il, ch. I.

Voir aussi sur les « fées lavandières » une légende bretonne dans la Revue d'Anjou et de Bretagne. Des légendes sur les « lavandières de nuit, » dans le Bas-Berry, ont été recueillies par MUe Aurore Saxd.

Dans le beau roman de M. Barbey d'Aurevilly : Une Vieille Maîtresse, il est parlé des fées laveuses de la Normandie, qu'on appelle les « Mille-Lorraine. » Ces fées, vètue"5 de blanc, chantent la nuit, à genoux sur la pierre polie des lavoirs. On les voit battant leur linge au clair de lune, placées en cercle autour de l'eau étincelante. Quand un passant attardé entre dans la prairie où se trouve le lavoir qu'elles hanteût, elles l'arrêtent aux échaliers et le forcent à tordre leur linge. Mais si l'imprudent s'y prend mal, elles lui cassent le bras.

Voir dans les « Contes de la Grande-Bretagne » (collection Loys Bruyères) : Le Taureau noir de Norvège. M. Loys Bruyères ajoute à ce propos :

« La croyance aux lavandières de nuit est répandue dans toute la Bretagne; voir notamment Sébillot [Traditions de la Haute-Bretagne). Emile Souvestre (Foyer Breton) rapporte qu'un jeune garçon, un soir, rencontra des lavandières qui frappaient avec des battoirs sur un linceul tout en chantant. A la vue du jeune homme, elles lui offrent de les aider à tordre le linge. En un moment d'oubli, celui-ci tord le linge en sens inverse des fantômes. Aussitôt le linceul serre ses mains comme uii étau et il tombe broyé par les bras de fer des lavandières. Le conte agenais de Peau d'Ane (recueil Bladé) contient aussi un épisode de lavandières. Voir encore l'Homme poulain, dans les « Contes Bretons » de Luzel. En Suède, de nombreux contes populaires témoignent chez les Suédois de ces mêmes superstitions. Ainsi, dans la version du « Gars » qui vole les trésors du géant, le héros voit un Troll laver un linge sanglant et vient à son aide. Dans la Princesse de la caverne, des laveuses essaient d'enlever d'un mouchoir des taches de sang. Même récit en Norwège. «

On dit aussi, dans certaines parties de la France, que ce linge, donné à tordre, enveloppe un enfant nouveau-né. Lorsqu'on tord le linge, le sang de l'enfant coule, et on entend ses râles jusqu'à ce qu'il meure étouffé, écrasé.

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